Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé

Traitement de maintien à la méthadone en Espagne: le succès d'une approche par réduction des risques

Marta Torrens, Francina Fonseca, Claudio Castillo & Antonia Domingo-Salvany

Problème

Dans les années 1980, l'Espagne avait des lois très strictes limitant l'accès au traitement de maintien par agoniste des opioïdes (TMAO). Pour cette raison, la mortalité parmi les utilisateurs d'opioïdes illicites et autres drogues illégales était élevée. L'Espagne était également le pays européen présentant le plus grand nombre de cas de syndrome d'immunodéficience acquise transmis par injection de drogues illicites.

Approche

La propagation rapide du virus de l'immunodéficience humaine (VIH) chez les personnes consommant de l'héroïne a mené au basculement d'une approche non médicalisée du traitement de la dépendance aux opiacés à une position axée sur la réduction des risques. Un changement important de la législation a permis de répondre aux besoins de santé publique et d'offrir un traitement de maintien par agoniste des opioïdes dans le cadre des programmes de réduction des risques dans les organismes de santé publique, y compris les prisons.

Environnement local

Des modifications législatives ont été apportées dans tout le pays, bien qu'à un rythme différent selon les régions.

Changements significatifs

Les adaptations juridiques ont facilité le développement du traitement de maintien par agoniste des opioïdes, qui a atteint une couverture de 60%. Une réduction parallèle de l'incidence annuelle de l'infection par le VIH a été observée. Des réductions de morbidité et de mortalité ainsi qu'une amélioration de la qualité de vie liée à la santé ont été décrites chez les patients suivant un tel programme.

Leçons tirées

Le traitement de la dépendance aux opiacés a été plus fortement influencé par des concepts moraux et les préjudices qui entravent la législation et interfèrent avec la mise en place de programmes de traitement que par des preuves scientifiques. Afin de répondre aux besoins de santé publique, des traitements de maintien par agoniste des opioïdes devraient être intégrés dans les programmes de réduction des risques, majoritairement proposés dans les lieux publics, y compris les prisons. Des études longitudinales sont nécessaires pour détecter les besoins non satisfaits et pour évaluer l'impact et la pertinence du programme.

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