Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé

Contraception d’urgence: dissiper les idées fausses et les croyances erronées

Elizabeth Westley a & Anna Glasier b

Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé 2010;88:243-243. doi: 10.2471/BLT.10.077446

Les pilules contraceptives d’urgence (PCU) sont désormais disponibles dans de nombreux pays mais n’ont pas eu l’effet attendu sur le taux de grossesses non désirées. Pourquoi? Les obstacles du début, qui empêchaient de se les procurer, se lèvent progressivement. Il existe désormais un marché pour les PCU et de nombreux fabricants et distributeurs ont le souci de l’approvisionner. Ces produits sont entrés dans les normes, des formations qualifiantes ainsi que les services s'y rapportant sont disponibles dans de nombreux pays.

Pourtant, l’ignorance reste encore un obstacle de taille dans de nombreuses régions du monde. La contraception post-coïtale est toujours inconnue dans de nombreux pays, si l’on en croit les enquêtes démographique et de santé [1] et d’autres études nationales. En 2007, une enquête auprès des adolescents dans les écoles de New York [2] a montré que moins de la moitié d’entre eux avait entendu parler des pilules contraceptives d’urgence, malgré de grandes campagnes d’information du public et la publicité dans les médias pour leur vente sans ordonnance aux États-Unis d'Amérique (USA).

Même lorsque la connaissance de ce type de contraception est meilleure, son utilisation reste relativement faible, comme c’est le cas au Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord, où 91% des femmes ont entendu parler de la «pilule du lendemain», mais seules 7% l’ont utilisée au cours de l’année écoulée [3]. L’une des raisons expliquant la très faible utilisation des PCU d’une manière correcte est l’ignorance de base des mécanismes de la fertilité, de la contraception et du risque de grossesse, une situation courante aussi bien dans les pays développés qu’en développement.

En France, une enquête sur les femmes demandant à avorter a révélé que plus de la moitié d’entre elles ignoraient le risque de grossesse au moment où elles sont tombées enceintes, ou ne pouvaient pas déterminer le rapport sexuel spécifique à l’origine de leur grossesse; seule une minorité a utilisé des pilules contraceptives d’urgence [4]. Au Royaume-Uni, une étude sur les clientes des services d’avortement et de soins prénatals a montré que sur 10 femmes ne voulant absolument pas être enceintes, seule une prenait des pilules contraceptives d’urgence et un nombre encore plus faible avait recours à cette méthode chaque fois qu’il y avait un risque de grossesse [5].

Malheureusement, la couverture récente dans les médias a encore aggravé la désinformation déjà très grande des femmes sur les risques de grossesse et la contraception d’urgence (ainsi que sur d’autres méthodes contraceptives). «En dehors des effets secondaires, comme la nausée, des hémorragies importantes et des crampes, le recours régulier à la contraception d’urgence peut provoquer la stérilité et, dans certains cas, accroître le risque de cancer», déclarait la BBC dans un reportage sur les contraceptifs d’urgence au Kenya [6]. «Comme pour beaucoup d’autres formes traditionnelles de contrôle des naissances, les PCU entraînent un risque accru d’événements indésirables, comme la formation de caillots sanguins et des cancers hormonaux», affirmait un grand journal des États-Unis [7].

Ces déclarations, contraires aux faits avérés, sont malheureusement courantes. Avec une couverture aussi négative et parfois incendiaire, les médias ne font qu’alarmer les femmes et peuvent même les empêcher d’avoir recours à la contraception d’urgence au moment où elles en ont le plus besoin.

De fait, les médias et la santé publique peuvent constituer un mélange détonnant. L’association potentielle entre la vaccination des enfants et l’autisme, suggérée dans un article du Lancet en 1998 (puis officiellement retiré en 2010), a été reprise par les médias du monde entier, ce qui a entraîné des résistances à la vaccination, ainsi que la dépense de millions de dollars et des années de recherche pour réfuter cette allégation [8,9]. Pour autant, les effets ont subsisté: selon une enquête en 2009, un quart des parents américains pensaient que «certains vaccins peuvent provoquer l’autisme chez un enfant en bonne santé» et plus d’un sur dix a refusé un vaccin pour son enfant [10].

Aujourd’hui, avec la caisse de résonnance qu’est devenu Internet, les articles des médias peuvent se diffuser rapidement et leur contenu est amplifié, en particulier s’il est sensationnel. Un courriel, décrivant «l’histoire réelle» d’une femme décédée d’une attaque cérébrale alors qu’elle suivait une contraception hormonale, a circulé pendant des années [11]; une version plus récente de la même histoire affirme désormais que «la cause du décès a été la prise continuelle de la pilule du lendemain». Il est probable que ce soit davantage la crainte d’une sexualité «irresponsable» se travestissant derrière de faux arguments «scientifiques», qui motive cette couverture médiatique pour susciter la peur de la contraception d’urgence.

De nos jours, les professionnels de la médecine et de la santé publique ne peuvent plus ignorer le rôle des médias. Soucieuse de l’exactitude, la couverture médiatique a joué un rôle important pour diffuser les informations sur les risques sanitaires, les comportements sains et les nouveaux produits. En revanche, une campagne sensationnaliste, visant à effrayer le public, a l’effet inverse. Des études innombrables et de nombreuses décennies d’utilisation ont démontré l’innocuité des pilules au lévonorgestrel de la contraception d’urgence: point n’est besoin d’entreprendre de nouvelles recherches. La question pressante à résoudre est de savoir comment expliquer et diffuser la science en termes simples.

Alors qu’il est tout à fait vain de vouloir recenser chaque rumeur relative à la santé sur internet et chaque article erroné dans les journaux et magazines locaux, il importe de plus en plus de se tenir prêts, avec tous les faits en mains, quand des reporters, des membres de la communauté ou des patients expriment leurs inquiétudes. Une équipe d’experts du monde entier a produit une déclaration simple et succincte sur l’innocuité de la contraception d’urgence au lévonorgestrel, dans laquelle ils répondent directement aux articles publiés dans les grands médias en 2009 et rédigés par des profanes. Il est possible de consulter cette production conjointe de l’Organisation mondiale de la Santé, de la Fédération internationale de gynécologie et d’obstétrique et de l’International Consortium for Emergency Contraception sur le site web de l’OMS [12].


a. International Consortium for Emergency Contraception, 588 Broadway (Suite 503), New York, NY, 10012, United States of America.
b. National Health Service, Edinburgh, Scotland.

Correspondance avec Elizabeth Westley: courriel: ewestley@fcimail.org

Références

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