Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé

Réadaptation de l'enfant après un traumatisme

Shanthi Ameratunga a, Alana Officer b, Bliss Temple c & Sandar Tin Tin a

Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé 2009;87:327-327. doi: 10.2471/BLT.09.057067

Bon nombre d'enquêtes récentes montrent que les enfants victimes de traumatismes présentent un risque important d'incapacité.[1] Même si la plupart des bases de données ne les distinguent pas suffisamment, il existe deux types d'incapacité, d'une part celle qui découle de l'interaction entre l'enfant blessé et son environnement, et d'autre part celle qui renvoie aux déficiences liées aux fonctions et structures corporelles ainsi qu'aux restrictions en matière d'activité et de participation.[2] Généralement, ces problèmes importants sont encore aggravés par les conséquences psychosociales et financières néfastes pour les familles.[3] Le "piège de la pauvreté liée au traumatisme" est inévitable pour de nombreux ménages à bas revenu.[1]

La réadaptation est destiné à aider l'enfant blessé confronté ou susceptible d'être confronté à une incapacité à atteindre et maintenir un fonctionnement optimal, en interaction avec son environnement. En répondant à des besoins en évolution et en consolidant les forces et les ressources de l'enfant et de sa famille, la réadaptation précoce peut réduire les coûts des soins de santé aigus et prévenir l'incapacité.[2] Outre les objectifs des programmes de réadaptation traumatologique en général (par ex. retrouver l'état de santé antérieur au traumatisme), ceux des enfants doivent tenir résolument compte des aspects suivants: besoins liés au développement physique et psychosocial de l'enfant, amélioration du niveau d'autonomie vis-à-vis des soins et pour la prise de décisions pendant l'adolescence, liens avec la famille, les amis, dans l'environnement scolaire ou professionnel.

Pour de nombreux enfants victimes de traumatismes et souffrant d'incapacités, les appareils et accessoires fonctionnels (par exemple béquilles, fauteuils roulants, prothèses et outils d'aide informatisés) peuvent jouer un rôle vital pour la mobilité, l'éducation et l'engagement social.[4] La fourniture adaptée d'appareils et accessoires fonctionnels requiert habituellement l'intervention de professionnels qualifiés comme des techniciens prothésistes et orthésistes, des ergothérapeutes et des physiothérapeutes. Mais un fauteuil roulant ne peut faciliter l'accès à une école si elle n'est pas équipée en conséquence. Il faut aussi ménager des changements dans l'environnement de l'enfant pour qu'il utilise les technologies efficacement (présence de rampes d'accès ou de W.C. accessibles par exemple).

La Convention relative aux droits des personnes handicapées de 2008 est le premier traité juridiquement contraignant qui réaffirme que toutes les personnes présentant tous types d'incapacités doivent jouir de tous les droits de l'homme et de toutes les libertés fondamentales.[5] La Convention souligne la nécessité de déployer des efforts de collaboration pluridisciplinaires au niveaux local, national et mondial pour améliorer la qualité de vie des enfants présentant des incapacités, promouvoir leurs droits et protéger leur dignité. On estime cependant que seulement 3% des personnes ayant besoin d'une réadaptation dans le monde bénéficient d'une forme quelconque de soutien[6], et ce pour différentes raisons: soins primaires inadéquats, pénurie de personnel qualifié, coûts prohibitifs, disponibilité des transports limitée et difficultés d'accès aux centres de réadaptation sanitaires. Une étude menée au Ghana, en Inde, au Mexique et au Vietnam a montré que les ressources humaines chargées de la réadaptation étaient moins développées que pour les soins aigus, certains services spécialisés --comme dans le domaine des pathologies de la parole-- étant pratiquement inexistants tandis que les services de physiothérapie étaient souvent plus répandus.[7] Les appareils et accessoires fonctionnels accordés à titre de don ou fabriqués en série peuvent poser des problèmes particuliers car ils ne sont souvent pas à la taille des enfants, ne sont pas réalisés sur mesure ou ne s'accompagnent pas des services de soutien appropriés.

Les services de réadaptation pour enfants peuvent bénéficier de toutes sortes de sources de financement, provenant notamment des fonds gouvernementaux, des assurances santé ou sociale, des financements externes, de sources privées, y compris d'organisations non gouvernementales ou encore du paiement direct de l'usager. Sur les 114 pays ayant fourni des données pour l'enquête mondiale réalisée en 2005 sur l'action gouvernementale,[8] seul 73 pays (64%) ont consacré des fonds publics aux services de réadaptation. Dans 66 pays interrogés (58%), aucun financement public n'a été alloué pour rendre l'environnement accessible physiquement aux personnes ayant des incapacités, et 43 pays (38%) n'ont apporté aucun soutien aux enfants présentant des incapacités concernant les appareils et accessoires fonctionnels et les services d'appui. Une enquête nationale représentative menée en Inde indique que deux tiers des bénéficiaires d'appareils et accessoires fonctionnels ont payé de leur poche.[9] Le système de paiement par un tiers et les régimes d'assurance dans les pays à haut revenu peuvent aussi influencer le type de services de réadaptation, leur quantité et leur étendue pour les enfants victimes de traumatismes.[3]

Compte tenu de ces contraintes et des besoins non satisfaits, certaines stratégies prometteuses destinées à optimiser la disponibilité et l'extension des services de réadaptation ont vu le jour. Elles prévoient des services plus souples et reposant davantage sur la communauté (par exemple des programmes de soins à domicile et dans les écoles), et la formation d'agents de soins de santé primaires, de membres de la famille ou d'agents de réadaptation communautaires sur les rudiments de la réadaptation. La réadaptation communautaire vise à utiliser les ressources disponibles dans le cadre social courant tout en incitant les communautés à travailler avec les personnes présentant des incapacités pour repérer et vaincre les obstacles qui entravent leur participation et leur intégration. [10] Les professionnels de la réadaptation de nombreux pays d'Europe du sud-est collaborent avec des associations de personnes présentant des incapacités pour mettre au point des services de réadaptation alternatifs fondés sur des approches holistiques et individualisées.[11]

L'OMS met actuellement en œuvre son plan d'action Incapacités et réadaptation 2006-2011 qui donne un élan pour que des changements se produisent dans des domaines clés, notamment pour renforcer la réadaptation communautaire et médicale (et son accès), améliorer le recueil de données et appuyer la formulation de politiques conformes aux principes de la Convention relative aux droits des personnes handicapées.[12] Il reste certes encore beaucoup à apprendre sur l'efficacité de ces approches, mais elles montrent qu'il est possible d'envisager que des jeunes gens présentant une incapacité due à un traumatisme pleinement et efficacement intégrés. ■


a. School of Population Health, Faculty of Medical and Health Sciences, University of Auckland, Auckland, 1142, New Zealand.
b. Department of Violence and Injury Prevention and Disability, World Health Organization, Geneva, Switzerland.
c. School of Medicine, Duke University, Durham, NC, United States of America.

Correspondre par courriel avec Shanthi Ameratunga: s.ameratunga@auckland.ac.nz

Références

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