Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé

Décès dus à la rougeole au Népal : estimation du taux de létalité national

Anand B Joshi, Elizabeth T Luman, Robin Nandy, Bal K Subedi, Jayantha BL Liyanage & Thomas F Wierzba

Objectif

Estimer le taux de létalité (TL) pour la rougeole au Népal, déterminer le rôle de facteurs de risque tels que l’instabilité politique dans la mortalité par rougeole et comparer les résultats obtenus en utilisant un échantillon représentatif au plan national de flambées épidémiques et la surveillance de routine ou encore d’une étude localisée pour établir le taux de létalité national (TLn).

Méthodes

Nous présentons ici une étude rétrospective des cas et des décès dus à la rougeole au Népal. Par un sondage aléatoire en deux étapes, nous avons sélectionné 37 districts, la probabilité de sélection étant proportionnelle au nombre de districts par région, puis nous avons sélectionné au hasard dans chaque district une flambée parmi celles survenues entre le 1er mars et le 1er septembre 2004. Nous avons identifié les cas en interrogeant un membre de chacun des ménages concernés et en retrouvant les contacts. Nous avons réalisé des analyses bivariées pour évaluer les facteurs de risque pour un taux de létalité élevé et déterminer le temps écoulé entre l’apparition de l’éruption et le décès. Nous avons déterminé la contribution de chaque facteur au taux de létalité par régression logistique multivariée. A partir des nombres de cas et de décès dus à la rougeole trouvés dans l’étude, nous avons calculé le nombre total de cas et de décès dus à cette maladie pour l’ensemble du Népal sur la période étudiée et en 2004.

Résultats

Nous avons identifié 4657 cas de rougeole et 64 décès dus à cette maladie pendant la période et dans la zone étudiées. Nous avons ainsi abouti à un total d’environ 82 000 cas et 900 décès pour l’ensemble des flambées survenues en 2004 et à un TLn de 1,1 % (intervalle de confiance à 95 %, IC : 0,5-2,3). Ce taux variait de 0,1 % dans l’Est à 3,4 % dans la région moyen-orientale et atteignait ses niveaux les plus élevés dans les zones d’insécurité politique, dans les plaines du Ganges et parmi les cas âgés de moins de 5 ans. La prise de vitamine A et la vaccination antirougeoleuse jouaient un rôle protecteur. La plupart des décès sont survenus pendant la première semaine de maladie.

Conclusion

A notre connaissance, il s’agit de la première étude du taux de létalité reposant sur un échantillon représentatif de flambées rougeoleuses. La surveillance de routine et les études portant sur une seule flambée peuvent ne pas fournir une valeur exacte du TLn. L’augmentation du nombre de morts liée à l’insécurité politique fait obstacle à la délivrance des services de santé. La brièveté du laps de temps entre l’apparition de la maladie et le décès, ainsi que la baisse de la mortalité résultant de l’administration de vitamine A, suggèrent la nécessité d’un traitement rapide sur le terrain, au tout début de la flambée.

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