Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé

Les villes en réseau s’attaquent au problème du vieillissement

Jane Parry étudie comment les villes de par le monde se préparent à l’explosion du nombre de personnes âgées de plus de 60 ans.

La population mondiale des personnes âgées de plus de 60 ans va doubler d’ici 2050, passant à 22%, contre 11% en 2006. L’augmentation du nombre de personnes très âgées devrait être encore plus spectaculaire. Entre 1950 et 2050, le nombre de personnes dépassant les 80 ans passera de 14 millions à 400 millions au niveau mondial. Dans le même temps, le rythme de l’urbanisation restera effréné: d’ici 2030, on estime que trois habitants de la planète sur cinq seront des citadins.

Pour John Beard, Directeur du Département Vieillissement et qualité de vie à l’Organisation mondiale de la Santé, «tous les échelons des gouvernements commencent à réaliser l’importance de la transition démographique. Il y a déjà un certain nombre d’années que l’on recherche des solutions au problème. Le Programme OMS des villes amies des aînés apporte des solutions concrètes à cet égard.»

Des hommes âgés jouent aux échecs
HelpAge International/Jude Escribano
Les échecs sont l'un des "sports" pratiqués lors des Olimpiades pour personnes âgées organisées dans la ville thermale serbe de Soko Banje.

Ce Programme encourage les responsables de villes aussi diverses que New York ou Nairobi à réfléchir de façon constructive à la manière d’améliorer la vie des personnes âgées, ce qui devrait permettre d’améliorer la vie de tous. À cette fin, en 2006, les représentants de 33 villes de 22 pays se sont rencontrés et ont examiné huit domaines dans lesquels les villes peuvent favoriser un vieillissement en bonne santé: espaces extérieurs et bâtiments, transports, logement, participation sociale, respect et intégration sociale, participation des citoyens et emploi, communication et information, et services de santé et de soutien communautaire.

Suite à cette réunion, un guide et une liste de contrôle ont été élaborés à l’intention des villes pour leur permettre d’évaluer dans quelle mesure elles sont «amies des aînés». «La participation des personnes âgées à cette évaluation et à la recherche d’indicateurs mesurables pour attester des progrès garantit que l’exercice n’a pas seulement pour but de se donner bonne conscience,» poursuit John Beard. L’étape suivante a été la création du réseau mondial des villes amies des aînés, qui rassemble des villes du monde entier. Le réseau donne aux villes membres accès à un soutien technique et à une formation de l’OMS ainsi que la possibilité de mettre en commun information et expériences.

Lorsqu’une ville rejoint le réseau, elle s’engage pour un programme initial de cinq ans. Lors d’une première phase, elle doit mettre en place des mécanismes qui permettent de faire participer les personnes âgées, procéder à une évaluation de l’accueil qu’elle réserve aux personnes âgées et élaborer un plan d’action et des mesures qui témoigneront des changements qu’elle compte apporter. Elle a ensuite trois ans pour mettre en œuvre ce plan et attester des progrès accomplis. Si la ville souhaite rester dans le réseau, elle doit faire la preuve de la poursuite des progrès dans le cadre d’un cycle de mise en œuvre et d’évaluation.

L’une des caractéristiques de l’approche du réseau est la façon dont il s’étend bien au-delà du secteur classique de la santé. Selon John Beard, «le vieillissement en bonne santé est directement lié au contexte social de l’individu, ce contexte social n’étant pas un simple facteur qui se répercute sur la santé. Il est tout aussi important pour la santé d’une personne âgée de rester active socialement que de ne pas souffrir de diabète.»

«Nous espérons obtenir des informations à travers le réseau sur ce que les villes ont pu tirer comme enseignement, sur les meilleures pratiques, sur les difficultés qu’elles rencontrent et sur les solutions éventuelles qu’elles ont pu trouver, » explique Simone Powell du Département OMS Vieillissement et qualité de vie. «Les villes peuvent servir de modèles en montrant que certaines réalisations ne sont pas forcément coûteuses.» Assez logiquement, de nombreuses mesures qui font qu’une ville est accueillante pour les personnes âgées la rendent également accueillante pour d’autres groupes de population; les bancs publics, des toilettes publiques accessibles et des passages pour piétons adaptés à des marcheurs lents sont également utiles aux femmes enceintes, aux personnes accompagnées d’enfants en bas âge et aux personnes handicapées.

Deux hommes âgés semblent faire une démontration de judo.
HelpAge International/Jude Escribano
Vieillir en bonne santé est intimement lié au contexte social de la personne âgée.

L’équipe du programme a été contactée par de nombreuses autres villes qui mettent en place des projets de villes amies des aînés telles que San Sebastian, en Espagne, et Berne, en Suisse. Dans d’autres pays, des initiatives nationales se font jour. La France, par exemple, a obtenu l’inscription de 30 villes à son Programme national sur le vieillissement. Le concept a démarré au Canada et en Irlande et l’OMS est en pourparlers avec le Comité national chinois du vieillissement pour mettre en place des mesures susceptibles d’aider plus de 400 millions de citoyens chinois qui auront plus de 60 ans en 2050. Des études pilotes sont actuellement menées dans six lieux en Chine.

