Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé

L'union fait la force

Michel Sidibé a & Kent Buse a

a.Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida (ONUSIDA), 20 avenue Appia, 1211 Genève 27, Suisse.

Correspondance avec Kent Buse (courriel: busek@unaids.org).

Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé 2009;87:806-806. doi: 10.2471/BLT.09.071621

La récente augmentation des ressources en faveur de l'accès universel à la prévention, au traitement, aux soins et à l'accompagnement concernant le VIH a redonné un élan à l'engagement politique pris de longue date en faveur de la santé génésique et sexuelle et des droits qui s'y rapportent.

On constate donc que l'optimisme va grandissant, ce qui laisse penser que des progrès peuvent être accomplis dans ces deux domaines interdépendants –surtout s'ils sont traités conjointement.

L'action contre le sida a remarquablement réussi à transformer une demande considérable de politiques participatives et de programmes fondés sur les droits et sur les faits en réalisations concrètes mesurées à l'aune du nombre de vies sauvées et de la dignité retrouvée des patients.

Les résultats de cette action sont visibles: en effet, plus de quatre millions de personnes bénéficient actuellement d'un traitement antirétroviral et d'incroyables progrès ont été accomplis pour vaincre les préjugés et la discrimination dont sont victimes les toxicomanes par voie intraveineuse, les homosexuels, les prostitué(e)s et leurs clients.

Il est encourageant de constater que des actions contre le sida bien conçues peuvent renforcer, et renforcent effectivement, les systèmes de santé [1] . Mais on observe aussi que des efforts plus importants et plus systématiques doivent être déployés pour faire sortir la lutte contre le sida de son isolement et pour l'inscrire dans des programmes plus larges consacrés à la santé, au développement et aux droits de l'homme.

Il est également important de tisser des liens plus étroits. Malgré l'efficacité des traitements, nous n'inverserons pas le cours de l'épidémie –pour deux malades commençant un traitement, cinq nouvelles personnes sont infectées par le VIH— à moins d'intensifier la prévention. Pour inverser le cours de l'épidémie on peut notamment intégrer les services afin d'allouer les ressources de façon plus performante et de répondre aux souhaits des personnes qui désirent bénéficier d'une gamme complète de soins homogènes et globaux.

Il existe de nombreux liens entre la lutte contre le VIH et l'action en faveur de la santé sexuelle et génésique. Les services qui s'efforcent d'éliminer la transmission du VIH de la mère à l'enfant constituent un moyen idéal d'appliquer la totalité des services minimum recommandés pour la santé prénatale, maternelle, de l'enfant et génésique. Ce faisant, les femmes enceintes pourraient non seulement bénéficier d'un test de dépistage du VIH mais aussi profiter, avec leur partenaire, de services de prévention du VIH et d'autres infections sexuellement transmissibles, des grossesses non désirées et des violences sexuelles.

Les appels à l'intégration ne datent pas d'hier. Dès 1994, la communauté internationale s'est accordée à dire qu'il était nécessaire de fournir des services de santé sexuelle et génésique holistiques dans le cadre du Programme d'action de la Conférence internationale sur la population et le développement. Depuis, ce besoin a été encore réaffirmé dans d'importantes déclarations mondiales, notamment la Déclaration politique des Nations Unies sur le VIH/sida de 2006.

Intuitivement, accroître l'intégration est une notion séduisante qui, compte tenu des avantages qu'elle présente [2], remporte d'innombrables suffrages auprès de la communauté scientifique. Il s'agit notamment d'élargir la couverture –et donc l'accès— à moindre coût tout en améliorant la qualité des soins et la tolérance vis-à-vis de maladies souvent stigmatisantes. L'OMS, le Fonds des Nations Unies pour la population, le Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida (ONUSIDA) et d'autres partenaires ont soutenu les pays pour qu'ils améliorent l'intégration des services dans les programmes nationaux [3].

Ce n'est donc pas un hasard si l’on constate que plusieurs priorités institutionnelles actuelles de l'ONUSIDA –y compris réduire la transmission du VIH par voie sexuelle, mettre fin à la violence contre les femmes et les filles, supprimer les lois punitives et promouvoir les droits de l'homme, et donner aux jeunes les moyens de se protéger— fournissent des points d'entrée stratégiques pour resserrer les liens entre la lutte contre le VIH et l'action en faveur de la santé sexuelle et génésique (cf. Gillespie et al. (866-870), Steen et al. (858–865) et Fransen (877–879)).

Toutefois, comme l'indique Dickinson et al. (846–851), exploiter les liens a plus souvent relevé de l'exception que de la règle. Plusieurs facteurs font obstacle à l'intégration. Par exemple, la mise en place de flux de financement parallèles pour des programmes de lutte contre des maladies particulières n'a pas favorisé l'intégration opérationnelle, mais est jugée préférable pour exercer un contrôle financier plus rigoureux que si les services sont intégrés [4]. Les programmes verticaux peuvent élaborer des directives techniques et des listes de médicaments essentiels par maladie mais attachent peu d'importance aux domaines qui touchent à la santé et aux droits en matière de sexualité et de procréation. Les rivalités professionnelles et culturelles constituent souvent des obstacles supplémentaires.

Réaliser l'intégration des programmes concernant le VIH et la santé sexuelle et génésique passe par une reconnaissance honnête des entraves politiques –et pas seulement opérationnelles—, et suppose que les donateurs, institutions internationales et responsables de programmes souhaitent s'employer activement à éliminer les blocages et à changer leur propre façon de faire [5].

Mais une intégration réussie dépend aussi de la demande émanant de la base. Dans le cadre du renouveau des soins de santé primaires, il faut davantage mettre l'accent sur les services axés sur la famille et sur les communautés –en faisant en sorte qu'ils soient davantage responsabilisés et qu'ils permettent aux intervenants de faire entendre leur voix.

La société civile, élément moteur de la lutte contre le sida, a profondément modifié le paysage de l'action sanitaire mondiale. Son soutien est essentiel pour favoriser l'intégration des programmes sur le VIH et sur la santé sexuelle et génésique et les droits qui s'y rapportent.

Compte tenu de l'engagement politique, le moment est venu de sortir la lutte contre le sida de l'isolement où elle se trouve. Les signes de cet engagement transparaissent dans le Partenariat international pour la santé, l'Initiative mondiale pour la santé du Président Obama, dans les nouveaux cadres de partenariats du Plan d’urgence du Président des États-Unis en matière de lutte contre le sida, ainsi que dans l'approche conjointe du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, de la Banque mondiale et de l'alliance GAVI en faveur de systèmes de santé durables et d'un bon rapport coût-efficacité.

Le moment est venu pour le mouvement mondial de lutte contre le sida d'unir ses forces à celles d'autres groupes pour faire en sorte que la prévention, le traitement, les soins et l'accompagnement intégrés et globaux soient accessibles à tous, et qu'ils soient axés sur les droits de l'homme tout en étant équitables et efficaces.■


Références

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