Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé

La suppression des frais d'utilisation n'est pas une garantie de couverture de santé universelle: observations au Burkina Faso

Samia Laokri, Olivier Weil, K Maxime Drabo, S Mathurin Dembelé, Benoît Kafando & Bruno Dujardin

En théorie, la suppression des frais d'utilisation des services de santé met ces derniers à la portée de tous, y compris des plus pauvres. Lorsque le Burkina Faso a adopté la stratégie DOTS de lutte contre la tuberculose, son intention était de fournir un traitement gratuit contre la tuberculose. En 2007-2008, on a recouru à des entretiens pour recueillir des informations auprès de 242 patients à frottis positifs, atteints de tuberculose pulmonaire et inscrits dans le programme national de lutte antituberculeuse, dans six districts ruraux. Le coût médian direct associé à la tuberculose était estimé à 101 dollars des États-Unis (US$) par patient. Ces coûts représentaient 23% du revenu annuel moyen du ménage d'un patient. Au cours de leur prise en charge, les trois quarts des patients interrogés auraient apparemment fait face à des dépenses de santé «catastrophiques». Les insuffisances du système et les politiques de santé semblent être responsables de près de la moitié des coûts directs (45 US$ par patient). Bien que les ménages des patients aient développé des stratégies d'adaptation, ces coûts ont eu des effets importants et néfastes sur la qualité de vie des membres des ménages et sur leur stabilité socio-économique. La médiane du nombre de journées de travail perdues en raison de la maladie était de 45 jours. Pour une population vivant au niveau ou sous le seuil de pauvreté, chaque défaut de prestation de soins augmente le risque de dépenses de santé «catastrophiques», exacerbe les inégalités socio-économiques et réduit la probabilité de traitement adéquat et de guérison. Au Burkina Faso, une politique de soins «gratuits» pour les patients atteints de la tuberculose n'a pas remporté un succès total. Ces observations devraient aider à définir des stratégies globales pour le traitement, la prévention et la lutte contre la tuberculose après 2015.

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