Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé

Grossesses à l’adolescence: un problème culturel complexe

Le problème des grossesses à l’adolescence requiert davantage d’éducation auprès des jeunes filles pour les inciter à retarder une maternité, jusqu’à ce qu’elles y soient prêtes.
Un article de Theresa Braine.

Ayana (prénom modifié) s’est mariée à l’âge de onze ans. La plupart des jeunes couples en Éthiopie essaient tout de suite de concevoir un enfant. Trois ans plus tard, grâce à la campagne «Arrêter les mariages précoces», Ayana et son mari (de cinq ans son aîné) vont toujours à l’école et ont retardé la venue de leur premier enfant, rapporte Helen Amdemikael, assistante du Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) en Éthiopie.

Ce projet qui opère sous les auspices du ministère de la Jeunesse et des sports éthiopien, avec l’assistance du FNUAP et du Conseil de population, une organisation non gouvernementale, suit les orientations politiques et techniques de l'Organisation mondiale de la Santé. Il intervient auprès des familles, des dirigeants des communautés et des adolescents dans la région rurale éthiopienne d’Amhara, où la moitié des adolescentes sont mariées avant l’âge de 15 ans, en violation de la législation nationale qui n’autorise le mariage qu’à partir de 18 ans. Ce projet incite à retarder le mariage et la procréation. Il aide aussi les adolescentes mariées en les alphabétisant, et en leur apportant des savoir-faire pratiques et des informations sur la santé génésique.

Jeune adolescente indienne avec son bébé dans les bras.
OMS/M-A Heine
Cette jeune fille de l'État indien du Gujarat a mis au monde son enfant à l'âge de 16 ans. Grâce à un programme gouvernemental elle a pu accoucher à l'hôpital. Elle reçoit aujourd'hui des conseils sur l'allaitement et le planning familial.

Amdemikael et d’autres spécialistes de la santé espèrent que les exemples comme Ayana se multiplieront. Qu’elles concernent des enfants mariées en Inde ou au Soudan, ou des élèves célibataires dans les collèges ou lycées des pays industrialisés, les grossesses à l’adolescence sont un facteur majeur de morbidité et de mortalité maternelles et infantiles.

En dessous de 16 ans, le risque de décès maternel chez les adolescentes est quatre fois plus élevé que pour une femme de plus de 20 ans et le taux de mortalité néonatale augmente d’environ 50%, selon James E. Rosen, consultant pour la santé de l’adolescent qui a examiné les travaux de recherches pour le compte du département OMS Pour une grossesse à moindre risque.

Les experts de la santé s’accordent à dire que les adolescentes enceintes nécessitent une attention spéciale, du point de vue physique et psychologique, pendant la grossesse, l’accouchement et la période postnatale pour préserver leur santé, comme celle de leurs nourrissons. «Le contexte est difficile car les aspects culturels influent sur le comportement sexuel», reconnaît le Dr Virginial Camacho, du département OMS Santé et développement de l'enfant et de l'adolescent.

Son département étudie les moyens d’éviter les grossesses précoces dans les pays en développement, notamment chez les jeunes filles marginalisées, et veut établir dans quelle mesure les systèmes de santé répondent à leurs besoins. «Les agents de santé doivent avoir été formés pour d’une part assurer correctement les soins pour les adolescentes enceintes et, d’autre part, donner les conseils nécessaires à celles qui ne veulent pas d’une grossesse», explique le Dr Camacho.

On estime que, chaque année, 16 millions de jeunes filles accouchent entre 15 et 19 ans et que 95% de ces naissances surviennent dans les pays en développement, selon l’analyse de M. Rosen. Cela représente 11% des naissances à l’échelle mondiale, mais la moyenne masque des disparités régionales importantes. La proportion d’enfants nés de mères adolescentes va de 2% en Chine à 18% en Amérique latine et dans les Caraïbes.

Sept pays concentrent à eux seuls la moitié des enfants nés de mères adolescentes dans le monde: le Bangladesh, le Brésil, les États-Unis d'Amérique, l’Éthiopie, l’Inde, le Nigéria et la République démocratique du Congo. Le Dr Valentina Baltag, médecin à l’OMS travaillant sur la santé des adolescents, estime qu’il faut avoir davantage d’informations pour adapter des programmes ciblés à cette tranche d’âge: «Nous ne savons pas dans quelle mesure les adolescents consultent les services de santé et nous n’avons pas de données ventilées en fonction de l’âge».

