Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé

La couverture sanitaire universelle doit inclure les personnes âgées

Ritu Sadana a, Agnès Soucat b & John Beard a

a. Département Vieillissement et qualité de vie, Organisation mondiale de la Santé, 20 avenue Appia, 1211 Genève 27 (Suisse).
b. Gouvernance et financement des systèmes de santé, Organisation mondiale de la Santé, Genève (Suisse).
Correspondance avec Ritu Sadana: sadanar@who.int.

Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé 2018;96:2-2A. doi: http://dx.doi.org/10.2471/BLT.17.204214

L’objectif de développement durable relatif à la santé (ODD3) a pour but de «permettre à tous de vivre en bonne santé et promouvoir le bien-être de tous à tout âge». L’une de ses principales cibles est de parvenir à la couverture sanitaire universelle. Toutefois, les personnes âgées requièrent des approches différentes en matière de soins de santé et sont souvent moins à même de payer pour ces services; les systèmes de santé devront donc être substantiellement réalignés pour réaliser ces cibles.1

La Stratégie et Plan d’action mondiaux sur le vieillissement et la santé2 de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) fournit un mandat politique pour agir afin de permettre cette transformation.

Cette stratégie est centrée sur le renforcement des systèmes de santé et de soins de longue durée aux niveaux local et national pour répondre aux besoins des personnes âgées par le renforcement de la politique nationale, la lutte contre l’âgisme, la production de données factuelles et d’outils et la création d’un environnement plus adapté aux personnes âgées.

La question du financement durable, une préoccupation majeure des responsables de l’élaboration des politiques,3 doit aussi être solutionnée, car les sociétés vieillissantes seront vraisemblablement confrontées à d’importantes difficultés: des personnels de santé vieillissants, une charge de morbidité plus élevée4 et une demande accrue de services et d’aidants.

Ces difficultés appellent à mettre en œuvre trois stratégies liées entre elles afin d’adapter les systèmes de santé à ce contexte: renforcer les bases des systèmes, réformer les institutions et favoriser la transformation. La réalisation de ces changements nécessite d’abandonner le financement, les ressources et la prise en charge axés sur la maladie au profit d’un programme centré sur la personne qui valorise les gains en termes de santé.5

La mise en place de ces politiques et de ces actions favorisera un vieillissement en bonne santé et améliorera les capacités fonctionnelles et les possibilités des personnes âgées là où elles vivent, en combattant la croyance selon laquelle les personnes âgées nécessitent une prise en charge médicale spécialisée uniquement pour une maladie ou une affection donnée.

Bien que chaque pays soit différent, des mesures peuvent être prises pour que la couverture sanitaire universelle inclue davantage les personnes âgées.

Premièrement, les pays doivent œuvrer à une meilleure intégration entre les soins médicaux et l’aide sociale afin d’améliorer et de maintenir les capacités physiques et cognitives des personnes âgées. Les personnes âgées qui bénéficient d’une prise en charge coordonnée de longue durée guidée par une évaluation complète sont davantage satisfaites et ont moins recours aux urgences que lorsqu’elles bénéficient de soins qui traitent différentes affections de manière indépendante.6

Des réformes conduites en Thaïlande ont favorisé l’intégration entre les soins médicaux et l’aide sociale,7 et celles menées au Chili ont permis d’ajouter des services qui améliorent et maintiennent les capacités physiques et cognitives.8 Garantir la disponibilité des médicaments essentiels et des aides techniques et adapter l’environnement de ceux qui ont besoin d’aide, à la maison ou dans le voisinage, augmente le nombre de personnes âgées qui maintiennent un bon fonctionnement et qui mènent une vie plus épanouie.3

Hong Kong (Chine) propose une étude de cas pour déterminer l’ensemble des besoins des personnes âgées. Cette approche combine des services médicaux et sociaux et propose aux personnes âgées des incitations financières pour qu’ils se rendent dans les centres communautaires afin de prendre en charge les syndromes et les affections gériatriques, de la démence aux difficultés de mastication, en passant par les problèmes visuels et auditifs.8

Les lignes directrices de l’OMS sur la prise en charge intégrée des personnes âgées, Integrated care for older people,10 préconisent six mesures au niveau communautaire pour prendre en charge la diminution des capacités physiques et mentales; ces lignes directrices proposent également des mesures pour soutenir les aidants.

Deuxièmement, les responsables de l’élaboration des politiques doivent impérativement trouver une manière de réduire les coûts et d’accroître le partage des risques. L’enquête de l’OMS sur le vieillissement et la santé des adultes dans le monde, menée en Chine, au Ghana, en Inde, au Mexique, en Fédération de Russie et en Afrique du Sud, montre que les foyers comprenant des personnes de plus de 50 ans supportent une charge financière plus lourde due aux frais de santé11 par rapport aux foyers sans personnes âgées: taux plus élevé de paupérisation, dépenses de santé catastrophiques et endettement pour payer les services de santé.

Dans ces mêmes pays, l’assurance-maladie a amélioré l’accès aux soins de manière générale, mais procure une protection insuffisante contre les difficultés financières.12 Pour un accès et une protection financière équitables, les services financiers devraient regrouper tout le monde et ne pas faire de discrimination fondée sur l’âge, la situation professionnelle, le lieu de résidence ou l’état de santé. Le Japon, qui abrite la population la plus âgée au monde, jouit d’une expérience de 50 ans dans l’engagement politique, les mécanismes de financement progressifs, la couverture des services de soins de longue durée et l’achat stratégique de services, de médicaments et de matériel. Ces actions peuvent permettre de faire des économies, de réduire l’augmentation des coûts, d’améliorer l’équité entre les sexes et de favoriser les innovations visant à parvenir à une couverture sanitaire universelle incluant les personnes âgées.13

Enfin, la réalisation de la couverture sanitaire universelle oblige les pays à se pencher sur les inégalités en matière de santé. Les différences de capacités fonctionnelles lors de la seconde moitié de la vie reflètent l’impact cumulé de nombreux déterminants sociaux et environnementaux.14 Les mesures à prendre doivent évaluer cet impact sur tous les groupes d’âge, de sexe et socioéconomiques. L’étude longitudinale sur le vieillissement financée par l’État en Inde propose une évaluation complète de la situation, qui permettra une analyse et une planification sur 25 ans au sein de chaque État et territoire indiens.

Pour progresser vers la couverture sanitaire universelle, les responsables de l’élaboration des politiques doivent nécessairement s’attaquer à des priorités concurrentielles pour différents groupes de population, services et mécanismes de financement. L’engagement du Ministère sénégalais de la santé et de l’action sociale, à revoir le plan couvrant les personnes âgées de 60 ans et plus, à analyser plus avant la situation dans les zones rurales et à élaborer une nouvelle stratégie nationale pour favoriser un vieillissement en bonne santé, montre que les mesures à prendre peuvent être éclairées par un dialogue politique impliquant différents secteurs gouvernementaux et inclure la société civile, de manière à ne laisser personne de côté sur le chemin de la couverture sanitaire universelle.


Références