Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé

Plus que cinq ans pour atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement

Carla AbouZahr a et Ties Boerma a

En mai 2010, les ministres réunis lors de l’Assemblée mondiale de la Santé débattront des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) liés à la santé. Au cours de l’année, d’autres événements – dont l’Assemblée générale des Nations Unies en septembre – offriront également l’occasion de soulever des questions essentielles:

Qu’a-t-on obtenu? Quels sont les défis qui restent à relever et comment y parvenir?

Les statistiques sanitaires mondiales 2010, qui seront présentées pendant l’Assemblée mondiale de la Santé, fournissent à l’Organisation mondiale de la Santé des estimations sur les progrès accomplis par rapport à des indicateurs sanitaires fondamentaux. Si on constate des succès remarquables, les progrès ne sont pas égaux pour toutes les interventions et toutes les populations. Il faut disposer de meilleures données nationales afin de suivre les progrès accomplis et de repérer les retards.

Au niveau mondial, la mortalité de l’enfant a baissé de 30% depuis 1990 et le rythme s’accélère. En Afrique, le taux annuel de baisse a doublé depuis 2000 pour atteindre 1,8%, contre 0,9% seulement dans les années 1990. Cette évolution s’explique par une amélioration de la nutrition, de la couverture vaccinale et de l’accès à une eau sûre. Depuis 1990, le taux d’insuffisance pondérale chez les enfants de moins de cinq ans a baissé de 7% et la couverture par le vaccin antirougeoleux a augmenté de 10%.

Le monde est en voie d’atteindre la cible des OMD relative à l’accès à une eau sûre. Le nombre de nouvelles infections à VIH a baissé de 16% entre 2001 et 2008 et l’accès au traitement s’est considérablement élargi; dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, plus de quatre millions de personnes bénéficiaient d’un traitement antirétroviral fin 2008. Le nombre de cas de tuberculose a continué à baisser progressivement. Trente-huit pays sont en voie d’atteindre la cible des OMD relative au paludisme, principalement grâce à l’utilisation de moustiquaires imprégnées d’insecticide.

Des améliorations frappantes ont été constatées dans les pays, toutes tranches de revenu confondues, y compris dans ceux qui se relèvent d’un conflit ou d’une catastrophe et où les problèmes sont les plus grands. Les progrès accomplis par certains pays à revenu faible, tels que le Libéria, le Mozambique, le Rwanda et la Sierra Leone, en matière de mortalité de l’enfant pourraient être un exemple pour des pays plus riches.

D’énormes défis restent cependant à relever. L’augmentation de l’accès aux moyens d’assainissement n’a pas suivi le rythme de la croissance démographique. Le manque d’eau potable et de moyens d’assainissement contribue à la propagation de la diarrhée qui, avec la pneumonie, tue environ trois millions d’enfants de moins cinq ans chaque année. On estime que le paludisme tue un million de personnes par an, principalement des enfants. Il existe des traitements préventifs et curatifs abordables qui permettent d’éviter ces décès, encore faut-il qu’ils soient accessibles à tous.

Parallèlement aux succès remportés dans l’élargissement de l’accès aux traitements complexes contre l’infection à VIH, on n’a pas constaté d’amélioration de la couverture par les traitements simples contre des maladies courantes, tels que la réhydratation orale en cas de diarrhée et les associations médicamenteuses comportant de l'artémisinine contre le paludisme. Les établissements publics de santé ne disposant généralement pas de médicaments génériques relativement peu coûteux, les patients sont obligés d’acheter des médicaments sur le marché privé à un prix en moyenne 630% plus élevé que le prix international de référence.

Ce sont les membres les plus vulnérables de la société qui ont le plus de difficultés à accéder aux soins. Lorsque les données ne sont présentées que sous la forme de moyennes nationales, ces inégalités à l’intérieur des pays sont souvent cachées. Les pauvres, les populations rurales et les personnes peu instruites sont moins bien lotis, elles ont peu accès aux soins et supportent de hauts niveaux de mortalité et de morbidité. La réduction des inégalités passe par une action multisectorielle portant sur les déterminants sociaux et économiques de la santé, qu’incarnent les OMD relatifs à la pauvreté, l’éducation, l’emploi, l’égalité des sexes et la préservation de l’environnement.

Si l’on veut atteindre l’OMD relatif à la santé maternelle au niveau mondial, il faut adopter d’urgence des stratégies pour s’attaquer aux diverses dimensions de la pauvreté et de l’exclusion. Malgré une augmentation de 12% du recours aux contraceptifs entre 1990 et 2005, de nombreux couples n’ont pas accès à la planification familiale. À l’échelle mondiale, moins de la moitié des femmes enceintes bénéficient au minimum des quatre consultations prénatales recommandées par l’Organisation mondiale de la Santé.

En 2008, moins de la moitié des accouchements ont été pratiqués par un agent de santé qualifié en Afrique subsaharienne et dans le sud-est de l’Asie; en Afrique subsaharienne il n’y a eu pratiquement aucun progrès depuis les années 1990. Il est essentiel de s’attaquer à ces problèmes pour la santé et la survie des femmes et des nourrissons. En effet, deux décès d’enfants sur cinq surviennent pendant le premier mois de vie.

La disponibilité limitée et la mauvaise qualité des données sur la mortalité maternelle traduisent le peu d’intérêt accordé à la santé maternelle. Dix ans après la Déclaration du Millénaire, peu de pays à revenu faible ou intermédiaire disposent de systèmes d’information sanitaire capables de produire des données fiables sur la mortalité. La surveillance mondiale dépend lourdement de modèles statistiques qui peuvent donner des estimations divergentes et très contestées.

L’insuffisance de données nationales sur les causes de décès empêche de suivre la réalisation de tous les objectifs liés à la santé. Alors qu’il ne reste plus que cinq ans avant l’échéance de 2015, il est temps d’appeler les pays et les partenaires du développement à investir sérieusement pour recenser les naissances, les décès et les causes de décès.

Les progrès variables accomplis posent la question de la possibilité d’atteindre les OMD et les cibles qui s’y rapportent. Pour la cible consistant à réduire de deux tiers, entre 1990 et 2015, le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans, la baisse annuelle moyenne doit être de 4,3%, ce que peu de pays où la mortalité est élevée ont des chances d’atteindre. Les OMD ont initialement été définis à l’échelle mondiale [1], et leur traduction en cibles nationales tient peu compte de la situation de départ, du contexte et des capacités de mise en oeuvre. Les cibles mondiales étaient ambitieuses et s’appuyaient sur peu de données quant à la possibilité de les atteindre dans les pays à revenu faible.

Plutôt que de faire des cibles une fin en soi, il serait peut-être plus réaliste et pertinent de privilégier l’orientation générale et le rythme du changement.


a. Département Systèmes de santé et informatique sanitaire, Organisation mondiale de la Santé, 20 avenue Appia, 1211 Genève 27, Suisse.

Pour toute correspondance, contacter (courriel: abouzahrc@who.int).

Organisation mondiale de la Santé 2010;88:-1--1. doi: 10.2471/BLT.10.078451

Références

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