À propos de l'OMS

Comment obtenir les ressources nécessaires

Janvier 2014

Après la seconde réunion pour le dialogue sur le financement, Linda Muller a interviewé Zsuzsanna Jakab, Directeur régional de l’OMS pour l’Europe, au sujet de la mobilisation de ressources pour l’Organisation.

OMS

Zsuzsanna Jakab (à gauche) est Directeur régional pour l’Europe. Avant de prendre ses fonctions en 2010, elle a fondé le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) à Stockholm (Suède), elle a été Secrétaire d’État au Ministère hongrois de la Santé et des Affaires sociales et familiales et a occupé plusieurs postes de direction au Bureau régional OMS de l’Europe.

Linda Muller est chef du projet de dialogue sur le financement.

Linda Muller: Pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre expérience de la mobilisation de ressources?

Zsuzsanna Jakab: Je pense qu’au sein de l’Organisation, chacun y compris les Directeurs régionaux, a été amené à mobiliser des ressources. J’ai constaté qu’à l’OMS, la mobilisation de ressources a toujours été très mal coordonnée. J’ai souvent été frappée par les doubles emplois et le manque de coordination entre les divisions et les principaux bureaux. Dans un pays, on m’a signalé qu’en deux jours les responsables avaient rencontré cinq directeurs de l’OMS, chacun souhaitant obtenir des fonds pour son programme sans que les autres en soient informés ! C’est mauvais pour l’image et la crédibilité de l’OMS. Comme notre financement dépend pour une large part des contributions volontaires, nous devons absolument pouvoir mobiliser des ressources. Avec le dialogue sur le financement et les nouvelles méthodes de mobilisation de fonds, nous abandonnons nos anciennes façons de procéder.

Linda Muller: Vous avez dirigé avec le Directeur général adjoint, le Dr Asamoa-Baah, le Groupe spécial de l’OMS sur les stratégies de mobilisation et de gestion des ressources. Pourriez-vous nous faire part de votre expérience?

Zsuzsanna Jakab: Travailler au sein d’une équipe vraiment mondiale a été une expérience très enrichissante. Cette équipe, représentative de l’ensemble des Régions, était composée de représentants des principaux bureaux, qui connaissaient tous très bien la mobilisation de ressources, ainsi que de Directeurs régionaux adjoints, de Directeurs de la gestion des programmes et de représentants de l’OMS dans les pays. Nous réfléchissions à l’échelle mondiale et nous travaillions de manière très ouverte – chacun pouvait faire part de son point de vue en toute franchise, de manière informelle. C’est l’avantage de ces groupes spéciaux: comme aucune règle n’est imposée, on peut exprimer son opinion de façon transparente, et c’est ce qui nous a permis d’avancer. Nous avons pu aborder sans difficulté les problèmes liés à la mauvaise gestion des ressources. On considérait généralement que "l’argent appartient à celui qui l’a obtenu", d’où le manque de coordination vis-à-vis de l’extérieur mais aussi en interne. Ces ressources n’étaient pas considérées comme des ressources de l’Organisation mais comme destinées à ceux qui les avaient obtenues. C’étaient souvent des ressources qui venaient de leur propre pays.

Linda Muller: Je retiens des travaux du Groupe spécial, du dialogue sur le financement et des rencontres bilatérales organisées entre la réunion de juin et aujourd’hui que nous sommes déterminés à favoriser l’unité de l’OMS. Nous abandonnons l’approche individuelle au profit d’une approche institutionnelle et si les Directeurs régionaux, les Sous-Directeurs généraux ou les directeurs s’adressent à un État Membre pour obtenir un financement, ils doivent aussi tenir compte de l’ensemble de l’Organisation. C’est un changement radical par rapport à la situation actuelle.

Zsuzsanna Jakab: Exactement! La mobilisation des ressources doit être coordonnée et intégrée. Il nous reste à déterminer COMMENT y parvenir. C’est une démarche très logique mais il faudra du temps pour changer la culture au sein de l’Organisation. Le Groupe de la politique mondiale et les Sous-Directeurs généraux devront exercer un leadership fort.

Linda Muller: Et ils devront également avoir confiance. J’ai entendu le mot "confiance" plusieurs fois au cours de ces deux jours. Les directeurs joueront le jeu si, et seulement si, ils sont sûrs que leurs programmes seront financés. Il faut donc instaurer un climat de confiance qui, pour l’instant, fait défaut car les directeurs ont manqué de financement. Il faudra du temps.

