Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé

Garantir l’équité: la Commission des déterminants sociaux de la santé

Marion Birch a

Selon le rapport final de la Commission des déterminants sociaux de la santé, «la société civile peut défendre avec force la cause de l’équité en santé» au niveau mondial [1]. Les initiatives destinées à atténuer les inégalités sanitaires doivent être fermement soutenues par la société civile. Dans certains cas, la société civile joue un rôle fondamental aux côtés des pouvoirs publics dans la lutte contre les causes profondes des inégalités en santé [2] .

La société civile exerce parfois de manière évidente des pressions afin d’obtenir un changement, par exemple lorsqu’elle proteste contre la privatisation de l’approvisionnement en eau au Guatemala ou lorsqu’elle participe à la campagne «Nine is Mine» à New Delhi (qui appelle l’Inde à consacrer 9% de son produit intérieur brut à la santé et à l’éducation). Les 40% de la population mondiale qui vivent avec moins de deux dollars par jour – et qui sont victimes de politiques inéquitables – seront des partenaires cruciaux pour l’application des recommandations figurant dans le rapport. Même les personnes dont le revenu est sensiblement plus élevé peuvent apporter de précieuses informations sur l’effet du gradient social national sur leur santé mentale et physique.

Le rapport de la Commission admet qu’il sera difficile d’attribuer un lien de cause à effet et de démontrer l’efficacité des déterminants structurels des inégalités sanitaires. La société civile, qui contribuera de manière décisive à ce processus, a, dans bien des cas, recensé ces déterminants structurels. Dans le delta du Niger, les conséquences environnementales, sociales et sécuritaires de l’extraction de pétrole et l’absence d’investissements locaux privent de médicaments essentiels, d’eau et d’électricité la plupart des dispensaires [3] et on ne compte qu’un médecin pour 150 000 habitants[4]. Les protestataires au sein de la société civile reconnaissent que cette situation crée des liens d’exploitation.

Les réseaux mondiaux de la société civile peuvent aussi jouer un rôle important. Le People’s Health Movement est considéré comme crucial pour que des mesures relatives aux déterminants sociaux de la santé soient élaborées, appliquées et évaluées. Le People’s Health Movement est également à l’origine du Global Health Watch2, «l’autre rapport sur la santé dans le monde», récemment publié. Ce rapport, rédigé par 130 personnes des six continents, présente les déterminants structurels des inégalités [5].

La Commission des déterminants sociaux de la santé affirme très clairement que pour appliquer les recommandations figurant dans son rapport, ceux qui détiennent le pouvoir devront consentir des investissements importants. Un rapide examen des derniers chiffres de la Banque mondiale indique que les investissements ont été considérables, l’aide au développement en faveur de la santé étant passé de 2,5 milliards de dollars à près de 14 milliards entre 2000 et 2005 [6]. Parallèlement, on a assisté à une prolifération des intervenants en faveur de la santé dans le monde et on compte aujourd’hui 40 donateurs bilatéraux, 26 organismes des Nations Unies, 20 fonds mondiaux et régionaux et plus de 90 initiatives mondiales [7].

Toutefois, si l’on considère l’évolution de la différence d’espérance de vie entre les pays à revenu faible et les pays membres de l’OCDE de 1985 à 2005, il ne semble pas que cela se soit traduit par une plus grande équité. Pour remédier à cette situation, il est important de veiller à ce que les organismes internationaux chargés de la santé dans le monde aient suffisamment d’influence et de pouvoir pour accorder la priorité aux populations dont les besoins sanitaires sont les plus grands.

Dans plusieurs de ces recommandations, la Commission reconnaît le rôle central de l’OMS – selon elle, l’Organisation équivaut presque à un ministère de la santé au niveau mondial [5]. La recommandation 12.1 figurant dans le rapport propose que l’OMS, en collaboration avec d’autres organismes multilatéraux concernés et avec l’appui de certains États Membres, évalue systématiquement, tant au niveau mondial que national, les conséquences des principaux accords économiques mondiaux, régionaux et bilatéraux sur l’équité en santé. Les donateurs doivent absolument permettre à l’OMS de poursuivre ces objectifs sans rencontrer d’obstacles. Un premier signe positif serait de voir s’inverser la tendance, observée chez les donateurs depuis 1990, à verser proportionnellement plus de fonds extrabudgétaires – et parfois à objet désigné – que de fonds au budget ordinaire de l’OMS [5]

Les «nouveaux philanthropes», de plus en plus influents, sont aujourd’hui des acteurs de la santé dans le monde et ils ont versé de larges contributions ces dernières années. Sans nier les bienfaits de cette générosité, on peut légitimement s’inquiéter du fait que cette philanthropie ait une forte influence sur la politique sanitaire internationale, souvent sans contrôle démocratique ni obligation de rendre des comptes aux peuples, et que cette influence puisse conduire à une approche trop technique et verticale de l’amélioration de la santé. Ces puissants intervenants doivent absolument admettre que la santé pour tous passe par une réduction des inégalités et une prise en compte suffisante des déterminants sociaux de la santé. ■


a. Medact, The Grayston Centre, 28 Charles Square, London N1 6HT, England.

Correspondance avec Marion Birch: courriel: marionbirch@medact.org).

Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé 2009;87:3-3. doi: 10.2471/BLT.08.061978

Références

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