Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé

Résistance à la mise en œuvre du changement politique : cas de l’Ukraine

Rifat Atun, Igor Olynik

La tuberculose (TB) constitue un problème majeur de santé publique en Europe de l’Est. Depuis 1990, les taux d’incidence de la TB ont continué d’augmenter au Belarus, dans la Fédération de Russie, en Ukraine et dans les Républiques d’Asie centrale du Kazakhstan, du Kirghizistan, du Tadjikistan et de l’Ouzbékistan. L’Europe de l’Est, et en particulier la Fédération de Russie et l’Ukraine, sont aussi confrontées au défi de santé publique que constitue l’épidémie galopante de tuberculose multirésistante (TB-MR). Sur les 17 283 cas de TB-MR notifiés dans le monde en 2004, plus de 60% (10 595) provenaient de la région européenne et pour une grande majorité d’Europe de l’Est, y compris les Etats Baltes, Estonie, Lettonie et Lituanie. On constate de manière particulièrement préoccupante que, comme en Afrique, le succès du traitement DOTS est nettement inférieur en Europe de l’Est à la moyenne mondiale et que les taux de couverture et de détection des cas à frottis positif restent les plus bas du monde. Collectivement et comme en Afrique, ces problèmes demeurent les principaux obstacles à la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement relatifs à la TB en Europe. En Ukraine, sévissent des épidémies de plus en plus graves de TB, de TB-MR et de VIH, avec, en arrière-plan, un développement également épidémique des maladies sexuellement transmissibles (MST) et de l’utilisation de drogues injectables. Les épidémies de TB et de VIH convergent. En dépit des attentes, l’Ukraine a échoué dans la mise en œuvre de la stratégie DOTS en raison de l’organisation des systèmes de santé, des systèmes de financement et de paiement au prestateur, à l’origine de contre-incitations au changement, tandis que l’opposition des décideurs politiques et des cliniciens à la stratégie DOTS faisait obstacle aux efforts de mise en œuvre.

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