Zsuzsanna Jakab: Lors de la réunion du Groupe de la politique mondiale en mars 2014, nous devrons aborder la question de la répartition des ressources en interne. Quand les directeurs constateront qu’ils reçoivent des fonds grâce au dialogue sur le financement et aux nouvelles méthodes de mobilisation des ressources (par exemple, les discussions bilatérales), ils participeront. Dans tous les principaux bureaux, certains services manquent actuellement de ressources. Certains programmes et bureaux ont des difficultés à payer les salaires. Certains Groupes ont accepté de coopérer et de partager mais d’autres non. Il faut instaurer une vraie solidarité et des relations de confiance, comme l’a souligné le Groupe spécial.

Linda Muller: En conclusion, quelles sont vos impressions quant au résultat du dialogue sur le financement?

Zsuzsanna Jakab: Je pense que cette réunion a été un grand succès, bien au-delà de ce qu’on en attendait. Grâce au processus de réforme, nous avons pu gagner la confiance de nos États Membres et d’un grand nombre de nos donateurs. Toute la réunion s’est déroulée dans un climat de confiance et, pour moi, c’est là le plus important. Il n’y a eu ni critique ni tension – tout a été très positif. Tout le monde a essayé de trouver des solutions constructives et a compris que l’Organisation essayait d’aller de l’avant. En outre, beaucoup de pays ont présenté des demandes, tout en admettant que celles-ci devaient être approuvées par leurs parlements respectifs. C’est tout de même un signe de confiance très fort.

Linda Muller: . . . Et c’est une première pour l’OMS.

Zsuzsanna Jakab: C’est la première fois que cela s’est produit à l’OMS et c’est très important. Les chiffres préliminaires montent que nous disposons de près de 85% du financement pour le prochain exercice, si tous les engagements annoncés sont honorés. Mais nous devons encore analyser la situation avec soin. Certains programmes et domaines ne sont pas correctement financés. Nous devons les recenser et mobiliser activement des ressources pour parvenir à un niveau de financement suffisant dans tous les domaines. Il est également important de répartir les ressources. Quand le Directeur général adjoint a indiqué qu’il disposait d’annonces de contributions couvrant 85% du budget, j’ai examiné rapidement la situation pour la Région européenne; à ce jour, le niveau de financement pour la Région est de 50%. Nous devons donc analyser la situation et établir un plan afin de recenser les déficits et de trouver des moyens de les combler. Nous devons nous adresser de manière coordonnée aux États Membres et aux donateurs. Celui qui mobilise des ressources doit le faire pour l’ensemble de l’Organisation. Nous devons donc établir des plans mondiaux.

Linda Muller: Il ne faut pas oublier que, pour le moment, le budget programme est financé à 61% et le sera à 85% si tous les engagements sont honorés. Nous devons être très prudents car on ne peut pas dépenser des annonces de contributions! Il faut donc faire en sorte que ces engagements se concrétisent afin de pouvoir ensuite combler les déficits restants. Il m’a semblé très intéressant que certains de nos contributeurs non étatiques (la Fondation Bill & Melinda Gates, l’Alliance GAVI, le Rotary, UNITAID) aient également participé; ils ont adopté une nouvelle façon de procéder et nous ont présenté des annonces de contributions. C’est une autre preuve de confiance et d’engagement des acteurs non étatiques en faveur des priorités fixées par les États Membres. Mais il ne faut jamais considérer cela comme acquis.

Zsuzsanna Jakab: En interne, nous avons essayé d’imposer une certaine discipline dans la conduite du processus, pour laquelle nous devons créer une équipe mondiale. C’est ce que j’ai déjà annoncé à mon équipe à Copenhague: "Désormais, vous ne pouvez plus vous adresser aux États Membres pour demander de l’argent; nous devons nous coordonner en interne". Nous devons adopter cette approche dans l’ensemble de l’Organisation.

Linda Muller: Le Royaume-Uni l’a bien montré en récompensant le Directeur général! Pour progresser, cette nouvelle approche de la mobilisation des ressources doit reposer sur un système de récompenses et de réprimandes!

Observations

Le secrétariat de la réforme de l’OMS étudiera avec intérêt toute observation concernant les sujets traités dans les articles du bulletin d’information Change@WHO.

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