Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé

Bidonvilles, changement climatique et santé humaine en Afrique sub-saharienne

Brodie Ramin a

a. Faculté de Médicine, Université d'Ottawa, 451 Smyth Road, Ottawa, ON, K1H 8M5, Canada.

Correspondance avec Brodie Ramin (courriel: bramin@ottawahospital.on.ca).

Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé 2009;87:886-886. doi: 10.2471/BLT.09.073445

L'Afrique sub-saharienne est la région du monde la moins urbanisée [1]. Seulement 39,1% de la population de la région vit en ville. Néanmoins, d'après les projections, la population urbaine de la région devrait plus que doubler pour atteindre 760 millions d'ici 2030 [1]. La vitesse de l'urbanisation rend le phénomène très difficile à gérer. Un article récent du New England Journal of Medicine soutient que l'urbanisation est un danger sanitaire pour certaines populations vulnérables et que cette évolution démographique menace de créer une catastrophe humanitaire [2].

En Afrique, l'urbanisation est associée à la pauvreté. À l'échelle mondiale, près d'un milliard de personnes vivent dans des bidonvilles et ce chiffre devrait doubler pour atteindre deux milliards dans les 30 années à venir [3]. Le Programme de Nations Unies pour les établissements humains (ONU-HABITAT) définit un bidonville comme une zone urbaine manquant des services de base (assainissement, eau potable, électricité) et dont les habitants vivent dans des logements ne répondant pas aux normes, dans des conditions insalubres, dangereuses et de surpeuplement et sans garantie de maintien dans les lieux, et sont des exclus sociaux. En Afrique sub-saharienne, 71,8% des habitants vivent dans des bidonvilles, soit la plus forte proportion dans le monde [4].

Sur les décennies à venir, les effets du changement climatique se feront progressivement sentir sur le continent africain. L'évolution du climat et l'urbanisation produiront des interactions, dont les effets sont imprédictibles. Le quatrième rapport d'évaluation du Groupe intergouvernemental sur l'évolution du climat a déclaré que l'urbanisation et le changement climatique pourraient agir de manière synergique pour accroître les charges de morbidité [4].

Une part importante de la morbidité dans les bidonvilles résulte d'un accès insuffisant à des installations d'assainissement et à une eau de boisson propre. En 2000, 30 à 50% des Africains vivant dans des villes ne disposaient pas d'un approvisionnement en eau saine [6]. Même dans les cas où une eau saine est disponible, elle n'est souvent pas à la portée des urbains pauvres. Les habitants des bidonvilles en marge des grandes villes d'Afrique de l'Est payent le litre d'eau 5 à 7 fois plus cher qu'un habitant d'Amérique du Nord en moyenne [7].

En 2000, sur l'ensemble du continent africain, 45% de la population urbaine ne pouvait accéder à des installations d'assainissement améliorées [4]. En 2006, en Afrique de l'Est, la défécation à ciel ouvert était la seule pratique d'assainissement disponible pour 33 % de la population.1 Cette pratique contribue à la contamination de l'eau et du sol dans les villes et à la prévalence de nombreuses maladies véhiculées par l'eau dans les bidonvilles [4].

Les zones inondées, ainsi que les caniveaux, les latrines et les fosses septiques sont des réservoirs importants qui perpétuent la présence du choléra, du paludisme, de la dengue et de la fièvre jaune dans les zones urbaines [8]. Les fortes densités de population que l'on rencontre dans ces zones précipitent aussi les flambées de maladies infectieuses, le surpeuplement étant un facteur déclenchant dans l'apparition de maladies à tendance épidémique comme la coqueluche et la grippe [2,8].

Les enfants des bidonvilles supportent une charge de morbidité disproportionnée. En Éthiopie et au Niger, les taux de malnutrition infantile dans les bidonvilles urbains comme dans les zones rurales tournent autour de 40%. La couverture vaccinale dans les bidonvilles du Niger est de 35%, alors qu'elle atteint 86% en milieu urbain classique [4]. Nairobi, où 60% de la population vit dans des bidonvilles, la mortalité des enfants dans ce type d'habitat est 2,5 fois plus élevée que dans d'autres zones de la métropole [7].

Les périodes de sécheresse s'accompagnent d'un accès insuffisant à l'eau pour la consommation et l'assainissement, ainsi que d'une baisse de la productivité agricole. En Afrique, l'eau se fera encore plus rare pour les populations urbaines et rurales au cours du siècle à venir. On s'attend à ce que le changement climatique produise des sécheresses plus fréquentes et plus longues dans la région [9]. La sécheresse dans les zones rurales peut être un facteur déclenchant important pour la migration vers les zones urbaines, ce qui surchargera encore les infrastructures des villes [5,10]. La baisse de la productivité agricole dans la région pourrait accroître les tensions qui pèsent sur les marchés alimentaires locaux, d'où une augmentation du taux de malnutrition dans les bidonvilles.

Le changement climatique étant associé à une intensification des précipitations et à une élévation du niveau des mers et des océans, les villes africaines subiront aussi des inondations plus graves et plus fréquentes. L'urbanisation crée des conditions favorables aux inondations en recouvrant le sol de revêtement de chaussée ou de trottoir et de bâtiments et en construisant des canalisations d'évacuation urbaines, qui provoquent un ruissellement accéléré de l'eau vers les rivières par rapport aux conditions naturelles [10].

L'habitat urbain pauvre est construit avec des matériaux fragiles ou inappropriés, souvent à flanc de colline, ce qui en fait la victime des glissements de terrain lors des fortes précipitations [8]. Plus de 70% des décès dus aux inondations survenues en 2000 au Mozambique se sont produits dans des zones urbaines [1]. Le quartier de bidonvilles Luis Cabral dans la capitale Maputo a été complètement détruit, avec une interruption des services d'approvisionnement en eau et d'assainissement, ce qui a entraîné des flambées de dysenterie et de choléra.

On estime à 49 000 par an le nombre de décès prématurés attribuables à la pollution extérieure urbaine en Afrique Les bidonvilles sont souvent situés à proximité d'usines ou de voies de circulation encombrées, ce qui expose leurs habitants à une forte charge de maladies respiratoires. L'exposition à de fortes concentrations d'ozone est associée à une augmentation des admissions hospitalières pour pneumonie, pneumopathie obstructive chronique et asthme, ainsi qu'à une mortalité prématurée [5]. Lorsque la température s'élève en été, la concentration d'ozone au niveau du sol augmente dans la plupart des régions du monde [5].

Les habitants des bidonvilles africains sont particulièrement vulnérables aux effets négatifs de l'urbanisation rapide et du changement climatique mondial. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour comprendre les impacts du changement climatique sur la santé des habitants de ces bidonvilles et pour concevoir des politiques d'adaptation appropriées. Lors de la planification des interventions de santé publique en Afrique, il faut prendre en compte la relation dynamique entre changement climatique et urbanisation et les impacts de ces phénomènes sur les populations urbaines vulnérables.■


Références

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