Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé

Au-delà des compétences cliniques, les principales capacités nécessaires pour la couverture sanitaire universelle

Viroj Tangcharoensathien a & David B Evans b

a. Programme de politique sanitaire internationale, Ministère de la Santé publique, Muang District, Nonthaburi 11000, Bangkok, Thaïlande.
b. Organisation mondiale de la Santé, Genève, Suisse.

Correspondance à adresser à Viroj Tangcharoensathien: viroj@ihpp.thaigov.net

Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé 2013;91:801-801A. doi: http://dx.doi.org/10.2471/BLT.13.121335

L’engagement pris au niveau international d’instaurer la couverture sanitaire universelle (CSU) a pris de l’ampleur ces dernières années.1 On s’est alors aperçu que pour cela, les personnels de santé devaient posséder des compétences et un savoir-faire cliniques et non-cliniques qui répondent aux besoins réels de la population.2

Les personnels de santé sont essentiels au bon fonctionnement des systèmes de soins de santé et pour un accès équitable aux services de santé, mais il ne suffit pas de produire davantage de personnels et de les placer là où on en a besoin ; nous devons également faire évoluer leur formation.3

Au-delà des compétences cliniques, différentes capacités, essentielles pour instaurer la couverture sanitaire universelle, sont encore rares dans le secteur de la santé dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. L’expérience de la Chine,4 du Mexique5 et de la Thaïlande6 et d’autres pays qui évoluent rapidement vers la CSU, a montré la nécessité de disposer de capacités dans deux grands domaines: l’élaboration des politiques et leur mise en œuvre.

Élaborer des politiques

Dans les pays qui s’efforcent d’instaurer la CSU, le secteur de la santé a besoin non seulement de professionnels cliniquement compétents mais également de personnes capables de produire des données factuelles spécifiques au pays concernant la faisabilité, la pérennité et l’équité des différentes sources de financement – par exemple les impôts, les primes d’assurance-maladie, les versements directs et les contributions de donateurs. Il a également besoin de professionnels capables de produire des données sur les modalités d’achat et sur le rapport coût/efficacité des nouvelles technologies sanitaires pour la mise au point d’ensembles de prestations.

Une autre aptitude essentielle consiste à pouvoir traduire ces données en politiques. Il s’agit là d’un processus non linéaire: analyser les données pour la prise de décisions exige des compétences et des capacités institutionnelles à long terme, qui peuvent être développées grâce à des dispositifs tels qu’une «réflexion politique» indépendante.7,8 Le processus d’élaboration des politiques doit être mené par le pays et exécuté dans le cadre des institutions nationales et non par des experts étrangers.

La capacité de concevoir des systèmes de CSU est également décisive. Toutes sortes de choix doivent être faits, y compris comment payer les professionnels, et chacun a des répercussions en matière de protection contre le risque financier, d’accès aux soins, de responsabilité et de réactivité du système de santé, de maîtrise des coûts et d’efficacité du système.9 Par exemple, certaines mesures introduites dans les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques, y compris les paiements fixes, ont permis d’améliorer les incitations microéconomiques pour les prestataires de soins de santé.10

La capacité de suivre les progrès vers l’instauration de la CSU, y compris le niveau d’utilisation des services et leur répartition et le niveau de protection contre le risque financier, est également indispensable. Les professionnels du secteur de la santé doivent être capables de suivre et d’analyser les données nécessaires pour suivre leurs fonds propres. Ils doivent être capables de concevoir et d'adapter des enquêtes ou d’autres moyens de collecte des données.11

Enfin, plusieurs activités normatives à plus long terme sont nécessaires pour alimenter le processus de production et de suivi des données factuelles. Celles ci supposent que l’on soit capable de mettre à jour régulièrement les comptes nationaux de la santé pour faire apparaître la nature des dépenses et des achats de services par l’État, les donateurs et les ménages. Les changements avérés dans la charge de morbidité et l’exposition aux facteurs de risque, notamment pour les maladies non transmissibles, ont constitué la base d’une politique de santé durable et de la recherche sur les systèmes de santé.

Mettre en œuvre des politiques

La capacité de lever des recettes est l’exigence la plus importante dans la mise en œuvre d’une politique. Dans un système reposant sur les cotisations, la collecte des primes auprès des travailleurs du secteur informel est rendue difficile car leurs revenus sont irréguliers et leur mobilité importante. Dans le cadre d’un système obligatoire financé par des prélèvements salariaux, il doit y avoir des sanctions applicables en cas de non paiement des cotisations ou de fausse déclaration d’éléments tels que les états de paie ou le nombre des employés.

Une autre exigence a trait à la capacité d’achat. Les mesures visant à garantir que les prestataires de soins agissent dans l’intérêt de la population et contrecarrer les effets non désirés des paiements, fixes ou non, doivent reposer sur des données probantes et exigent des compétences particulières. Les audits médicaux et financiers, les systèmes de récompenses en cas de bonnes prestations et de sanctions en cas de mauvais travail favorisent la responsabilité mutuelle entre prestataires de soins de santé et acheteurs de services de santé.

Dans la transition vers la couverture sanitaire universelle, la fragmentation des systèmes visant des groupes de population différents, héritage du passé, doit être prise en compte.12 Des capacités de fédération, de négociation et de recherche de consensus sont nécessaires pour harmoniser les ensembles de prestations et les méthodes de paiement, et réduire les écarts entre les systèmes, mais ces compétences ne sont généralement pas enseignées aux professionnels du secteur de la santé. L’acquisition de ces compétences demande un environnement propice et un soutien – facilité par le maillage avec des instituts partenaires, tels que les centres de recherche et établissements d’enseignement – ainsi qu’une bonne structure de gouvernance des organismes d’assurance.13

Conclusion

Les capacités décrites ici doivent être examinées dans le cadre du débat sur la couverture sanitaire universelle et les institutions nécessaires doivent être mises en place pour les constituer. La CSU dépend incontestablement des médecins, des infirmières et des autres professionnels de santé mais également de chercheurs, d’analystes politiques, d’économistes, d’actuaires, de gestionnaires financiers, de vérificateurs des comptes et de juristes. Les partenaires du développement international doivent aider les pays à renforcer les capacités nécessaires et à partager leurs expériences avec les autres pays qui s’efforcent de mettre en place la couverture sanitaire universelle.


Références

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