Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé

Administration de misoprostol pour prévenir et traiter les hémorragies postpartum : revue systématique et méta-analyse de la mortalité maternelle et des effets dose-dépendants

G Justus Hofmeyr, A Metin Gülmezoglu, Natalia Novikova, Verena Linder, Sandra Ferreira & Gilda Piaggio

Objectif

Étudier la mortalité maternelle et les effets dose-dépendants du misoprostol sur la perte de sang et la pyrexie dans le cadre d’essais randomisés portant sur l’utilisation de ce médicament pour prévenir et traiter les hémorragies postpartum.

Méthodes

Nous avons fait des recherches dans le registre Cochrane des essais contrôlés et dans Pubmed sans émettre de restriction concernant la langue et en utilisant l’expression «(misoprostol AND postpartum)» OR (misoprostol AND haemorrhage) OR (misoprostol AND hemorrhage), puis nous avons évalué les rapports identifiés avec la stratégie de recherche du Groupe Cochrane Pregnancy and Childbirth. Nous avons vérifié la conformité avec les critères d’admissibilité dans l’étude des essais randomisés comparant le misoprostol à un placebo ou à un autre utérotonique dans la prévention ou le traitement des hémorragies postpartum. Nous avons extrait et tabulé des données, puis nous les avons analysées avec le logiciel Reviewer Manager (RevMan) 4.3.

Résultats

Dans l’analyse finale, nous avons pris en compte 46 essais portant sur plus de 40 000 participantes. Sur 11 décès rapportés dans 5 essais, 8 sont survenus chez des femmes ayant reçu ≥ 600 µg de misoprostol (Odds ratio de Peto, OR : 2,49 ; intervalle de confiance à 95 %, IC : 0,76-8,13). La morbidité grave, définie comme la nécessité d’une intervention chirurgicale importante, l’admission en soins intensifs, la défaillance d’un organe ou une température corporelle ≥ 40 °C, était relativement rare. Dans les essais de prévention, nous avons relevé une morbidité grave chez 16 des 10281 femmes sous misoprostol et chez 16 des 10292 parturientes recevant un utérotonique classique et, dans les essais thérapeutiques, chez une des 32 femmes sous misoprostol et chez une des 32 femmes sous utérotonique classique. Les femmes recevant du misoprostol ont manifesté plus d’effets indésirables que celles recevant un placebo : 8 sur 2070 contre 5 sur 2032 respectivement dans les essais de prévention et 5 sur 196 contre 2 sur 202 dans les essais thérapeutiques. La méta-analyse des comparaisons directes et indirectes ajustées des résultats d’essais randomisés n’a fait apparaître aucune preuve d’une efficacité supérieure de la dose de 600 µg de misoprostol par rapport à la dose de 400 µg, dans la prévention d’une perte de sang ≥ 1000 ml (risque relatif, RR : 1,02 ; IC à 95 % : 0,71-1,48). La pyrexie était plus de deux fois plus fréquente chez les femmes ayant reçu ≥ 600 µg de misoprostol que chez celles ayant reçu une dose de 400 µg (RR : 2,53 ; IC à 95 % : 1,78-3,60).

Conclusion

Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour évaluer plus précisément les effets bénéfiques et nocifs potentiels du misoprostol et pour identifier la plus faible dose de ce médicament à la fois efficace et sans risque. La présente étude a trouvé qu’une dose de 400 µg de misoprostol était plus sûre qu’une dose ≥ 600 µg et tout aussi efficace.

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