Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé

Effet d’un traitement prophylactique présomptif par le cotrimoxazole sur les taux de colonisation pneumococcique, la séro-épidémiologie et la résistance aux antibiotiques chez les nourrissons zambiens : étude de cohorte longitudinale

CJ Gill, V Mwanakasale, MP Fox, R Chilengi, M Tembo, M Nsofwa, V Chalwe, L Mwananyanda, D Mukwamataba, B Malilwe, D Champo, WB Macleod, DM Thea & DH Hamer

Objectif

Evaluer les conséquences microbiologiques de la recommandation de l’OMS concernant le traitement présomptif par le cotrimoxazole des nourrissons exposés au VIH pendant la période périnatale.

Méthodes

Dans le cadre d’une étude longitudinale de cohorte, nous avons suivi trois fois par mois des nourrissons exposés et non exposés au VIH sur une durée allant jusqu’à 18 mois par enfant. Les nourrissons exposés au VIH ont reçu un traitement prophylactique quotidien par le cotrimoxazole de l’âge de 6 semaines à celui de 12 mois au moins. En utilisant Streptococcus pneumoniae comme agent pathogène sentinelle, nous avons mesuré l’effet obtenu sur la colonisation nasopharyngée, la résistance aux antibiotiques et la distribution par sérotypes des pneumocoques, en fonction de l’exposition au cotrimoxazole.

Résultats

Parmi 260 nourrissons suivis sur 3096 patients-mois, nous avons détecté des pneumocoques sur 360/1394 échantillons (25,8 %). Les nourrissons exposés au VIH étaient colonisés plus fréquemment que ceux non exposés à ce virus (rapport des risques, RR = 1,4 ; intervalle de confiance à 95 %, IC : 1,0-1,9, p = 0,04). La prophylaxie par le cotrimoxazole réduit la colonisation d’environ 7%, mais accroît le risque de colonisation par des pneumocoques résistants à ce médicament dans les 6 semaines après le début du traitement (RR = 3,2 ; IC à 95 % = 1,3-7,8, p = 0,04). Ce traitement entraîne une augmentation faible, mais statistiquement significative de la colonisation nasopharyngée par des pneumocoques non sensibles à la clindamicyne (RR = 1,6 ; IC à 95 % = 1,0-2,6, p = 0,04), mais n’accroît pas le risque de non sensibilité à la pénicilline (RR = 1,1 ; IC à 95 % = 0,7-1,7), à l’érythromycine (RR = 1,0 , IC à 95 % = 0,6-1,7), à la tétracycline (RR = 0,9 ; IC à 95 % = 0,6-1,5) ou au chloramphénicol (RR = 0,8  ; IC à 95 % = 0,3-2,3). Le cotrimoxazole n’entraîne pas de divergence de la distribution sérotypique dominante des pneumocoques par rapport à celle visée par le vaccin antipneumococcique conjugé heptavalent (RR = 1,0 ; IC à 95 % = 0,7-1,6).

Conclusion

Le traitement prophylactique par le cotrimoxazole élimine modérément la colonisation pneumococcique et accélère l’acquisition par les nourrissons de pneumocoques résistants au cotrimoxazole et à la clindamycine. Il semble peu probable qu’il compromette l’efficacité future des vaccins antipneumococciques conjugués.

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