Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé

Vaccin oral contre le choléra: de bonnes perspectives

Un essai portant sur un nouveau vaccin anticholérique oral se déroulant à Calcutta semble prometteur mais, comme l’indique Patralekha Chatterrjee, un vaccin reste une arme parmi d’autres dans la lutte contre la maladie.

Septembre 2006: la phase III de l’essai clinique d’un vaccin anticholérique oral bivalent est en cours dans un quartier de Calcutta, dans l’est de l’Inde. Comme dans tout essai clinique, il s’agit d’un stade décisif: le vaccin a été administré à un grand nombre de personnes pour confirmer son efficacité, surveiller les effets secondaires et recueillir des informations qui permettront de l’utiliser en toute sécurité.

Plus de 30 centres de vaccination ont été mis sur pied dans les bidonvilles de Calcutta de sorte que les personnes n’aient pas à aller loin pour se faire vacciner. Mais des pluies torrentielles ont frappé cette ville de plus de 14 millions d’habitants.

Des personnes font la queue devant un centre de vaccination à Calcutta en Inde
NICED
Les inondations ne découragent pas les gens de venir se faire vacciner.

L’intérêt pour le vaccin était tel que les gens ne se sont pas laissé décourager par les pluies. «Nous avons été surpris de constater le nombre de personnes souhaitant se faire vacciner même avec cette pluie» se souvient le Dr Dipila Sur, Directeur adjoint du National Institute of Cholera and Enteric Diseases (NICED) de l’Inde. «Il est arrivé que le personnel des centres de vaccination nous appelle paniqués parce que les tables et les chaises flottaient littéralement.»

Les habitants ont été enthousiasmés par l’essai du vaccin, des chercheurs ayant passé deux ans à éduquer la communauté avant le début de l’étude.

Le Dr Sujit Kumar Bhattacharya, médecin du Bureau régional de l’Organisation mondiale de la Santé pour l’Asie du Sud-Est souligne l’importance de la consultation de la communauté avant l’introduction du vaccin.

«Lorsque nous avons élaboré le protocole, nous savions que, scientifiquement, nous disposions d’un bon vaccin, possible à exploiter, mais qui devait encore être accepté par les gens. Nous avons installé à l’avance un petit bureau dans certains bidonvilles (où les essais devaient ensuite avoir lieu). Au début, les gens nous demandaient surtout de l’eau potable et des moyens d’assainissement, etc.»

«Nous avons organisé des camps d’aide médicale pour traiter d’autres maladies, organisé des réunions informelles avec les responsables de la communauté et nous sommes rallié les imams (religieux musulmans) locaux et avons même tenu au courant la Commission nationale des Droits de l’Homme et la police locale» a expliqué le Dr Bhattacharya, ancien chef du NICED.

Les résultats intermédiaires de l’essai de phase III qui a débuté à Calcutta en 2006 ont été publiés récemment. On a enregistré 20 épisodes de choléra chez 52 212 personnes vaccinées et 68 épisodes chez les 55 562 personnes qui avaient reçu le placebo. «L’essai de vaccin s’est traduit par une protection à 68% de toutes les tranches d’âge deux ans après la vaccination. Les enfants âgés de 5 à 15 ans étaient protégés à 88%. Compte tenu de la forte charge de morbidité due au choléra dans plusieurs régions de l’Inde, c’est une conclusion très intéressante», a déclaré le Dr Sur.

Le NICED travaille à Calcutta depuis plus de cinq ans avec des chercheurs de l’Institut international des vaccins basé à Séoul afin d’accélérer l’introduction de ce vaccin anticholérique oral, susceptible de constituer une véritable avancée dans la lutte contre la maladie.

Le nouveau vaccin arrive à un moment de résurgence de la maladie. Les gens contractent le choléra en buvant de l’eau ou en mangeant des aliments contaminés par la bactérie Vibrio cholerae et, faute de traitement, peut entraîner la mort en quelques heures par déshydratation et choc.

