Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé

La faculté d'adaptation est capitale pour la surveillance de la résistance aux insecticides

Gregor J Devine a & Elena Ogusuku b

a. Rothamsted Research, West Common, Harpenden, AL5 2JQ, England.
b. Dirección General de Salud Ambiental, Ministerio de Salud, Lima, Peru.

Correspondance avec Gregor J Devine (Courriel: greg.devine@yahoo.co.uk).

Bulletin De l'Organisation mondiale de la Santé 2009;87:887-887. doi: 10.2471/BLT.09.073502

Lorsqu'il n'existe ni vaccin, ni prophylaxie, ni médicament, les insecticides sont souvent le seul moyen de combattre des maladies transmises par des insectes, comme la dengue. Ils restent à la base de la plupart des programmes de lutte antivectorielle et sont très communément utilisés contre les insectes adultes sous forme de pulvérisations à effet rémanent à l'intérieur des habitations, de fumigations, de pulvérisations spatiales et de moustiquaires imprégnées.

Les insecticides sont très efficaces lorsqu'ils sont utilisés correctement [1,2], mais la limitation des ressources locales et de la capacité opérationnelle [3], la résistance aux produits chimiques [4] et l'utilisation de produits altérés ou de mauvaise qualité [5] peuvent concourir à en réduire les effets.

Le dosage biologique constitue un moyen rapide et efficace de détection des populations de moustiques résistantes aux insecticides. Il s'agit de mesurer les effets létaux de doses discriminantes sur des moustiques capturés sur le terrain (la dose discriminante est la dose minimale nécessaire pour tuer les insectes sensibles).

C'est sur la base des données obtenues par dosage biologique que l'on peut revoir l'utilisation des insecticides et justifier de changements en la matière à la lumière de l'évolution de la résistance
(p. ex. le remplacement séquentiel d'une classe d'insecticides par une autre dans les programmes de pulvérisation à effet rémanent à l'intérieur des habitations pour combattre les vecteurs du paludisme au Mozambique) [6].

Les deux méthodes de dosage communément utilisées sont le test OMS [7] et le test en flacon [8], mais aucun des deux ne convient à toutes les situations. Ainsi, par exemple, le test OMS exige que l'achat de tous les composants se fasse auprès d'une source centrale. Cet impératif, unique parmi les méthodes de dosage, élimine certaines erreurs opératoires et contribue à faire en sorte que les résultats puissent être comparés d'une année à l'autre et d'un site à l'autre.

Il entraîne cependant une augmentation des coûts et de la complexité logistique du dosage tout en limitant son utilisation aux doses d'insecticides et aux composés techniques qui sont fournis de manière centralisée.

On ne peut pas l'utiliser pour produire des informations localement pertinentes sur l'efficacité et la qualité des formulations insecticides; quant aux laboratoires locaux, ils ne peuvent pas modifier la dose discriminatoire pour lutter, par exemple, contre des espèces de moustiques plus petits et plus fragiles.

En comparaison avec le test OMS, certains composants du test en flacon sont plus faciles à obtenir à moindre coût, mais les protocoles existants nécessitent de recourir à un insecticide de qualité technique (pur), cher et difficilement accessible localement. D'autres conditions d'utilisation du test en flacon peuvent poser des problèmes dans certaines régions; on utilise l'acétone comme vecteur pour revêtir les flacons d'insecticides, mais, dans certaines parties de l'Amérique du Sud, sa vente est fortement réglementée en raison de son rôle dans la purification de la cocaïne [9].

Tout comme le test OMS, les doses discriminatoires recommandées pour le test en flacon masqueront les résistances de bas niveau dans certaines espèces [7,9]. Des améliorations et modifications mineures, examinées collégialement, apportées aux protocoles existants sont susceptibles de les renforcer considérablement et d'accroître leur valeur au niveau mondial.

Un laboratoire de santé publique du Pérou a ainsi montré de manière toute simple que quelques-unes des contraintes du test en flacon pouvaient être surmontées en remplaçant l'acétone par de l'éthanol et en préparant les flacons avec des formulations d'insecticides disponibles localement au lieu d'utiliser de la matière de qualité technique. Avec un point final d'une heure seulement, ce test adapté s'est avéré plus pratique que le test OMS (dont le point final est de 24 heures).

Certaines innovations et adaptations seront hautement spécifiques; le laboratoire péruvien a ainsi démontré que les flacons traités aux pyréthrinoïdes pouvaient être utilisés plusieurs fois et stockés pendant de longues périodes dans les conditions ambiantes, mais cette constatation s'applique moins bien aux organophosphates hautement volatiles.

Ce sont néanmoins ces adaptations locales et spécifiques qui assureront la plus grande utilité possible à ces tests. Il faut encourager les laboratoires imaginatifs et capables à rationaliser et à modifier les protocoles afin de les adapter aux conditions et exigences qui leur sont propres. Ces modifications devraient être rendues publiques de manière à pouvoir être critiquées ou adoptées par d'autres.

Les méthodes de dosage doivent évoluer et s'adapter. L'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture (FAO) avait coutume de recommander des tests normalisés de surveillance de la résistance des ravageurs (énumérés à l'occasion dans le Bulletin de la FAO sur la protection des plantes tout au long des années 1960 et 1970).

Certains d'entre eux restent utiles: face aux nouveaux problèmes de résistance on a pu tirer parti de la présence de certains de ces outils de surveillance [10] «en stock», mais d'autres ont été abandonnés au profit de tests plus pratiques, plus sûrs, moins coûteux et/ou applicables à la chimie moderne (p. ex. l'abandon des tests en fiole de verre pour les pucerons au profit de tests à « feuille trempée »).■


Références

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