Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé

La sécurité en cas d’urgence - Interview de Teddy Boen, conseiller principal à l’Initiative mondiale de sécurité

Teddy Boen
Teddy Boen

Teddy Boen, ingénieur architecte originaire d’Indonésie, est conseiller principal auprès de l’initiative mondiale de sécurité parasismique et ancien directeur de l’Association internationale du génie sismique.

Il a travaillé comme consultant pour la Banque mondiale, l’ONU et les ONG participant à la reconstruction d’Aceh et de Java au lendemain du tsunami qui a frappé l'Asie du Sud-Est fin 2004.

Cette année, la Journée mondiale de la santé, célébrée le 7 avril, portera sur les systèmes et les installations de santé construits et organisés pour résister aux situations d’urgence et aux catastrophes naturelles.
Teddy Boen, originaire d’Indonésie et spécialiste des constructions parasismiques, parle de la construction d’équipements sanitaires capables de résister aux tsunamis, aux séismes et à d’autres catastrophes.

Q: Quelles difficultés particulières pose la construction d’hôpitaux sécurisés dans votre région?

R: Les ingénieurs ne savent pas toujours quel est le risque de séisme sur le site de l’hôpital et ils manquent de connaissances véritables en matière d’architecture parasismique. De plus, ils inspectent rarement la construction eux-mêmes et laissent ce soin aux entrepreneurs et aux ouvriers.

Q: Quels problèmes pose la construction d’hôpitaux qui résistent aux tsunamis et aux tremblements de terre?

R: Les tsunamis sont généralement dus à des tremblements de terre, il faut donc construire des hôpitaux qui résistent aux séismes.

Q: De quelles réalisations êtes-vous le plus fier?

R: Après le tsunami et le séisme de décembre 2004, j’ai inspecté les hôpitaux d’Aceh pour voir si leur structure était solide et s’ils pouvaient être réoccupés. Après le tremblement de terre de Yogyakarta en mai 2006, j’ai aidé les patients à réintégrer les services. Mais après avoir suivi un cours sur la préparation des hôpitaux aux situations d’urgence et aux catastrophes, les médecins ont réalisé qu’il n’est pas toujours nécessaire d’évacuer les patients. [Après ce séisme], il a suffit de colmater les brèches le lendemain.

Q: La construction d’hôpitaux parasismiques est-elle d’un bon rapport coût-efficacité?

R: Le coût de la structure d’un hôpital ne représente que 20% environ du coût total de la construction. Les parties les plus coûteuses sont le matériel de diagnostic et les éléments fonctionnels/opérationnels. S’il est correctement évalué, le coût de la mise en conformité ultérieure – l’ajout d’éléments à la structure existante – est mineur comparé au coût total de l’hôpital. Pour les hôpitaux de construction nouvelle, les points importants concernant la résistance aux séismes sont de faire une analyse et de concevoir un projet sérieux pour les éléments structurels et non structurels, puis d’utiliser des matériaux de bonne qualité et de veiller à la bonne exécution pendant la construction. La conception antisismique n’augmente pas sensiblement le coût de la structure par rapport au coût des éléments non structurels et du matériel médical.

Q: Comment améliorer la sécurité des hôpitaux dans l’ensemble du monde?

R: Aider les pays en développement à appliquer une politique de sécurisation des hôpitaux en finançant l’analyse structurelle (pour déceler les points faibles du bâtiment) de plusieurs hôpitaux dans chaque pays, former les ingénieurs locaux et trouver les fonds pour la mise en conformité. ■

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