Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé

Transformer les systèmes de santé pour prendre en charge la santé des femmes tout au long de leur vie: un tournant

Flavia Bustreo a, Oleg Chestnov a, Felicia Marie Knaul b, Islene Araujo de Carvalho a, Mario Merialdi a, Marleen Temmerman a & John R Beard a

a. Organisation mondiale de la Santé, avenue Appia 20, 1211 Genève 27, Suisse.
b. Harvard Global Equity Initiative, Harvard Medical School, Boston, États Unis d’Amérique.

Correspondance à adresser à Islene Araujo de Carvalho: courriel: araujodecarvalho@who.int).

Bulletin de l’Organisation mondiale de la Santé 2013;91:622. doi: http://dx.doi.org/10.2471/BLT.13.128439

En 2010, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a publié un rapport intitulé Les femmes et la santé: la réalité d’aujourd’hui, le programme de demain. Ce rapport résumait les données concernant les problèmes liés à la santé qui touchent les jeunes filles et les femmes tout au long de leur vie 1 et insistait sur la nécessité de mettre en place des stratégies novatrices et de nouveaux modèles de prestation de services de santé. Depuis, d’autres initiatives mondiales, y compris la Conférence de Women Deliver 2013, la Commission de l’information et de la redevabilité pour la santé de la femme et de l’enfant des Nations Unies, Family Planning 2020 et l’appel du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme à soutenir la santé de la mère et de l’enfant, ont maintenu l’attention sur les problèmes de santé de la femme, et en particulier la mortalité maternelle et l’accès universel à la santé génésique.

Mais ces initiatives ne traitent pas tous les problèmes de santé auxquels sont confrontées les femmes au XXIe siècle du fait des transitions épidémiologique et démographique. Selon l’étude sur la charge mondiale de morbidité 2010, les années de vie perdues en raison des problèmes de santé visés par les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) ont baissé de 2% par an entre 1990 et 2010, mais celles imputables aux affections non visées par les OMD ont augmenté de 0,8% par an. 2. Si ces tendances se poursuivent, d’ici 2015, plus des deux tiers de toutes les années de vie perdues seront dues à des affections qui n’entrent pas dans le cadre des OMD. Les maladies non transmissibles (MNT) représentent déjà 54% de la charge mondiale des années de vie ajustées sur l’incapacité; les traumatismes en représentent 11% de plus. 3

C’est l’une des raisons pour lesquelles l’OMS, avec des partenaires mondiaux clés, a conçu ce numéro consacré au thème de la santé de la femme en dehors de la procréation. Notre intention est d’insister sur le caractère évolutif des problèmes de santé auxquels sont confrontées les femmes et d’insister sur les politiques et les stratégies que les pays à revenu faible ou intermédiaire sont en mesure d’appliquer. 4.

Une approche de la santé de la femme sur toute la durée de la vie se justifie car beaucoup de problèmes de santé auxquels doivent faire face les femmes adultes prennent racine plus tôt dans la vie. Les interventions de nature à promouvoir une bonne alimentation pendant la grossesse, à améliorer le développement précoce de l’enfant et à faciliter l’accès à l’information sanitaire, en particulier pendant l’adolescence, peuvent jeter les bases d’une vie saine pour les années qui suivront.

Le fait de modifier les expositions au cours de la vie, notamment en ce qui concerne le tabagisme et l’usage nocif de l’alcool, les mauvaises habitudes alimentaires et la sédentarité, peut jouer un rôle important dans l’amélioration de la santé à long terme.

La meilleure façon de promouvoir cette continuité est de s’appuyer sur les services de santé génésique et de santé maternelle existants «en diagonale», c’est-à-dire en élargissant le rôle des personnels de santé, en développant leurs compétences, et en réorientant les services en faveur de la prévention et du dépistage et de la prise en charge précoces des MNT et de leurs facteurs de risque. 5

Par exemple, les femmes atteintes de diabète gestationnel courent un risque sensiblement plus élevé de présenter un diabète de type 2 plus tard, et les soins prénatals offrent la possibilité d’intervenir précocement pour tenter d’éviter l’apparition ultérieure d’un diabète dans cette catégorie.

Cette approche de la santé des femmes sur la durée de la vie pose différents problèmes pour les systèmes de santé. Nous devons mieux comprendre les caractéristiques épidémiologiques des maladies qui touchent les femmes adultes et les effets concomitants des inégalités entre les sexes et de l’âge sur la santé des femmes.

Les données ne sont toujours pas systématiquement ventilées selon le sexe lorsqu’elles sont recueillies ou notifiées, et la ventilation selon l’âge est rarement effectuée au-delà de 50 ans. Une attention particulière doit être portée aux conséquences des normes et des rôles sexospécifiques préjudiciables et aux effets de la stigmatisation et de l’isolement social parmi les personnes âgées sur le tableau de morbidité et la mortalité.

La mise au point d’un cadre politique reposant sur des données factuelles pour la santé de la femme sur toute la durée de la vie est une vaste entreprise en vue de laquelle l’OMS et ses partenaires s’efforcent de rassembler des décideurs et des spécialistes de la santé publique de par le monde. L’approche de la santé des femmes sur la durée de la vie présente trois aspects novateurs.

Tout d’abord, elle marque la convergence de trois domaines complémentaires: la santé de la mère et la santé génésique, le vieillissement et les maladies non transmissibles. Deuxièmement, elle suppose la mise au point et l’expérimentation de nouveaux systèmes de prestation de soins de santé reposant sur des méthodes diagonales et sur des partenariats public-privé. Troisièmement, elle est dirigée par des responsables de l’élaboration des politiques qui s’efforcent d’appliquer des méthodes de mise en pratique des connaissances, encourageant l’utilisation de la recherche et des données factuelles pour l’élaboration des politiques et la planification.

Ce numéro thématique du Bulletin de l’Organisation mondiale de la Santé et d’autres initiatives, telles que la Commission du Lancet sur la santé de la femme, visent à stimuler l’intérêt pour la santé de la femme au-delà de la procréation et à encourager des mesures conjointes décisives de la part de multiples partenaires afin de promouvoir une approche de la santé des femmes tout au long de leur vie.


Références

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