Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé

Toucher des populations difficiles à atteindre telles que les demandeurs d’asile et les réfugiés réinstallés au Canada

Ellen O Wahoush a

a. Offord Centre for Child Studies and School of Nursing, McMaster University, 1200 Main Street West, Hamilton, ON, Canada.

Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé 2009;87:568-568. doi: 10.2471/BLT.08.061085

En raison des migrations mondiales, qu’elles soient volontaires ou forcées, les professionnels des soins de santé et le personnel de santé sont appelés à communiquer efficacement lorsqu’ils doivent prendre en charge des communautés de plus en plus diversifiées, qui ont souvent des besoins particuliers et des aptitudes linguistiques et des niveaux d’alphabétisation variables.

Les réfugiés et les demandeurs d’asile sont des migrants contraints. Leurs besoins en matière de santé sont parfois liés à leur statut de réfugiés et ils n’ont pas toujours les aptitudes ou les compétences linguistiques que peuvent avoir d’autres catégories de migrants.[1] Bien que la proportion de réfugiés qui se réinstallent dans les pays développés au titre de la Convention des Nations Unies soit relativement faible, la plupart prennent la citoyenneté du pays hôte.[2]

Le défi pour les professionnels de la santé face aux communautés de réinstallation consiste à parvenir jusqu’à ces nouveaux venus, en particulier les réfugiés et les demandeurs d’asile, qui peuvent être isolés du fait de la barrière linguistique ou parce qu’ils ne savent pas comment s’adresser au système de santé local.

L’établissement de relations est l’un des moyens importants d’agir sur la santé des populations. Or pour cela, il est essentiel de pouvoir communiquer efficacement. Une communication claire permet d’instaurer la confiance et une meilleure compréhension réciproque des attentes des uns et des autres en ce qui concerne les comportements, les besoins et les services de santé.[3]

La communication en matière de soins de santé est importante pour trois raisons:

  • échanger des informations importantes en matière de santé;
  • promouvoir ou encourager la poursuite des soins afin de rétablir la santé après le traitement d’une maladie;
  • et établir des relations afin de favoriser le maintien d’un bon état de santé sur la durée.

Des moyens de communication efficaces pour diffuser des informations de santé publique sont particulièrement importants lorsqu’il s’agit de populations difficiles à atteindre telles que les migrants contraints qui ont souvent perdu leurs sources d’information habituelles et leur soutien familial.[4]

Dans de nombreux pays de réinstallation, il existe désormais une formation aux compétences/sensibilités culturelles, en partie pour améliorer la façon dont les agents de santé répondent aux besoins de populations de plus en plus diverses.[5,6] Ces initiatives visent à réduire les disparités en matière de santé liées à la race et à l’appartenance ethnique. Les compétences en matière de communication (verbale et non verbale) sont au coeur de cette formation aux compétences culturelles, qui fait désormais partie de tous les programmes d’études de médecine et soins infirmiers. De plus, des normes de pratique ou lignes directrices ont été introduites par de nombreuses associations professionnelles depuis le milieu des années 1990. L’importance de ces compétences ne doit pas être sous-estimée. Les professionnels de santé formés avant ces changements sont parfois mal préparés à prendre en charge des populations diverses.

Les nouveaux venus qui ne connaissent pas bien le système de soins de santé peuvent interpréter des événements relativement anodins comme des actes de discrimination ou de racisme si le personnel de santé ne leur donne pas d’explications claires. Par exemple, le fait d’attendre dans un service des urgences pour être vu par un médecin relativement débutant peut être interprété négativement comme une discrimination (EO Wahoush, données non publiées, 2009). Des expériences négatives pourront peut-être dissuader par la suite la personne de consulter. Inversement, si la communication verbale est difficile en raison de la barrière linguistique, les patients pourront interpréter des signes non verbaux et comprendre l’intention du professionnel de santé.

De nouvelles approches s’imposent en matière de communication de santé publique si l’on veut atteindre les nouveaux venus et les populations difficiles d’accès. Au Canada, les médias ethniques sont sous-utilisés pour véhiculer des informations sanitaires, alors même qu’ils sont en prise directe avec ces communautés de nouveaux venus relativement isolées. En outre, les systèmes d’information sanitaire qui émettent des recommandations telles que Telehealth Ontario ne sont pas bien connus des nouveaux venus en général, même si des numéros de téléphone gratuits dispensent des conseils de professionnels de santé dans plus de 100 langues. De nouvelles méthodes de commercialisation ciblées utilisant différents véhicules de communication seraient susceptibles d’améliorer la façon dont sont desservies les communautés de nouveaux venus, car différents groupes culturels ou groupes de migrants préfèrent parfois des médias de communication différents.[7]

La formation en matière de sensibilité ou de compétences culturelles peut être utile à partir du moment où elle ne véhicule pas de stéréotypes et où les participants acquièrent des connaissances quant à l’éventail des valeurs et des croyances qui peuvent avoir des répercussions sur l’alimentation, la perception de la maladie, le fait de savoir quand consulter et la préférence pour un type ou un autre d’agent de santé. Reste à savoir comment aider les professionnels de la santé à rester ouverts à des points de vue ou à des attentes différents en matière de santé dans une clientèle diverse tout en évitant les stéréotypes qui peuvent masquer l’individualité de leurs patients et des communautés. Une réorientation des techniques et des méthodes de communication à l’intention des professionnels de santé et en matière d’information sanitaire du public pourrait, peut-être, donner de meilleurs résultats que la seule formation aux compétences culturelles.■


Courriel de Ellen O Wahoush: wahousho@mcmaster.ca).

Références

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