Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé

Classification OMS des décès maternels et des décès maternels évités de justesse

Robert Pattinson a, Lale Say b, João Paulo Souza b, Nynke van den Broek c, Cleone Rooney d au nom du Groupe de travail de l’OMS sur les classifications de la mortalité et de la morbidité maternelles.

a. MRC Maternal and Infant Health Care Strategies Research Unit, University of Pretoria, Gauteng, South Africa.
b. Departement Santé et recherche génésiques, Organisation mondiale de la Santé, 20 avenue Appia, 1211 Genève 27, Suisse.
c. Liverpool School of Tropical Medicine, Liverpool, England.
d. Office for National Statistics, London, England.

Correspondance avec João Paulo Souza (courriel: souzaj@who.int).

Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé 2009;87:734-734. doi: 10.2471/BLT.09.071001

La réduction de la mortalité maternelle s’inscrit dans le cadre du cinquième objectif du Millénaire pour le développement. Pour atteindre cet objectif, les pays doivent connaître exactement les causes et l’ampleur de la mortalité maternelle.

Il ressort de récentes revues systématiques que la classification des décès maternels est souvent incohérente faute de définitions et de critères normalisés des décès et des décès évités de justesse. [1,2]

L’OMS a créé un groupe de travail technique, composé d’obstétriciens, de sages-femmes, d’épidémiologistes et de professionnels de la santé publique issus de pays développés et de pays en développement, qui est chargé de mettre au point un système de classification des décès maternels.

Ce groupe fonde ses travaux sur trois principes: premièrement la classification doit être pratique et comprise par les utilisateurs (cliniciens, épidémiologistes et administrateurs de programmes.

En outre, les causes initiales de décès doivent être attribuables uniquement à des affections maternelles, à l’exclusion de toutes les autres et, comme dans la Classification statistique internationale des maladies et des problèmes de santé connexes (CIM), la cause initiale de décès est la maladie ou le traumatisme qui a déclenché l’évolution morbide conduisant directement au décès ou les circonstances de l’accident ou de la violence qui ont entraîné le traumatisme mortel.

Enfin, le nouveau système de classification doit être compatible avec la onzième révision de la CIM et s’y intégrer. L’intégration de cette classification des décès maternels dans la CIM facilitera son utilisation systématique pour l’établissement des certificats de décès, et les enquêtes confidentielles sur les décès maternels et améliorera la comparabilité des données.

Le système de classification proposé a été envoyé à plus de quarante examinateurs ainsi qu’à la Fédération internationale de Gynécologie et d’Obstétrique, au Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (UNICEF), au Fonds des Nations Unies pour la Population (FNUAP) et à des organisations professionnelles nationales dont le Royal College of Obstetricians and Gynaecologists, l’American College of Obstetricians and Gynecologists et à la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada, qui ont fait part de leur avis.

Après révision, la seconde version a été testée sur huit bases de données concernant les décès maternels : des bases de données nationales de l’Afrique du Sud, de la Colombie et de la Jamaïque, d’autres bases du Kenya, du Malawi et du Zimbabwe, ainsi que des données tirées d’autopsies verbales effectuées en Afghanistan et au Nigéria.

Cette classification a semblé pratique et utile sur tous les sites. Pour faciliter les calculs, la structure de la nouvelle classification OMS des causes de décès maternel est simple. Elle comprend les grandes catégories suivantes: type de décès, catégorie de maladies et causes initiales du décès.

La catégorie «type de décès» est subdivisée en trois sous-parties: causes de décès directement liées à des affections maternelles, causes de décès indirectement liées à des affections maternelles et «complications inattendues de la prise en charge».

L’ajout de cette dernière sous-partie permet de suivre l’évolution des causes iatrogènes, par exemple celles liées à la césarienne. Les causes initiales sont clairement distinguées des autres affections qui entraînent le décès.

Enfin, le groupe de travail a décidé de classer le suicide en cours de grossesse, les décès consécutifs à une psychose puerpérale et ceux liés à une dépression du post-partum dans la catégorie des décès directement liés à une affection maternelle. [3]

Le groupe de travail est parvenu à un consensus sur la définition du décès maternel évité de justesse: il s’agit d’une complication qui a failli entraîner le décès d’une femme au cours de la grossesse ou pendant les 42 jours qui ont suivi l’accouchement. [4] On repère ce type d’incidents à l’aide des dysfonctions organiques qui accompagnent les maladies potentiellement mortelles afin d’utiliser une seule classification pour les décès maternels et les décès évités de justesse, ce qui permet aussi d’évaluer la qualité des soins prodigués aux femmes enceintes.

Le groupe de travail technique de l’OMS recommande à tous les pays d’adopter ce nouveau système de classification des décès maternels et de tenir compte des décès évités de justesse dans les plans nationaux pour améliorer la santé maternelle.

L’utilisation d’une classification unique permet de faire des comparaisons fiables entre pays et régions ou à l’intérieur des pays et des régions. L’application de cette classification devrait permettre de recenser les insuffisances que les pays doivent corriger pour éviter les complications et les décès au cours de la grossesse et de l’accouchement. ■


Remerciements

Le groupe d'experts qui a travaillé sur les critères d'identification des décès maternels évités de justesse était composé des membres suivants: Affette McCaw-Binns, Anoma Jayathilaka, Buyanjargal Yadamsuren, Cleone Rooney, João Paulo Souza, José Guilherme Cecatti, Lale Say, Linda Bartlett, Mary Ellen Stanton, Mohamed Cherine Ramadan, Nynke van den Broek, Robert C Pattinson, Rogelio Gonzalez,Veronique Filippi. We thank Ahmet Metin Gülmezoglu, Jelka Zupan, and Vicky Camacho for their contribution. Ce travail a été financé par l'USAID et le Programme spécial de recherche de UNDP/UNFPA/OMS/Banque mondiale.

Réferences

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