Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé

Le changement climatique et ses effets potentiels sur la santé: appel à une action intégrée

Jacob Kumaresan a & Nalini Sathiakumar b

Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé 2010;88:163-163. doi: 10.2471/BLT.10.076034

Des éléments scientifiques de plus en plus nombreux suggèrent fortement que le changement climatique a des effets considérables et divers sur la santé humaine. L’augmentation de la température et du niveau des océans ainsi que des événements climatologiques extrêmes tels que les inondations entraînent une accumulation de débris et la pollution de l’eau, ce qui ne fait qu’exacerber les maladies diarrhéiques.

La répartition spatio-temporelle des maladies à transmission vectorielle comme le paludisme et la dengue devrait s’étendre en raison des températures plus favorables, qui entraîneraient des modifications de la dynamique des maladies transmissibles [1].

Le changement climatique est une problématique mondiale, et il pourra avoir des répercussions défavorables dans le monde entier. Toutefois, les populations pauvres et les plus vulnérables seront sans doute davantage touchées, les pays les plus pauvres étant appelés à subir plus durement l’impact en raison des déficiences de leurs systèmes de santé et de leur manque de ressources.

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) estime que, dans les pays à faible revenu, près de 150 000 décès sont imputables chaque année principalement aux effets préjudiciables du changement climatique, essentiellement en raison des dégâts que subissent les cultures et de la malnutrition, des inondations, des maladies diarrhéiques et du paludisme [1].

La Région OMS de l’Asie du Sud-Est héberge 26% de la population mondiale et 30% de la population pauvre de la planète [2,3]. En raison de cette population importante, les conséquences pourraient être désastreuses pour cette région, qui doit déjà supporter une charge de morbidité beaucoup plus élevée due aux maladies transmissibles appelée à augmenter encore dans un avenir prévisible du fait du changement climatique.

Sur les 14 millions de décès qui surviennent dans la Région chaque année, 40% sont attribuables aux maladies transmissibles. Une hausse des températures moyennes pourraient prolonger les périodes de pic de maladies à transmission vectorielle [4], et les événements climatologiques extrêmes, y compris les cyclones et les inondations, peuvent créer des conditions idéales à la propagation de maladies diarrhéiques et à transmission vectorielle telles que le choléra [5].

Dans une grande partie de la région, la dengue s’étend non seulement sur le plan géographique, mais également lors de flambées explosives. On l’a signalée dans les pays montagneux comme le Bhoutan et le Népal depuis 2002 [2].

Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), certaines parties d’Asie devraient être gravement touchées par le changement climatique du fait que l’économie de la plupart des pays repose sur l’agriculture et les ressources naturelles [6]. Les populations géographiquement vulnérables des petits états insulaires, des zones de montagne élevées et arides et des zones côtières très densément peuplées telles que les grands centres urbains situés le long des deltas seront particulièrement touchées par le changement climatique, comme l’ont montré les inondations dévastatrices survenues dans l’état du Bihar, en Inde, en 2009.

La Banque asiatique de Développement prévoit que le niveau des océans pourrait s’élever jusqu’à 40 cm d’ici la fin du siècle et mettre en danger les populations habitant les zones côtières du continent. Dans des pays comme l’Indonésie et la Thaïlande, le manque d’efforts concrets pour lutter contre les effets du changement climatique pourrait entraîner des pertes économiques allant jusqu’à 6,7% du produit intérieur brut combiné des deux pays d’ici 2100, alors que la perte des produits intérieurs bruts au niveau mondial pendant la même période ne serait que de 2,6% [7].

La plupart des pays de la Région n’ont pas établi de plans adéquats de surveillance des maladies et des vecteurs, de lutte contre ceux-ci ni de préparation aux situations d’urgence. En outre, ils ne possèdent qu’une expérience scientifique limitée, leur législation en matière de santé publique est insuffisante, ils manquent de ressources humaines et financières et d’infrastructures et leurs systèmes de santé sont fragmentés, autant d’éléments qui constituent des handicaps en vue d’une bonne préparation aux effets préjudiciables pour la santé du changement climatique. Il est donc indispensable de développer des capacités régionales de protection de la santé face aux changements climatiques.

L’ampleur du problème fait qu’il est impératif de mieux sensibiliser, les décideurs notamment, aux menaces que représente le changement climatique mais, pour ce faire, il faut mettre en place d’urgence une planification stratégique et un financement durables. Une réponse durable et efficace passe par une évaluation des risques pour la santé, une action intégrée, des investissements financiers et une collaboration multisectorielle.

La base de connaissances doit être améliorée pour faciliter les changements de politique et les actions multisectorielles dans le secteur de la santé, de l’énergie, de l’environnement, de l’éducation et du commerce. Le secteur de la santé doit jouer un rôle déterminant dans l’atténuation du changement climatique et l’adaptation à ses effets préjudiciables.

La formation du personnel doit être encouragée et des mesures visant à réduire les gaz à effet de serre doivent être mises en œuvre car elles peuvent être bénéfiques pour la santé. Un effort concerté doit être fait pour associer les partenariats et réseaux locaux et nationaux et toutes les parties prenantes, car les programmes de santé auront besoin de moyens financiers accrus pour mettre en place des plans complets visant à atténuer les effets du changement climatique sur la santé humaine.

Si tous les pays de la Région consentent un effort concerté pour faire face aux effets du changement climatique sur la santé, la base de connaissances ainsi constituée, les meilleures pratiques émergentes et les enseignements tirés apporteront une contribution précieuse à la santé dans le monde.

Des recherches sur l’évaluation des effets du changement climatique sur les maladies transmises par l’eau et par les vecteurs sont en cours en Inde et au Népal et seront élargies à d’autres pays de la Région.

Ces informations pourront aider à élaborer des plans d’action nationaux et régionaux intégrés axés sur des interventions concrètes de santé publique. L’OMS collabore avec ses États Membres de la Région de l’Asie du Sud-Est en vue de constituer une base de connaissances régionale et de l’utiliser pour promouvoir une action intégrée aux niveaux régional et des pays.■


a. Centre de l’Organisation mondiale de la Santé pour le développement sanitaire, Kobe (Japon).
b. John J Sparkman Center for Global Health, University of Alabama at Birmingham, Birmingham,(États-Unis d’Amérique).

Correspondance avec Jacob Kumaresan. Courriel: kumaresanj@wkc.who.int

Références

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