Adolescente enceinte en Haïti
OMS/A Waak
En dessous de 16 ans, le risque de décès maternel est chez les adolescentes quatre fois plus élevé que pour une femme de plus de 20 ans

Selon le Dr Monir Islam, directeur du département Pour une grossesse à moindre risque, les programmes de santé maternelle et néonatale doivent améliorer leur façon de répondre aux besoins des jeunes mères. «La grossesse à moindre risque pour les adolescentes devrait clairement être une priorité des pays dans le cadre de leurs efforts pour atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement», déclare-t-il.

Bien que les situations particulières puissent varier énormément, les grossesses à l’adolescence présentent des traits communs. Trop jeunes encore, les organismes ne sont pas encore pleinement développés et ne peuvent supporter sans effets indésirables l’ensemble du processus de la grossesse et de l’accouchement. Les mères adolescentes sont ainsi exposées à un risque accru de dystocie par rapport aux femmes de plus de 20 ans.

En l’absence de soins obstétriques d’urgence, cela peut aboutir à une rupture utérine avec un risque élevé de mortalité pour la mère comme pour l’enfant. Pour celles qui survivent, la prolongation du travail peut être à l’origine de fistules, des déchirures entre le vagin et la vessie ou le rectum entraînant des fuites urinaires ou fécales.

En Éthiopie et au Nigéria, plus de 25% des femmes présentant des fistules ont été enceintes avant l’âge de 15 ans et plus de 50% avant 18 ans. Bien que la chirurgie puisse résoudre ces problèmes, le traitement n’est pas facilement accessible dans la plupart des pays où l’on observe beaucoup de fistules et des millions de femmes restent avec un état pathologique entraînant l’incontinence, de mauvaises odeurs et d’autres effets secondaires comme des problèmes psychologiques et l’isolement social.

«Beaucoup de très jeunes femmes enceintes n’ont pas accès aux établissements pour consulter les professionnels capables de résoudre leurs problèmes de dystocie», explique le Dr Luc De Bernis, conseiller en chef du FNUAP pour la santé maternelle et basé en Éthiopie. Comme dans de nombreux pays, les jeunes filles se marient très tôt, parfois même avant d’avoir eu leurs premières règles, «on imagine facilement qu’elles peuvent se retrouver enceintes très jeunes, à 13 ou 14 ans, continue le Dr de Bernis. Si vous allez à l’hôpital d’Addis-Abeba spécialisé dans les fistules, vous verrez que les filles sont très jeunes et très petites et vous comprendrez l’ampleur du problème. C’est un désastre.»

La pauvreté influe sur la probabilité des grossesses précoces et les jeunes filles sont ensuite victimes d’un cercle vicieux. La maternité à un jeune âge compromet leur réussite scolaire et leur potentiel économique. Les grossesses à l’adolescence «sont un réel obstacle à l’éducation et à d’autres opportunités dans la vie», constate Leo Bryant, responsable du plaidoyer à Marie Stopes International (MSI), groupe britannique de défense des droits de la santé génésique qui gère des cliniques dans le monde entier. «Nous sommes particulièrement préoccupés par la situation au Royaume-Uni, qui a le taux de grossesses à l’adolescence le plus élevé d’Europe occidentale.»

Le taux de naissances chez les adolescentes est aujourd’hui de 26 pour 1000, selon les Statistiques sanitaires mondiales 2009. Les autres pays européens ont moins de grossesses à l’adolescence car ils ont une autre approche en matière d’éducation sexuelle et un meilleur accès à la planification familiale. Aux Pays-Bas, qui a l’un des taux les plus bas d’Europe, quatre naissances chez des adolescentes pour 1000, l’éducation sexuelle commence dès l’école primaire.

Actuellement au Royaume-Uni, l’éducation sexuelle n’est pas obligatoire à l’école et certains établissements religieux d’enseignement ne la dispensent pas. La couverture est donc parcellaire, nous informe M. Bryant. Cela devrait changer avec les plans annoncés par le gouvernement fin avril qui rendront obligatoire l’éducation sexuelle et relationnelle dans les écoles primaires et secondaires d’ici 2011.■

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