Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé

Les pays du BRICS à la recherche d’un meilleur rapport coût/efficacité des soins de santé

Les pays du groupe BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) aspirent à offrir des services de santé universels, mais devant la complexité du choix des nouveaux médicaments et dispositifs médicaux, l’évaluation des technologies sanitaires est devenue un instrument essentiel. Reportage de Claire Keeton.

Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé 2014;92:392-393. doi: http://dx.doi.org/10.2471/BLT.14.020614

L’Afrique du Sud s’est fixé pour objectif de parvenir à une couverture universelle des services de santé d’ici à 2025, moyennant la mise en place, échelonnée sur une période de 14 ans, du régime national d’assurance-maladie. Les obstacles rencontrés sont semblables à ceux auxquels ont été confrontés d’autres pays à revenu faible ou intermédiaire qui se sont fixé des objectifs tout aussi ambitieux.

Pour Mme Malebona Precious Matsoso, Directrice générale au ministère national sud-africain de la Santé, le succès du projet repose sur l’amélioration de la portée et de la qualité des services publics, et sur l’emploi optimal des maigres ressources publiques.

«La technologie jouera un rôle majeur pour améliorer les résultats et la prestation des services, mais elle est parfois coûteuse,» écrivait-elle dans le South African Medical Journal en mars 2013. «Il nous faut un mécanisme rigoureux et indépendant pour évaluer le rapport coût/efficacité des nouvelles technologies, en s’inspirant de l’expérience acquise par d’autres pays.»

Améliorer le financement de la santé

En 2011, les États Membres de l’OMS se sont engagés à améliorer leurs systèmes de financement de la santé, considérés comme l’un des piliers de la couverture sanitaire universelle, et cet objectif a été souligné par les pays du groupe BRICS – Brésil, Fédération de Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud – lors de leurs réunions annuelles des ministres de la Santé, et ce depuis 2011.

Ces pays prennent conscience que sans un système pour peser le pour et contre – avantages et coûts – des médicaments, vaccins, produits diagnostiques et des nouveaux équipements, les coûts peuvent rapidement s’envoler. C’est là qu’intervient l’évaluation des technologies sanitaires.

Un patient en salle d'opération
OMS

L’évaluation des technologies sanitaires est un moyen de comparer les avantages et les coûts de deux ou plusieurs options en matière de soins pour déterminer quelle est la meilleure dans une situation donnée.

Les technologies de la santé ont vu le jour dans les pays riches et industrialisés, mais au cours des deux dernières décennies, cette approche s’est peu à peu implantée dans de nombreuses économies émergentes ou en développement.

Un réseau international d'évaluation des technologies

Le Réseau international des organismes d’évaluation des technologies sanitaires (International Network of Agencies for Health Technology Assessment) compte 57 membres dans 32 pays. L’un deux est le Brésil – un pays qui se bat pour maintenir un accès universel aux services de santé, depuis la mise en place en 1988 de son système unique de santé (SUS), alors que de nouvelles possibilités en matière de soins apparaissent constamment sur le marché.

Parmi les pays à revenu intermédiaire, le Brésil est un pionnier dans ce domaine. Il a créé une unité chargée des technologies sanitaires en 2003. La Commission nationale pour l’incorporation des technologies, connue sous l’acronyme de Conitec, réalise des études pour comparer les technologies et établit des lignes directrices en matière de pratique clinique ainsi que des listes de médicaments donnant droit à remboursement, comme l’explique sa Présidente, le Dr Clarice Alegre Petramale.

Conitec a réalisé des centaines d’évaluations, dit-elle. Près de 65% d’entre elles ont porté sur de nouveaux médicaments et le reste sur des dispositifs médicaux. En conséquence, 85 nouvelles technologies ont été adoptées par le système de santé publique brésilien au cours des deux dernières années.

L’Inde a mis en place la Mission nationale pour la santé (National Health Mission) dans le but de parvenir à la couverture sanitaire universelle, tandis que la Chine s’est fixé pour objectif la réalisation de la couverture universelle des services de santé d’ici 2020. Ces deux pays – les deux plus peuplés au monde – considèrent les activités d’évaluation des technologies sanitaires comme essentielles pour atteindre leur objectif.

Pour la Fédération de Russie, le défi a consisté à préserver l’accès universel aux services de santé existants. Le Dr Svetlana Axelrod, directrice adjointe du Département de la Coopération internationale et des Relations publiques du ministère de la Santé à Moscou, précise: «Notre système d’évaluation des technologies sanitaires analyse toute une série de nouvelles technologies de la santé, y compris les médicaments, les équipements, les systèmes d’assurance de la qualité et les biotechnologies cellulaires.»

«Un usage rationnel et efficace des ressources financières est vital pour obtenir un bon rapport résultats-ressources dans l’organisation, la gestion, et l’ensemble du système de santé,» déclare-t-elle.

Rechercher des éléments probants sur les technologies sanitaires

Adriana Velazquez Berumen, qui travaille pour l’Unité chargée des dispositifs médicaux au sein du Département Médicaments essentiels et produits de santé de l’OMS, en convient: «Il s’agit d’obtenir des données et des éléments probants sur les technologies requises pour une meilleure prestation des services de santé.»

«Les pays ne peuvent tout acheter, aussi doivent-ils décider quelles sont les technologies actuellement disponibles dont ils ont besoin et qu’ils ont les moyens de s’offrir», ajoute-t-elle.