D’autres villes sont même allées plus loin. À New York, par exemple, le conseil municipal et le bureau du maire se sont associés avec l’Académie de médecine de New York pour consulter les personnes âgées, les fournisseurs de services, des militants et des experts. Une commission de haut niveau a ainsi été convoquée pour veiller à ce que les recommandations soient mises en œuvre sur quatre ans. De ce fait, 59 initiatives du secteur public ont déjà été mises en place pour améliorer la vie des New-Yorkais âgés, comme l’utilisation des bus scolaires pendant les heures creuses pour emmener des personnes faire leurs courses.

Les partenariats public-privé sont l’une des clés du programme. La Commission pour une ville de New York amie des aînés comprend des chefs d’entreprise et des philanthropes ainsi que des responsables des services municipaux et de santé, explique Ruth Finkelstein, Vice-Président pour la politique sanitaire à l’Académie de médecine de New York et porte-parole de l’initiative en question.

“Nous avons organisé 15 réunions avec la communauté et un certain nombre de groupes de discussion dans les communautés immigrées, ce qui nous a permis de centrer l’attention des décideurs, des responsables d’associations et des prestataires de services sur la façon de rendre toute la ville plus accueillante pour les aînés.»

Certains des changements retenus par les groupes de discussion sont étonnamment simples, par exemple lorsqu’il s’agit de mettre du personnel de la bibliothèque à disposition des personnes âgées pour leur apprendre à utiliser Internet, ou d’entretenir les trottoirs, intervention simple qui peut donner de très bons résultats. «Les gens veulent pouvoir se sentir à l’aise. Ils ne veulent pas avoir à se soucier des obstacles ou des trous sur les trottoirs. Ils veulent pouvoir s’asseoir et se reposer un moment,» explique Cyril Brosnan, 80 ans, qui habite New York depuis 40 ans et participe à l’initiative.

D’après Ruth Finkelstein, «il y a des mesures simples à prendre pour faciliter le déplacement des personnes âgées en ville: que chacun balaie la partie de trottoir qui lui correspond, en dégageant la neige et les feuilles, que les règles concernant le ramassage des crottes de chien soient appliquées et que les trottoirs soient maintenus en bon état (réparation des parties endommagées, en veillant à ce que rien ne dépasse et à ce qu’il n’y ait pas de trous dans la surface).»

Portrait d'un homme aux cheveux blancs souriant portant un pull à damiers colorés
OMS/Theresa Braine
Agé de 80 ans, le New Yorkais Cyril Brosnan participe à l'initiative municipale New York amie des aînés.

Yilmaz Bas, 71 ans, habitant d’Istanbul, souligne l’importance d’espaces extérieurs accueillants pour les personnes âgées. «À Istanbul, nous avons partout des espaces de loisirs où vous pouvez vous rendre en famille quand vous voulez pour vous reposer, manger ou boire quelque chose pour pas cher,» explique-t-il. «Toutes les toilettes publiques et les bancs sont spécialement conçus pour les personnes handicapées et sont donc confortables. Tout cela est très important si l’on veut que les personnes âgées restent actives.»

La participation d’Istanbul au Programme OMS des villes amies des aînés a donné lieu à toute une série de mesures pour améliorer la vie des personnes âgées. Les conclusions des premiers groupes de discussion ont été communiquées aux organisations intéressées et les autorités municipales ont organisé une réunion internationale de bonnes pratiques, offrant ainsi la possibilité à la ville de bénéficier de l’expérience d’autres villes. Cette réunion a été le point de départ de nombreux changements à Istanbul visant à prendre en compte les besoins des personnes âgées: depuis les transports publics gratuits jusqu’à l’amélioration de l’accès des bâtiments publics aux personnes handicapées et à l’amélioration des services de santé. Un Conseil des personnes âgées a également été constitué.

«Il y a trois ans, il était extrêmement difficile de se déplacer à Istanbul,» a déclaré Bas. «Désormais, il y a des différentes solutions aussi sûres les unes que les autres.» «Istanbul a une population jeune. Les besoins des personnes âgées n’étaient pas pris en compte et nous savions qu’il serait difficile d’en faire d’un coup une ville accueillante pour les personnes âgées,» a déclaré Aylin Çiftçi, Directeur du Département santé de la municipalité métropolitaine d’Istanbul. «Tous les services jouent un rôle important en permettant aux gens de vieillir en restant actifs. Les gens se sentent à l’aise et en sécurité,» a poursuivi Çiftçi. «Ce sont également des mesures bénéfiques pour les familles. Toutes ces installations aident à combler le fossé entre les générations.»

Partager