Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé

Persistance de la tuberculose dans l’ère du DOTS : réévaluation de l’effet du dépistage

David W Dowdy & Richard E Chaisson

Objectif

Etudier la possibilité de prolonger durablement la baisse annuelle à court terme de 5 à 10% de l’incidence de la tuberculose (TB) en maintenant un taux élevé de dépistage.

Méthodes

Nous avons construit un modèle à compartiments régi par des équations différentielles pour représenter une épidémie de tuberculose parmi une population hypothétique de taille constante, avec un taux de succès thérapeutique de 85 %. Nous avons ensuite étudié l’impact du taux de dépistage sur l’incidence ce la TB en générant une population d’équilibre dans laquelle le taux de dépistage était nul et en faisant augmenter le taux de dépistage des TB à frottis positifs selon deux scénarios : (i) augmentation rapide de 10 % par an aboutissant à un taux de dépistage de 80 % au bout de 8 ans et (ii) accroissement progressif de 1 % par an pour atteindre 90 % au bout de 90 ans. Le modèle a été appliqué à deux populations hypothétiques : l’une exempte de VIH et l’autre présentant une incidence stable du VIH, représentative de la Région Afrique. Nous avons supposé qu’il existait un rapport constant entre le taux de dépistage des tuberculoses à frottis négatifs et le taux de dépistage des cas frottis positifs.

Résultats

En l’absence de programme de lutte antituberculeuse, nous obtenions une valeur projetée pour l’incidence annuelle de la TB de 513 cas pour 100 000 habitants, avec une prévalence de pointe de 1233 cas pour 100 000 et un taux de mortalité annuel par tuberculose de 182 pour 100 000. Le passage quasi-immédiat du taux de dépistage de 0 à 70 % a provoqué une baisse de 74 % de l’incidence de la TB en l’espace de 10 ans. Cependant, une fois le dépistage stabilisé à un niveau constant ≤ 80 %, l’incidence projetée de la TB s’est également stabilisée. Dix ans après l’obtention d’un taux de dépistage de 70 %, la baisse annuelle de l’incidence de la TB était inférieure à 1,5 %, quel que soit le rythme d’augmentation du dépistage et même si l’on faisait varier fortement tous les paramètres du modèle.

Conclusion

Bien que l’amélioration des taux de dépistage ait un effet de courte durée considérable sur l’incidence de la TB, le maintien de taux élevés, même aux niveaux visés actuellement, peut ne pas faire baisser l’incidence de plus de 1 à 2 % par an. Les programmes de lutte antituberculeuse et les chercheurs doivent continuer à tout faire pour améliorer le dépistage de la TB, quels que soient les taux de dépistage actuels.

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