Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé

Quand Bismarck rencontre Beveridge sur la Route de la soie : coordination des sources de financement pour créer un système universel de financement de la santé au Kyrgyzstan

Joseph Kutzin, Ainura Ibraimova, Melitta Jakab & Sheila O’Dougherty

Les options pour réformer le financement de la santé sont souvent présentées comme un choix à faire entre une taxation générale (modèle beveridgien) et un système d’assurance santé de type social (modèle bismarckien). Les dix années de réforme du financement de la santé au Kyrgyzstan depuis l’introduction du fonds d’assurance santé obligatoire en 1997 illustrent à la perfection les raisons pour lesquelles il est erroné de réduire la politique de financement de la santé à un choix entre un modèle beveridgien et un modèle bismarckien. Plutôt que de fragmenter le système en fonction du statut en tant qu’assuré de la population, comme l’ont fait de nombreux autres pays à revenu faible ou moyen, les réformes menées au Kyrgyzstan ont été guidées par l’objectif d’instaurer un système d’assurance unique pour l’ensemble de la population. Parmi les volets principaux de ces réformes figurent le rôle et le développement graduel du fonds d’assurance santé obligatoire en tant qu’acheteur unique des services de santé pour toute la population à l’aide d’une méthode de paiement reposant sur les résultats, la restructuration complète du dispositif de regroupement des risques pour passer de l’ancienne structure budgétaire décentralisée à un pool national unique et la mise en place d’un ensemble clair de prestations. Au centre de ce processus, on trouve la transformation du rôle des recettes budgétaires générales - principale source de financement public pour la santé -, qui au lieu de subventionner directement la fourniture de services, subventionnent maintenant l’achat de services au nom de la population dans son ensemble, en redirigeant ces dépenses vers le fonds d’assurance santé. A travers cette approche du financement de la santé et notamment grâce au regroupement des risques, les réformateurs du Kyrgyzstan ont démontré qu’il était possible d’utiliser des sources de financement différentes de manière explicitement complémentaire pour créer un système universel et unifié.

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