L’évaluation des technologies sanitaires a été reconnue comme un élément essentiel de l’ensemble des systèmes de santé dans une résolution examinée le mois dernier par l’Assemblée de la Santé; une réunion d’information a d’ailleurs eu lieu parallèlement à celle ci pour présenter le sujet aux États Membres.

En adoptant une telle approche, il est possible pour les systèmes de santé de réaliser des économies considérables et, souvent, les résultats d’une étude menée dans un pays pourront profiter à d’autres.

Ainsi, un rapport récent de l’Agence canadienne des médicaments et des technologies de la santé (ACMTS), comparant les médicaments utilisés pour traiter le diabète de type 2, a montré qu’il n’y avait pas de différence notable dans la baisse de la glycémie obtenue par les sulfamides ou d’autres médicaments de deuxième intention, comme les gliptines.

Les sulfamides offrent le meilleur rapport qualité/prix, et ils peuvent coûter jusqu’à dix fois moins cher que d’autres médicaments de deuxième intention.

L’OMS organise dans certains pays des ateliers de formation à l’évaluation des technologies sanitaires et elle encourage les pays ayant des problèmes similaires à publier les informations obtenues dans le cadre de leurs évaluations et à partager les compétences acquises.

«Au Brésil, nous faisons toujours nos propres évaluations, mais nous regardons aussi toujours comment ces technologies ont été évaluées par l’Institut NICE (National Institute for Health and Care Excellence, Royaume-Uni), l’ACMTS et le ministère de la Santé australien, et ces informations sont incluses dans notre évaluation,» déclare le Dr Petramale, se référant à trois des organismes d’évaluation des technologies sanitaires les plus prestigieux au monde.

200 professionnels formés en Inde

L’Inde tient également compte des évaluations des technologies sanitaires réalisées dans d’autres pays étant donné que la plupart des organismes nationaux et internationaux «entreprennent des évaluations des technologies tout à fait satisfaisantes,» déclare le Dr Jitendar Sharma, chef de la Division des Technologies de la Santé du National Health Systems Resource Centre (NHSRC), un organisme de soutien technique relevant du ministère de la Santé et de la Protection familiale.

Le Dr Sharma explique que des données scientifiques plus récentes peuvent rendre nécessaire une nouvelle évaluation pour comparer des technologies qui sont en concurrence lorsque, par exemple, des essais cliniques ont produit de nouvelles données qui n’étaient pas incluses dans les précédentes évaluations.

Avec le soutien technique du bureau de pays de l’OMS en Inde, le NHSCR a formé, en collaboration avec le Healthcare Technology Innovation Centre, 200&nsbp;professionnels de l’évaluation des technologies sanitaires, dans le cadre de trois programmes de bourses d’études, deux autres programmes étant prévus cette année, précise-t-il.

La Division des Technologies de la Santé au sein du NHSCR s’intéresse en particulier aux dispositifs médicaux «étant donné la rareté des données factuelles les concernant par comparaison à d’autres technologies telles que les médicaments,» déclare le Dr Sharma.

En Chine, le plan national pour la réforme des soins de santé s’est attaché en particulier à ce que des soins et des technologies de la santé appropriés, d’un bon rapport coût/efficacité et essentiels soient accessibles à tous dans le pays, selon le Professeur Yingyao Chen, directeur adjoint du principal laboratoire national des technologies sanitaires à Fudan. Il pense que l’évaluation des technologies sanitaires peut grandement contribuer à cette réforme.

Des activités encore fragmentées en Chine

Pour une même maladie, les prix des médicaments peuvent varier énormément
OMS

«Il existe quelques centres d’évaluation des technologies sanitaires dans les établissements universitaires chinois. Au cours des 20 dernières années, ces activités se sont développées et ont peu à peu fait partie du processus de réforme des soins», indique le Professeur Chen.

«Néanmoins, les activités d’évaluation des technologies sanitaires semblent fragmentées et disparates car nous ne disposons pas d’une structure de gouvernance et d’un système pour l’évaluation des technologies sanitaires au niveau national – bien que le gouvernement central souhaite en établir prochainement.»

Par comparaison avec ses pays partenaires du groupe BRICS, l’Afrique du Sud est un nouveau venu dans ce domaine. Son National Health Laboratory Service a mis sur pied une unité d’évaluation des technologies sanitaires en 2012 à l’Université de Witwatersrand et les scientifiques considèrent que plusieurs domaines pourraient se prêter à une telle approche.

Au Brésil, des décisions clés en matière de politique sanitaire, concernant par exemple le type de médicaments à rendre disponibles dans le cadre du système national de santé et à quel prix, reposent sur les évaluations des technologies sanitaires.

«Conitec a 13 représentants qui se réunissent chaque mois pour formuler des recommandations sur la base des évaluations des technologies sanitaires, qui pour la plupart seront suivies par le Ministre de la Santé,» précise le Dr Alexandre Lemgruber, ancien chef de l’unité d’évaluation des technologies sanitaires de l’Agence nationale brésilienne de Surveillance sanitaire et conseiller régional en matière de technologies sanitaires à l’Organisation panaméricaine de la Santé (OPS) depuis 2011.

«L’évaluation des technologies sanitaires devient de plus en plus importante pour la prise de décisions», indique le Dr Lemgruber. «Compte tenu de la pénurie de ressources, tous les pays doivent relever ce défi – même les pays les plus riches. Les soins de santé et en particulier les nouvelles technologies sanitaires coûtent cher et s’il n’existe pas de processus de décision s’appuyant sur de solides critères, il est impossible d’attribuer les ressources de manière efficace.»

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