Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé

Obstacles financiers au traitement contre le VIH à Yaoundé, au Cameroun : premiers résultats d’une enquête transversale à l’échelle nationale

Sylvie Boyer, Fabienne Marcellin, Pierre Ongolo-Zogo, Séverin-Cécile Abega, Robert Nantchouang, Bruno Spire & Jean-Paul Moatti

Objectif

Evaluer dans quelle mesure la participation financière réglée par les usagers pour bénéficier du traitement antirétroviral (ART) représente un obstacle financier à l’accès à ce traitement pour les personnes positives pour le VIH à Yaoundé, au Cameroun.

Méthodes

Des données sociodémographiques, économiques et cliniques ont été recueillies parmi un échantillon aléatoire de 707 individus séropositifs pour le VIH, suivis dans six hôpitaux publics de la capitale du Cameroun (Yaoundé) ou de ses environs, à travers des entretiens face-à-face menés par des enquêteurs formés et indépendants du personnel médical et à travers des questionnaires médicaux remplis par les médecins prescripteurs. Des modèles de régression logistique ont été utilisés pour identifier les facteurs associés au signalement spontané par les sujets de difficultés financières pour se procurer les médicaments ART au cours des 3 derniers mois.

Résultats

Parmi les 532 patients prenant un traitement ART au moment de l’enquête, 20 % ont signalé des difficultés financières pour se procurer les médicaments antirétroviraux au cours des 3 derniers mois. Après ajustement pour les facteurs socioéconomiques et cliniques, on a constaté une association significative entre le signalement de difficultés financières et une faible observance du traitement ART (odds ratio, OR : 0,24 ; intervalle de confiance à 95%, IC : 0,15-0,40 ; p < 0,0001) et entre ce signalement et une numération plus basse des lymphocytes CD4+ (CD4) après 6 mois de traitement (OR : 2;14 , IC à 95 % : 1,15-3,96 pour les numérations des CD4 < 200 cellules/µl ; p = 0,04).

Conclusion

L’élimination de l’obstacle financier au traitement antirétroval que constitue la participation financière des usagers au point de délivrance des soins, comme le recommande l’OMS, pourrait apporter une amélioration de l’observance du traitement et des résultats cliniques. De nouveaux mécanismes financiers reposant sur les ressources publiques des gouvernements nationaux et sur les apports de donateurs internationaux sont nécessaires pour obtenir un accès universel aux médicaments et au traitement contre l’infection par le VIH.

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