Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé

Amélioration de l’accès à des soins obstétricaux d’urgence complets et effets sur la mortalité maternelle en milieu hospitalier, dans une région rurale du Mali

Pierre Fournier, Alexandre Dumont, Caroline Tourigny, Geoffrey Dunkley & Sékou Dramé

Objectif

Evaluer les effets d’un système national d’aiguillage visant à réduire les taux de mortalité maternelle à travers une amélioration de l’accessibilité et de la qualité des soins obstétricaux d’urgence dans une région rurale du Mali (Afrique sub-saharienne).

Méthodes

Un système d’aiguillage maternel, comprenant la prestation de soins obstétricaux d’urgence de base et complets, le transport dans un centre de santé dispensant des soins obstétricaux et des systèmes de partage des coûts dans la collectivité, a été mis en œuvre dans six districts sanitaires ruraux de la région de Kayes, entre décembre 2002 et novembre 2005. Dans le cadre d’une étude «avant et après» non contrôlée, nous avons enregistré toutes les urgences obstétricales, les interventions obstétricales majeures et les décès maternels sur une période d’observation de 4 ans (du 1er janvier 2003 au 30 novembre 2006), couvrant l’année avant l’intervention (P-1), l’année de l’intervention (P0) et les années débutant 1 an et 2 ans après l’intervention (P1 et P2 respectivement). La principale mesure de résultat était le risque de décès chez les patientes présentant une urgence obstétricale, calculé à partir des taux de létalité et des odds ratios bruts. Les résultats des analyses ont été ajustés par régression logistique pour tenir compte des facteurs de confusion.

Résultats

Le nombre de femmes recevant des soins obstétricaux d’urgence a doublé entre P-1 et P2 et le taux d’interventions obstétricales majeures (principalement des césariennes), pratiquées pour des indications maternelles absolues, est passé de 0,13% en P-1 à 0,46% en P2. Pour les femmes prises en charge pour une urgence obstétricale, le risque de décès 2 ans après l’intervention était inférieur de moitié à celui enregistré avant l’intervention (odds ratio, OR : 0,48 ; intervalle de confiance à 95%, IC : 0,30-0,76). Les taux de mortalité maternelle ont diminué plus fortement parmi les femmes aiguillées vers des soins obstétricaux d’urgence que parmi celles s’étant présentées dans des centres de santé de district, sans aiguillage. Près de la moitié (47,5%) de cette baisse de mortalité était attribuable à la diminution des décès par hémorragie.

Conclusion

On a observé pour cette intervention des effets rapides, imputables à la disponibilité des interventions obstétricales majeures dans des centres de santé de district, à la réduction du temps de transport dans ces centres pour y recevoir un traitement et à la réduction des obstacles financiers à la dispensation des soins. Nos résultats montrent que les programmes nationaux sont applicables dans les pays à faible revenu sans apport financier externe majeur et qu’ils peuvent améliorer rapidement la couverture des services obstétricaux et diminuer notablement le risque de décès associé aux complications obstétricales.

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