Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé

Assurer le suivi des fonds mondiaux pour la lutte contre les maladies non transmissibles

Amitava Banerjee a

a. University of Birmingham Centre for Cardiovascular Sciences, City Hospital, Dudley Road, Birmingham, B18 6QH, Angleterre.

Correspondance à adresser à Amitava Banerjee (courriel: a.banerjee.1@bham.ac.uk).

Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé 2012;90:479-479A. doi: 10.2471/BLT.12.108795

Malgré l’augmentation de l’aide mondiale consacrée au développement et à la santé – passée de 5,6 milliards de dollars (US $) en 1990 à 21,8 milliards en 20071 – les donateurs et la société au sens large sont devenus sceptiques quant à l’intérêt de l’aide. L’appel lancé récemment par le programme Grand Challenges Explorations de la Fondation Bill & Melinda Gates, pour que des moyens novateurs de faire comprendre au public l’intérêt de l’aide mondiale soient trouvés, en témoigne.2

Le piètre suivi des résultats des programmes et du financement destiné à la santé mondiale, de la part à la fois des donateurs et des bénéficiaires, un problème largement reconnu, contribue à susciter des doutes croissants.3-4 Une réunion de haut niveau des Nations Unies, organisée en septembre 2011, a attiré l’attention sur les maladies non transmissibles (MNT).5

Près des deux tiers de l’ensemble des décès dans le monde sont dus aux maladies non transmissibles, dont beaucoup sont évitables6 et pourtant ces maladies bénéficient d’une attention et d’un financement limités.7 Elles n’ont pas été incluses dans les objectifs du Millénaire pour le développement.8

Bien que la réunion de haut niveau n’ait pas donné lieu à la détermination de résultats clairement mesurables (tels que des cibles pour la réduction de la mortalité ou l’augmentation de l’accès aux médicaments), à la grande déception de nombreuses parties prenantes, la couverture médiatique de la réunion a sans nul doute contribué à mettre en lumière les maladies non transmissibles.

La réunion a, ce qui est encourageant, révélé la similitude des objectifs poursuivis par l’ensemble de la communauté de la santé mondiale.5 Les participants sont convenus qu’il est indispensable de recenser les facteurs de risque communs des MNT et d’intégrer les approches visant à lutter contre ces maladies. Ils ont cependant considéré que le plus grand défi consistait à mettre en œuvre des changements plus vastes touchant aux systèmes de santé des pays à revenu faible ou intermédiaire de la tranche inférieure, afin de parvenir à des effets à long terme plus durables.5-6

L’incapacité à tirer les leçons de l’expérience et à étudier les facteurs faisant actuellement obstacle aux efforts visant à lutter contre les maladies transmissibles et à améliorer la santé de la mère et de l’enfant, y compris l’absence de transparence dans le suivi des fonds alloués et des finances des programmes, peut saper les efforts de lutte contre les MNT. Les programmes auront plus de chance de réussir si l’on améliore les capacités à mesurer et à suivre les résultats, les fonds alloués et les finances dans le domaine de la santé, et à en rendre compte.

La lutte contre les maladies non transmissibles et le suivi du financement des programmes devraient avoir lieu aux niveaux national et régional, étant donné que le manque de données sur le financement mondial de la santé rend la vérification exhaustive des fonds quasiment impossible. À l’échelle mondiale, les augmentations annoncées dans le financement de la santé sont parfois exagérées et il n’est pas toujours possible de savoir si les fonds parviennent réellement aux bénéficiaires voulus.3

Les difficultés économiques peuvent entraîner une réduction de l’aide dans le domaine de la santé pour plusieurs pays et contribuer au besoin d’améliorer le suivi et l’efficacité des fonds attribués.3,4 Les conflits d’intérêts entre les nombreuses parties prenantes de cette entreprise riche de plusieurs milliards de dollars que représente la santé mondiale sont également possibles.4

Lorsque Sridhar et Batniji ont recherché des financements auprès des principaux donateurs dans le domaine de la santé mondiale, tels que la Banque mondiale et le Fonds mondial, ils ont constaté que «le pluralisme des institutions mondiales de la santé et les alliances informelles sur lesquelles repose le pouvoir dans le domaine de la santé mondiale rendent un système de santé pleinement coordonné et unifié hautement improbable».3

La mauvaise coordination et la bureaucratie sont un fléau pour l’aide mondiale en matière de santé et la communauté se souciant des MNT doit en prendre conscience. Les enseignements tirés peuvent être plus largement partagés et les erreurs passées plus aisément évitées grâce à la coordination des méthodes et des données entre les pays. Les nouveaux efforts pour lutter contre les MNT doivent s’intégrer à l’infrastructure de soins et aux programmes mondiaux existants.7

La transparence dans le financement, la prestation des programmes et les données relatives aux résultats, ainsi que l’appropriation au niveau local, permettront d’améliorer le suivi et de parvenir à une architecture mondiale de la santé activement préparée pour le changement plutôt que réagissant passivement à celui-ci. Les données recueillies par les donateurs et les bénéficiaires de l’aide sur la charge mondiale de morbidité et sur les besoins en matière de financement doivent être normalisées pour permettre le suivi et les comparaisons entre programmes et systèmes de santé.

Des mécanismes communs de recueil des données pour toutes les maladies et tous les programmes de santé mondiaux ainsi qu’un meilleur suivi des données fournies à la fois par les donateurs et les bénéficiaires permettront un meilleur suivi des finances, des ressources et, finalement, des résultats. Ce qui aura pour effet de renforcer la redevabilité et la responsabilité de tous les côtés. L’appropriation au niveau national des programmes de lutte contre les MNT incitera davantage les gouvernements et les acteurs locaux à participer à la prise de décisions politiques et à la planification, et mettra les données financières ainsi que les données relatives aux résultats à la portée du public.

Malgré un appel en vue «d’un cadre scientifique et quantitatif pour orienter l’expansion des soins de santé dans les pays en développement», 9 la transposition à plus grande échelle des programmes de prévention et de traitement des MNT est entravée par l’absence de cibles mesurables et les désaccords sur les politiques et interventions requises. Les interventions mondiales en matière de santé, qui reposent sur des données factuelles et présentent un intérêt pour les pays à revenu faible et intermédiaire de la tranche inférieure, se concilient parfois mal avec la prise de décisions politiques rapides et pragmatiques.10

De nouveaux travaux de recherche sont nécessaires pour concevoir les meilleures politiques factuelles pour la lutte contre les MNT, mais leur conception et leur mise en œuvre doivent reposer sur une compréhension approfondie de leurs ramifications sociopolitiques et culturelles.10 Il importe de comprendre qu’un suivi inapproprié et l’absence de transparence dans les finances, le financement et les résultats des programmes concernant les MNT sont un obstacle à l’acceptation des programmes dans les sphères sociale et politique.

En résumé, un suivi fiable du financement est indispensable étant donné que sans celui-ci les recherches et données empiriques visant à façonner la prise de décisions et l’expansion des programmes concernant les MNT manqueront de stabilité dès le départ. On ne souligne jamais assez combien il importe d’étudier les enseignements tirés des programmes de santé mondiaux présents et passés. Finalement, la coopération intra- et internationale est fondamentale lors de la conception et de la mise en œuvre des politiques relatives aux MNT, et bien que les donateurs comme les bénéficiaires soient responsables du suivi des fonds, des parties neutres telles que l’Organisation mondiale de la Santé ont un rôle essentiel à jouer.


Références

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