Le nombre de cas de choléra notifiés à l’OMS au niveau mondial augmente régulièrement depuis 2000. Entre 2004 et 2008, 838 315 cas ont été signalés à l’OMS, ce qui représente une augmentation de 24% par rapport aux 676 651 cas notifiés entre 2000 et 2004.

Carte des flambées épidémiques de choléra dans le monde de 2007 à octobre 2009.
OMS
Carte des flambées épidémiques de choléra dans le monde de 2007 à octobre 2009.

On estime cependant que le nombre réel de cas de choléra est bien supérieur en raison de la sous-notification et d’autres limites du système de surveillance, telles que le manque de standardisation de la définition des cas ou des moyens de diagnostic limités.

D’après le Dr Claire-Lise Chaignat, chef du Groupe spécial mondial sur la lutte anticholérique, «le choléra est en progression en raison de l’augmentation du nombre de personnes marginalisées, de l’exode rural, et des déplacements de population des zones à haut risque vers d’autres zones alors que les infrastructures et les moyens d’adduction d’eau et d’assainissement ne suivent pas.»

Même si des vaccins anticholériques oraux existent depuis plus de 20 ans et ont été recommandés par l’OMS pour lutter contre le choléra, ils n’ont pas été largement adoptés par les pays en développement en raison de leur coût élevé, d’une offre limitée et de la nécessité d’administrer deux doses.

À l’heure actuelle, le seul vaccin anticholérique oral présélectionné par l’OMS se compose de germes entiers de V. cholerae 01 tués associés à une sous-unité B recombinée de toxine cholérique (WC rBS), est commercialisé sous la marque Dukoral et homologué au niveau international pour toute personne âgée de plus de deux ans. Ce vaccin n’est cependant pas homologué en Inde et est considéré comme trop coûteux et trop difficile à administrer pour être utilisé en routine.

La production du vaccin en Inde a été compliquée et est passée par un transfert de technologie du Viet Nam, qui lui-même avait utilisé un transfert de technologie de Suède. John Clemens explique les facteurs qui ont amené à privilégier le choix de l’Inde pour la fabrication du vaccin.

«Pour que le vaccin puisse être acceptable au niveau international, il devait être fabriqué dans un pays dont l’autorité nationale de réglementation était approuvée par l’OMS et qui pouvait assurer une production conforme aux normes de l’OMS. L’autorité de réglementation nationale indienne, le Drug Controller General of India, est approuvée par l’OMS et Shantha Biotechnics, le fabricant, a déjà fabriqué des vaccins qui ont été présélectionnés par l’OMS», explique John Clemens.

Compte tenu des résultats intermédiaires positifs de l’essai clinique de phase III mené à Calcutta, Shanta Botechnics a reçu toutes les autorisations nécessaires pour la fabrication. Le vaccin est actuellement commercialisé en Inde sous le nom de Shanchol.

Le mouvement international visant à rendre les vaccins anticholériques plus largement disponibles a commencé avec le programme de lutte contre les maladies des plus pauvres et l’Initiative pour un vaccin anticholérique financés tous deux par la Fondation Bill & Melinda Gates et coordonnés par l’Institut international des vaccins.

La mise à disposition d’un vaccin peu coûteux, sûr et efficace, facile à produire et à administrer facilitera l’utilisation des vaccins dans la lutte contre le choléra mais le Dr Chaignat de l’OMS se montre cependant prudente. «Il est bon que des pays à forte incidence du choléra puissent produire leur propre vaccin. Nous comptons beaucoup sur ce vaccin qui est en voie de présélection par l’OMS. Mais un vaccin anticholérique n’est qu’une mesure parmi d’autres et ne se substitue pas à la fourniture de sources d’eau salubre, à des mesures d’assainissement et au travail avec les communautés pour encourager les changements de comportement et réduire les risques d’infection.»■

Partager