Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé

Mars 2013: Au Mali, les femmes enceintes risquent la ruine financière. Des problèmes systémiques entravent la couverture de santé universelle

AVIS AUX LECTEURS: Le Bulletin de l’Organisation mondiale de la Santé a été créé par elle pour être un forum permettant aux experts de la santé publique de publier leurs observations, d’exprimer leurs opinions et d’inciter un plus large public à réfléchir sur les questions essentielles de santé publique dans l'actualité. Par conséquent, les opinions exprimées par les auteurs dans ces pages ne représentent pas nécessairement celles de l’Organisation mondiale de la Santé.

Avis aux médias

Au Mali, les familles risquent la ruine financière lorsque les femmes enceintes ont besoin d'une césarienne pour garantir un accouchement sûr, malgré les mesures prises récemment pour rendre cette opération vitale accessible et gratuite dans l'établissement de soins, selon une étude publiée ce mois-ci dans le Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé.

L'expérience du Mali est intéressante pour les nombreux pays qui élaborent des plans pour rendre plus largement accessibles à leurs populations les services de santé essentiels, notamment la césarienne, dans le cadre d'efforts plus larges visant à assurer une couverture universelle.

La couverture de santé universelle signifie que chacun peut utiliser les services sanitaires nécessaires, tout en étant protégé contre les difficultés financières souvent associées à leur paiement. En 2011, les États membres de l'OMS se sont fixé pour objectif de développer leurs systèmes de financement sanitaire en tant que base de la couverture de santé universelle, mais les progrès demeurent inégaux.

Le Mali a toujours présenté l'un des taux les plus élevés au monde de mortalité féminine suite à la grossesse et à l'accouchement. Pour résoudre ce problème, le pays a mis en place en 2002 un système national, grâce auquel les femmes enceintes dans le besoin sont envoyées à hôpital le plus proche pour une césarienne ou d'autres soins obstétricaux d'urgence.

En quelques années, le nombre de femmes recevant des soins obstétricaux d'urgence a doublé, selon une étude antérieure dans la région de Kayes (population: 1,9 million d'habitants), où 475 femmes ont reçu les soins en question un an avant l'introduction du système contre 913 deux ans.

Mais le succès du Mali dans la réduction du risque de décès maternel a été altéré par le fait que, malgré la suppression en 2005 des frais de césarienne dans l'établissement de soins, les familles qui cherchent à en bénéficier risquent encore la ruine financière. L'étude publiée ce mois-ci repose sur des données recueillies entre 2008 et 2011. Elle a montré que les familles devaient en moyenne payer 152 dollars chaque fois qu'une femme était transportée à l'hôpital pour la gestion d'une complication obstétricale, y compris les césariennes, soit un quart du revenu annuel par habitant, qui s'élève à 600 dollars dans ce pays d'Afrique subsaharienne.

«Nous avons constaté que 44,6% des familles ayant subi ces coûts élevés ont été contraintes de réduire leur consommation alimentaire, tandis que 23,2% d'entre elles étaient toujours endettées 10 mois à deux ans et demi après la naissance,» a déclaré le co-auteur, Pierre Fournier, directeur de l’axe santé mondiale à l'Université de Montréal au Canada.

La co-auteur, Catherine Arsenault, a ajouté que la raison de ces dépenses était le coût élevé des médicaments qui n'étaient pas inclus dans les kits de césarienne fournis par le gouvernement, mais aussi le coût du transport d'urgence. «Bien que ces efforts soient louables, le gouvernement doit aussi garantir que le système soit correctement financé, afin que les gens ne risquent pas la ruine financière,» a ajouté Catherine Arsenault.

Partout dans le monde, des millions de personnes souffrent, car elles ne peuvent pas accéder aux services de soins de santé dont elles ont besoin, ou parce que le fait de les payer les conduit à la pauvreté. Selon Riku Elovainio, un économiste de la santé à l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), l'étude permet de tirer d'importantes leçons pour les pays qui tentent de protéger leurs populations contre les difficultés financières.

«Une politique d'exonération de frais est une stratégie importante pour rendre les soins de santé plus accessibles, mais elle doit être financée et organisée correctement, sinon les patients devront combler le déficit de financement eux-mêmes, ce qui peut les plonger dans la pauvreté,» a expliqué Riku Elovainio. «Les pays ne seront pas en mesure d’atteindre efficacement l'objectif de couverture de santé universelle, à moins de s'attaquer à de tels problèmes dans leurs systèmes de santé.»

L'OMS collabore avec les pays pour examiner, élaborer et mettre en œuvre des stratégies de financement de la santé, qui aideront les pays à se rapprocher de la couverture de santé universelle par le biais d'actions et de réformes fondées sur des preuves.

Également dans le numéro de ce mois:

  • Un objectif d'élimination mondiale de la syphilis congénitale?
  • Perdre des membres et des vies à cause des mines terrestres
  • Déploiement rapide du nouveau test de la tuberculose en Afrique du Sud
  • Interview: le Brésil et le vaccin contre la fièvre jaune
  • Le suivi des effets des nouveaux vaccins
  • Rendre les médicaments abordables en Chine
  • Impact des directives de l'OMS relatives au traitement du VIH/de la tuberculose au Cambodge

Le Bulletin de l’Organisation mondiale de la Santé est l’une des principales revues internationales de santé publique. C'est le fleuron des périodiques de l’Organisation mondiale de la Santé, particulièrement consacré aux pays en développement. Les articles qui y paraissent sont revus par un comité de lecture et sont indépendants des lignes directrices de l’OMS. Les résumés des articles du Bulletin sont désormais disponibles dans les six langues officielles des Nations Unies: anglais, arabe, chinois, espagnol, français et russe.

Le sommaire de ce mois peut être trouvé à l'adresse suivante: http://www.who.int/bulletin/volumes/91/3/fr/index.html

Le contenu complet de la revue, depuis 1948, est accessible gratuitement aux lecteurs du monde entier par le biais de PubMed Central, disponible à l'adresse suivante: http://www.pubmedcentral.nih.gov/tocrender.fcgi?journal=522&action=archive

Pour de plus amples informations, veuillez prendre contact avec:

Fiona Fleck
Rédactrice, Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé,
Organisation mondiale de la Santé
Genève, Suisse
Tél: +41 22 791 1897
E-mail: fleckf@who.int

Dr Pierre Fournier
Directeur de l’axe santé mondiale
Centre de recherches du Centre hospitalier de l'Université de Montréal
Montréal, Canada
Bureau: +1 890 8000 (ext. 15926)
E-mail: pierre.fournier@umontreal.ca

Catherine Arsenault
Chercheuse
Centre de recherches du Centre hospitalier de l'Université de Montréal
Montréal, Canada
Bureau: +1 890 8000 (ext. 15957)
Portable: +1 514 567 0286
E-mail: catherine.arsenault@umontreal.ca

Dr Riku Elovainio
Agent technique
Département du financement des systèmes de santé
Organisation mondiale de la Santé
Genève, Suisse
Bureau: +41 22 791 2028
E-mail: elovainior@who.int

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