Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé

L’impact des téléphones cellulaires sur la surveillance de la santé publique

Shaohua Sean Hu a, Lina Balluz a, Michael P Battaglia b & Martin R Frankel c

a. Centers for Disease Control and Prevention, 2500 Century Parkway, Atlanta, GA, 30345, États-Unis d’Amérique. (USA).
b. Abt Associates Inc, Cambridge, USA.
c. Baruch College, City University of New York, New York, USA.

Bulletin de l’Organisation mondiale de la Santé 2010;88:799-799. doi: 10.2471/BLT.10.082669

Aux États-Unis d’Amérique ces dernières décennies, l’échantillonnage par système d’appel aléatoire des numéros des ménages munis d’un téléphone à fil conventionnel était très prisé pour mener des enquêtes sur la population. Ce système était un moyen économique de mener des enquêtes de population. Il présentait des caractéristiques d’échantillonnage solides et bénéficiait d’une forte couverture, le téléphone filaire reliant plus de 90% des ménages américains de 1970 à 2004.1

Mais au cours des 10 dernières années, l’utilité de ce genre d’enquête téléphonique a été remise en cause par l’émergence d’une nouvelle pratique d’usage téléphonique, c’est-à-dire avec la popularité croissante du téléphone cellulaire (mobile ou portable). Les usagers sont toujours plus nombreux à abandonner le téléphone filaire au profit du téléphone cellulaire, réduisant du même coup le nombre de ménages munis de téléphones fixes et réduisant ainsi la couverture des enquêtes téléphoniques traditionnelles qui ne prévoient pas les numéros de téléphone mobile.

D’où l’inquiétude croissante de voir les enquêtes téléphoniques traditionnelles – comme les enquêtes du Système de surveillance des facteurs de risque liés au comportement menées par les Centers for Disease Control and Prevention des États-Unis – exclure les adultes vivant dans des foyers uniquement munis de téléphones portables (sans téléphone fixe).1.2

En effet, le pourcentage d’adultes américains vivant dans un ménage uniquement pourvu d’un téléphone cellulaire a progressé de plus de 700% entre le début 2003 (2,9%) et la fin 2009 (24,5%).1.3 Les indicateurs dont on dispose suggèrent que l’adoption d’un mode de communication sans fil uniquement va se poursuivre. 1–3 Des sous-populations spécifiques, comme les locataires, les hommes, les minorités et les personnes vivant sous ou à la limite du seuil de pauvreté ont plus de probabilité d’être raccordés uniquement par téléphone mobile, et le choix de la téléphonie sans fil est très répandu chez les jeunes adultes (18-34 ans).1,3

Aux États-Unis, du fait de la progression rapide du nombre de personnes n’ayant qu’un mode de communication sans fil et de l’augmentation constante parmi les jeunes, les systèmes de surveillance sanitaire utilisant des méthodes d’enquête téléphonique éprouvent des difficultés à obtenir des données de qualité auprès des jeunes adultes, les estimations tirées d’enquêtes téléphoniques filaires portant sur certaines caractéristiques et comportements étant biaisées faute de tenir compte des personnes n’ayant qu’un téléphone cellulaire. Désormais, il est indispensable d’échantillonner et d’interviewer des personnes ayant un téléphone mobile si l’on veut récolter des données valides, fiables et représentatives.

Les taux de pénétration des téléphones cellulaires sur le marché américain dépassent 75% et dans la Région administrative spéciale de Hong Kong (Chine), au Japon et en Europe de l’Ouest, il a déjà dépassé 100% (plusieurs téléphones portables par abonné).4 75% des 4 milliards de téléphones mobiles en usage dans le monde se trouvent dans les pays en développement et, au cours de la prochaine décennie, le nombre d’abonnements à un téléphone cellulaire dépassera le chiffre de la population mondiale.5

L’échantillonnage par système d’appel aléatoire des numéros de personnes ou de ménages ayant un téléphone mobile pourrait être très utile pour mener une surveillance de santé publique fondée sur la population dans les pays en développement. L’installation d’une ligne téléphonique fixe étant onéreuse, de nombreux pays en développement ont simplement fait l’impasse sur les services complets de communication fixe et sont passés sans transition à un important réseau de téléphonie mobile.6

Des villages coupés depuis des siècles du monde extérieur ou se contentant d’une réception passive d’informations radiodiffusées sont maintenant liés les uns aux autres et au monde entier grâce à des technologies mobiles instantanées et peu coûteuses. La connexion mobile dans les pays en développement facilite le développement social et économique en améliorant l’accès aux personnes, à l’information et aux services comme les soins de santé, l’éducation, les chances de travail et l’information du marché. Dans les pays en développement où l’infrastructure physique et technique des pays plus développés manque, les enquêtes avec des numéros de téléphone mobile rendent possible le recueil de données fondées sur la population à un prix abordable.

Mais certaines difficultés se dressent pour réaliser des enquêtes par téléphone sans fil dans les pays en développement. D’abord, il est important de déterminer le territoire couvert par les réseaux de téléphonie mobile disponibles pour s’assurer que le service de téléphone mobile est disponible dans toute ou dans l’essentiel de la zone d’étude, y compris les zones rurales. Deuxièmement, il est nécessaire d’avoir un bon cadre d’échantillonnage pour la population ciblée.

Dans de nombreux pays en développement, il est possible d’acheter des lignes téléphoniques sans s’inscrire dans un répertoire officiel. Si un nombre important de téléphones portables n’est pas répertorié, leurs propriétaires ne pourront évidemment pas figurer sur les listes d’abonnés. Il est indispensable d’avoir un cadre d’échantillonnage complet pour toute enquête en population cherchant à être représentative au niveau des ménages ou des individus dans les pays en développement. Troisièmement, il faut être au courant du prix que les abonnés de téléphone portable paient pour recevoir un appel et pouvoir offrir éventuellement un remboursement pour le temps de conversation dévolue à l’enquête.

Quatrièmement, pour le choix de l’adulte répondant pour le ménage, il faut tenir compte du nombre d’adultes détenteurs d’un téléphone mobile et du partage de téléphones mobiles dans la famille. Cinquièmement, il convient de déterminer si, dans le cadre de la communication sans fil, les messages écrits prennent le pas sur les appels téléphoniques. Dans les pays en développement, les enquêtes sanitaires reposaient avant tout sur des interviews en personne (face à-face). Compte tenu des économies considérables que représentent les interviews téléphoniques, les enquêtes sanitaires avec numéro de téléphone portable pourraient se répandre plus largement, à condition de surmonter les difficultés susmentionnées.


Références

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