Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé

L’anémie chez la femme ne régresse pas beaucoup: une vérité qui dérange

Francesco Branca a, Lina Mahy a & Thahira Shireen Mustafa a

a Comité sur la Nutrition du système des Nations Unies, aux bons soins de l’Organisation mondiale de la Santé, 20 avenue Appia, 1211 Genève 27, Suisse.

Toute correspondance est à adresser à Francesco Branco (courriel: scn@who.int).

Bulletin de l’Organisation mondiale de la Santé 2014;92:231. doi: http://dx.doi.org/10.2471/BLT.14.137810

La majorité des personnes souffrant d’anémie – soit 1,62 milliard à ce jour – sont des femmes ou des jeunes enfants. Depuis 1995, la prévalence mondiale de l’anémie chez les femmes non enceintes, les femmes enceintes et les enfants de moins de cinq ans n’a diminué que faiblement, passant respectivement de 33 à 29%, de 43 à 38% et de 47 à 43% pour ces trois catégories.1

Bien que la prévalence correspondante de l’anémie sévère ait régressé de façon plus marquée au cours de la même période – passant respectivement de 1,8 à 1,1%, de 2,0 à 0,9% et de 3,7 à 1,5% – la prévalence mondiale de l’anémie n’a baissé que de 0,2 à 0,3 point de pourcentage par an entre 1993 et 2013.2

L’anémie chez les femmes – en particulier chez les femmes non enceintes vivant en Afrique du Centre, de l’Ouest et du Nord, en Asie centrale ou au Proche-Orient et chez les femmes enceintes vivant en Afrique australe ou en Asie du Sud – est un problème persistant.1

Les défis posés par les huit objectifs du Millénaire pour le développement comprenaient notamment la réduction de la mortalité maternelle et infantile. Si la cible 5A visait à réduire de trois quarts, d’ici la fin 2015, le taux de mortalité maternelle – c’est-à-dire le nombre de décès maternels pour 100 000 naissances vivantes – ce taux n’a chuté que de 47% au cours des deux dernières décennies. 3

Les résultats d’une méta-analyse récente ont mis en évidence un lien de cause à effet puissant entre anémie ferriprive maternelle et issue défavorable de la grossesse.4 Une forte corrélation a été établie entre l’anémie modérée à sévère à 28 semaines de gestation et la gravité des hémorragies internes et post-partum,5 qui provoquent 23% des décès maternels.6

Il est encourageant de constater qu’environ 50% des épisodes d’anémie survenant chez des femmes non enceintes ou enceintes peuvent être corrigés grâce à une supplémentation en fer.4 Or, la cible 5A n’a guère de chance d’être réalisée, même après 2015, si l’on ne s’attaque pas plus efficacement à l’anémie chez la femme et à ses causes profondes.

En 2012, les participants à la Soixante-Cinquième Assemblée mondiale de la Santé ont approuvé un plan d’application exhaustif concernant la nutrition chez la mère, le nourrisson et le jeune enfant et défini six cibles mondiales à atteindre à l’horizon 2025. Parmi elles figurait la réduction de 50% de l’anémie chez les femmes en âge de procréer par rapport aux estimations pour l’année 2011.

On espère que la définition de cette dernière cible permettra de stimuler à la fois l’élargissement des interventions existantes et de nouvelles mesures concertées, accélérées et portées à plusieurs niveaux qui, ensemble, permettront de diminuer sensiblement la prévalence mondiale de l’anémie chez la femme.

Une analyse des politiques nationales de nutrition menée par l’Organisation mondiale de la Santé,7 a établi que la supplémentation en fer pour les femmes, enceintes ou non, était la mesure de supplémentation en micronutriments la plus souvent appliquée à l’échelle nationale. Cette forme de supplémentation peut avoir des effets remarquables.

Au nord-ouest du Viet Nam, par exemple, un programme exhaustif de supplémentation en fer et de vermifugation destiné aux femmes en âge de procréer a fait chuter de 48% en l’espace de 12 mois la prévalence de l’anémie chez les femmes ciblées.8

Nous disposons d’un vaste corpus d’informations sur la prévalence de l’anémie et ses conséquences. La réduction de l’anémie est incluse dans les cadres stratégiques de bon nombre de pays et la nouvelle cible de réduction de l’anémie à l’échelle mondiale devrait inciter les parties prenantes concernées à soutenir la transposition à grande échelle des interventions efficaces.

Malheureusement, vu les 1000 jours qui restent à peine pour atteindre l’objectif, il est peu probable que la cible 5A des OMD soit réalisée à temps dans chaque pays. Nous devons espérer qu’entre 2011 et 2025, la communauté mondiale sera plus à même de réduire de moitié le nombre de femmes en âge de procréer qui souffrent d’anémie et qu’en 2025, nous n’aurons pas à nous demander pourquoi nous n’avons pas réussi non plus à atteindre cet objectif là.


Références

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