Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé

Des chercheurs sud-africains constatent que le risque de maladies chroniques est plus important chez les populations qui consomment beaucoup de sucre

28 août 2003

Une nouvelle analyse des données recueillies en Afrique du Sud confirme qu’une forte consommation de sucres ajoutés contribue dans une large mesure à la carie dentaire et à l’obésité. Publiées ce mois-ci dans le Bulletin de l’Organisation mondiale de la Santé, les conclusions de cette analyse concernent les populations urbaine et rurale et corroborent le nombre croissant de travaux dans le monde qui montrent l’influence de l’alimentation sur les maladies chroniques.

L’article traite des effets des sucres ajoutés sur une population souffrant à la fois de dénutrition et de surnutrition. Les données ont été rassemblées pour le Ministère sud-africain de la santé, qui souhaitait inclure des conseils sur la consommation de sucre dans ses directives diététiques. Les chercheurs recommandent que les sucres ajoutés ne représentent pas plus de 6 à 10% de l’apport alimentaire total. Ils proposent de formuler la directive comme suit : « Ne consommer des aliments et boissons sucrés qu’avec modération, et jamais entre les repas. »

Dans son éditorial qui accompagne l’article du Bulletin, Jim Mann, Professeur de nutrition et de médecine à l’Université d’Otago (Nouvelle-Zélande), estime que « les pays qui n’ont pas encore inclus de recommandation de ce type dans leurs directives diététiques devraient songer à le faire. »

D’après l’article, la progression de la carie dentaire et de l’obésité justifie à elle seule la nouvelle directive : en Afrique du Sud en effet, la chute des dents concerne jusqu’à 35% des adultes au total, tandis que près de 20% des adultes et 30% des femmes noires sont obèses. L’excès de poids et l’obésité touchent même jusqu’à 9% des enfants âgés de 7 à 9 ans.

Il ressort des travaux que, chez les adolescents et les adultes (âgés de plus de 10 ans), les populations urbaines consomment deux fois plus de sucres ajoutés que les populations rurales : 12,3% contre 5,9% de l’apport énergétique total. Dans les zones rurales, le sucre ajouté est principalement consommé sous forme de sucre blanc et de boissons sucrées non gazeuses, tandis qu’en milieu urbain, il provient d’une plus grande variété d’aliments et de boissons. Illustrant l’écart que creuse la transition nutritionnelle entre les villes et les campagnes, l’article indique que 33% de la population urbaine consomment des boissons sucrées gazeuses contre 3% seulement de la population rurale.

Basés au Cap, les chercheurs qui ont réalisé l’analyse, NP Steyn, NG Myburgh et JH Nel, comparent également la consommation de sucre entre enfants mal nourris et populations bien nourries. Il s’avère que dans bien des cas, le sucre décale la consommation de protéines et réduit notablement l’apport en fer, zinc et thiamine. Ce constat incite à penser que des aliments riches en sucre ne présentent pas d’avantage diététique pour les enfants dénutris.

La recommandation des auteurs est plus précise que celle du rapport publié en mars 2003 par l’OMS et la FAO sous le titre Régime alimentaire, nutrition et prévention des maladies chroniques, selon laquelle l’apport en sucre doit être inférieur à 10% de l’apport énergétique total. Comme l’expliquent Steyn et ses collègues, la fourchette de 6 à 10% tient compte du fait qu’en Afrique du Sud, l’eau n’est pas toujours fluorée.

« Cette analyse donne des indications précieuses quant à l’influence du sucre sur l’alimentation et la nutrition dans le monde en développement, dans un pays où s’observent aussi bien une dénutrition qu’une surnutrition, commente le Dr Pekka Puska, Directeur du Groupe Prévention des maladies non transmissibles et promotion de la santé, et actuellement responsable de l’élaboration de la stratégie mondiale de l’OMS sur l’alimentation, l’exercice physique et la santé. Ces données aideront les responsables de la santé publique à faire face à l’épidémie de maladies chroniques liées à l’alimentation. »

Le texte intégral de l’article et l’éditorial du Bulletin sont disponibles sur le site http://www.who.int/bulletin. Les opinions exprimées dans les articles signés du Bulletin n’engagent que les auteurs et ne reflètent pas nécessairement celles de l’Organisation mondiale de la Santé. Pour plus d’informations, veuillez prendre contact avec Iain Simpson, Chargé de communication, Bureau du Directeur général, OMS, tél. : +41 22 791 3215, mél : simpsoni@who.int

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