Programme OMS de recherche sur la grippe: deux ans plus tard
Michael L Perdue a & Tim Nguyen b
a. FluSolutions Consulting, LLC, Hilo, HI 96720, États-Unis d’Amérique.
b. Organisation mondiale de la Santé, Genève, Suisse.
Correspondance à adresser à Michael Perdue :mlpatlarge@gmail.com
Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé 2012;90:246-246. doi: 10.2471/BLT.11.090175
En novembre 2009, le Programme d’action mondial contre la grippe de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a accueilli une consultation qui a rassemblé des chercheurs, des bailleurs de fonds, des décideurs et d’autres responsables de la santé publique originaires de 35 pays afin d’évaluer la recherche en cours sur la grippe et son impact sur la santé publique, et de recommander les secteurs sur lesquels faire porter cette recherche en toute priorité. Cinq domaines ou «axes» de recherche ont été recensés et des documents de travail ont été commandés et publiés sur le site Web de l’OMS.1
Les axes ainsi identifiés ont été résumés sous la forme de titres courts: réduire le risque; limiter la propagation; réduire l’impact; optimiser le traitement des malades; et promouvoir le développement d’outils. À l’intérieur de chaque axe, de nombreux «sous-axes» rendent compte des efforts de recherche existants ou proposés sur la grippe. Un programme de recherche résumé assorti de recommandations a été publié au début de 2010.2
Deux années après la pandémie A(H1N1) 2009, le moment était venu de passer en revue les ouvrages publiés et leur pertinence pour le programme de recherche. Par ailleurs, le rapport présenté à la Soixante-Quatrième Assemblée mondiale de la Santé en mai 2011 recommandait spécifiquement à l’OMS de «mener un programme complet de recherche et d’évaluation sur la grippe».3
En réponse, l’OMS a commandé une bonne vingtaine d’analyses de la littérature portant sur les recommandations relatives aux travaux de recherche hautement prioritaires dans le programme original. Un groupe d’experts s’est réuni de manière informelle en novembre 2011 pour présenter les conclusions de ces analyses et rédiger un rapport de situation exhaustif. Il a recensé plus de 4000 publications pertinentes entre 2010 et 2011.
Ces analyses ont révélé d’importants progrès dans chacun des 16 sous-axes de recherche du programme original de l’OMS,2 preuve que ce programme reflétait correctement tout l’éventail de la recherche en cours et en attente sur la grippe. Le rapport de situation, qui est toujours en cours d’élaboration, résumera les principales conclusions, mais les thèmes importants débattus dans le cadre de chacun des cinq grands axes sont décrits brièvement ci-après:
Réduire le risque. La recherche dans ce secteur vise à atténuer le risque de voir de nouvelles souches de la grippe toucher l’homme et occasionner une pandémie. Les débats ont essentiellement porté sur la nécessité de renforcer les activités de surveillance et de sécurité biologique partout où des animaux d’élevage, comme la volaille et les porcs, sont en contact avec des humains. Des études consacrées à la compréhension des changements moléculaires qui favorisent la transmission zoonotique des virus de la grippe ont également été évaluées.
Limiter la propagation. Quand apparaît un nouveau virus de la grippe humaine, les questions que se posent les chercheurs tournent autour de la dynamique de transmission et de la prévention. La recherche actuelle est centrée sur les facteurs physiques qui favorisent la propagation des virus chez l’homme, encore que des marqueurs moléculaires des gènes de transmissibilité des virus soient également à l’étude. La recherche a permis de faire progresser les connaissances en ce qui concerne la survie du virus dans l’environnement et le rôle des contacts étroits et des aérosols dans la transmission. De nouvelles données glanées lors de la pandémie de 2009 jettent également un nouvel éclairage sur d’autres facteurs qui concernent la transmission.
Réduire l’impact. Sachant que le fait de limiter la propagation du virus de la grippe doit permettre d’atténuer l’impact général de la pandémie, les études portant sur les moyens de limiter la propagation ont été examinées sous l’angle de cet axe de recherche. La recherche sur les nouveaux vaccins antigrippaux et les approches et politiques en matière de vaccination ont également été traitées, tant il est vrai que la vaccination est la pierre angulaire des efforts visant à réduire au minimum l’impact des virus grippaux. L’élaboration de vaccins «universels », recombinants et issus de la culture cellulaire avancée, l’utilisation d’adjuvants pour économiser les doses de vaccin et pour une protection accrue, ainsi que le transfert de technologies nouvelles ou existantes dans les pays maigrement pourvus en ressources sont autant d’approches nouvelles. Cependant, notre capacité à fournir efficacement ces vaccins souffre encore de lacunes.
Optimiser le traitement des malades. Le large éventail de manifestations cliniques couplé à l’influence de facteurs tels que l’âge du patient et son degré d’immunité, l’utilisation variable des diagnostics et la résistance aux médicaments antiviraux sont autant de considérations qui compliquent le traitement de la grippe. Par ailleurs, les capacités des systèmes de soins de santé varient selon les pays et les Régions. D’innombrables études ont été publiées concernant les caractéristiques cliniques de la pandémie A(H1N1) 2009, et plus de 60 études ont été consacrées à la validité comparative des différents tests diagnostiques extemporanés. Le développement de nouveaux antivirus, la pharmacorésistance et la pharmacocinétique ont fait l’objet de centaines d’études. Pourtant, des lacunes subsistent dans notre capacité à reconnaître rapidement et à traiter la grippe.
Promouvoir le développement d’outils. Un usage accru des outils modernes et la mise au point de nouveaux outils pourraient grandement améliorer la détection rapide d’une flambée et les moyens d’agir. Le programme de recherche original recommandait d’étudier un système poussé de surveillance et de signalement des cas, la modélisation de la maladie et de sa transmission, ainsi que des communications stratégiques d’un type nouveau. Bon nombre d’études de modélisation ont été publiées, principalement à propos de la transmission de la maladie et du rôle que joue la vaccination ou une infection antérieure. D’autres études ont mis l’accent sur la communication du risque par les médias et les responsables de la santé publique à l’occasion de crises de santé publique.
La consultation du programme OMS de recherche de 2011 a offert l’occasion de débats éclairés ayant permis d’examiner la masse énorme des travaux de recherche réalisés depuis novembre 2009 et d’évaluer le chemin accompli et les orientations à prendre. Plusieurs des analyses qui ont été commandées seront bientôt publiées, et le rapport de situation sera disponible sur le site Web de l’OMS. Il faut espérer que ce processus continu d’examen de la recherche aidera les chercheurs et les bailleurs de fonds à appliquer efficacement les ressources dont nous disposons pour la recherche sur la grippe.
Références
- Report of the first global consultation: WHO public health research agenda for influenza. Geneva: World Health Organization; 2010. Available from: http://www.who.int/influenza/resources/research/2010_11_report_of_the_first_global_consultation_november_2009.pdf [accessed 5 March 2012].
- WHO public health research agenda, version 1, 2009. Geneva: World Health Organization; 2010. Available from: http://www.who.int/influenza/resources/research/2010_04_29_global_influenza_research_agenda_version_01_en.pdf [accessed 5 March 2012].
- Implementation of the International Health Regulations (2005): report of the Review Committee on the Functioning of the International Health Regulations (2005) in relation to pandemic (H1N1) 2009. Geneva: World Health Organization; 2011. Available from: http://apps.who.int/gb/ebwha/pdf_files/WHA64/A64_10-en.pdf [accessed 5 March 2012].