Préparation et riposte aux situations d'urgence

Seychelles – Peste suspectée (venant de Madagascar)

Bulletin d’information sur les flambées épidémiques
15 octobre 2017

Depuis août 2017, Madagascar fait face à une vaste flambée épidémique de peste qui touche de grandes villes et d’autres zones où la maladie n’est pas endémique. Cette flambée épidémique comporte un risque modéré de propagation aux îles voisines de l’Océan Indien. Ce risque est atténué par la courte période d’incubation (le délai qui s’écoule entre l’exposition et l’apparition des symptômes) de la peste pulmonaire et la mise en place d’un dépistage des passagers au départ dans l’aéroport et d’autres grands ports.

Le 10 octobre 2017, le Ministère de la santé des Seychelles a notifié à l’OMS un cas probable de peste pulmonaire. Ce cas probable est un homme de 34 ans qui s’est rendu à Madagascar et est rentré aux Seychelles le 6 octobre 2017. Il a développé des symptômes le 9 octobre 2017 et s’est présenté au centre de santé local. Son examen médical et son voyage récent à Madagascar ont conduit à suspecter une peste pulmonaire; l’homme a alors été immédiatement transféré à l’hôpital où il a été isolé et traité.

Un test de diagnostic rapide (TDR) réalisé dans le pays le 11 octobre à partir d’un échantillon d’expectorations a donné un résultat faiblement positif. Depuis, il est traité comme un cas probable en attendant le résultat d’un test de confirmation par un laboratoire de référence OMS pour la peste. L’échantillon est envoyé à l’Institut Pasteur de Paris (France) pour confirmation. Le patient restera hospitalisé en isolement jusqu’à la fin de son traitement antibiotique. Il est actuellement asymptomatique et son état est stable.

Entre les 9 et 11 octobre 2017, 8 de ses contacts ont développé des symptômes bénins et ont été isolés. Deux autres cas suspects sans lien épidémiologique établi avec le cas probable ont également été identifiés, isolés et mis sous traitement.

Au total, 10 échantillons de laboratoire ont été prélevés chez le cas probable, ses contacts et les deux cas suspects, et sont en cours d’expédition vers l’Institut Pasteur en France pour analyse.

Le 13 octobre a marqué le dernier jour de surveillance des plus de 320 contacts du cas probable, dont 41 passagers et 7 membres de l’équipage du vol emprunté par le cas probable, 12 parents proches, et 18 membres du personnel et patients du centre de santé auquel s’est présenté l’homme. Tous ont reçu une antibiothérapie prophylactique pour prévenir la maladie.

Par ailleurs, 577 enfants et 63 enseignants ayant eu un contact potentiel avec l’une des personnes identifiées lors de la recherche des contacts ont également reçu des antibiotiques par mesure de précaution. La recherche des contacts est menée avec rigueur.

Actuellement, seuls 11 contacts proches et un seychellois de l’étranger (qui n’a pas été en contact avec le cas probable mais qui est récemment revenu de Madagascar) sont hospitalisés par mesure de précaution; ils resteront sous traitement à l’hôpital même s’ils ne présentent pas de signe de détresse respiratoire.

Action de santé publique

Un Comité d’urgence a été établi le 10 octobre et se réunit quotidiennement pour coordonner les activités de surveillance de la maladie, de recherche des contacts, de prise en charge des cas, d’isolement et de gestion des fournitures.

Un numéro vert a été réactivé le 12 octobre.

Le gouvernement a alloué des fonds aux interventions du Comité d’urgence, qui ont permis de mettre en place un secteur d’isolement temporaire (pendant que le secteur d’isolement existant est agrandi), de gérer les principales fournitures, la recherche des contacts et une vaste formation d’agents chargés de la recherche des contacts qui aura lieu la semaine prochaine, etc.

Les vols d’Air Seychelles en provenance et à destination de Madagascar sont suspendus depuis le 8 octobre afin de réduire le risque d’importation ultérieure de cas provenant de Madagascar.

L’OMS ne recommande aucune restriction de voyage et de commerce sur la base des informations actuellement disponibles.

Le 10 octobre 2017, le Ministère malgache de la santé, avec l’appui de l’OMS, a mis en place un dépistage des passagers au départ dans l’aéroport international d’Antananarivo pour prévenir une propagation internationale de la maladie. Un soutien supplémentaire de l’OMS et de ses partenaires est prévu pour renforcer les mesures aux points d’entrée afin d’éviter une propagation internationale.

L’OMS a déployé 3 épidémiologistes et un agent chargé de la communication sur les risques pour aider le Bureau de pays et le Ministère de la santé à répondre à la situation actuelle.

Évaluation des risques par l’OMS

La peste est une maladie infectieuse causée par la bactérie zoonotique Yersinia pestis, que l’on trouve habituellement chez les petits mammifères et les puces qui les parasitent. Les humains peuvent être contaminés par la piqûre de puces infectées, par contact direct avec des matières ou des animaux infectés ou par inhalation.

Il existe 3 formes de peste selon la voie d’infection: bubonique, septicémique et pulmonaire.

La forme pulmonaire est particulièrement virulente et peut être à l’origine d’épidémies sévères, la transmission interhumaine se faisant via des gouttelettes en suspension dans l’air. La période d’incubation peut durer 24 heures à peine. En général, cette forme résulte de la propagation aux poumons d’une peste bubonique à un stade avancé. Toutefois, une personne présentant une peste pulmonaire secondaire peut produire des gouttelettes infectieuses en suspension dans l’air et transmettre ainsi la peste à d’autres personnes. La peste peut être traitée ; néanmoins, en l’absence de traitement, la peste pulmonaire est toujours mortelle.

La peste n’a jamais été signalée aux Seychelles et, à ce stade, aucun cas n’a été formellement confirmé. Le premier cas décrit plus haut sera considéré comme un cas probable jusqu’à sa classification définitive à l’issue des tests en laboratoire qui seront effectués à l’Institut Pasteur de Paris.

Le gouvernement seychellois a mis en place des mesures de précaution, notamment une surveillance renforcée, l’isolement et le traitement des cas suspects, la recherche des contacts et le traitement prophylactique des contacts potentiels.

Le risque de propagation ultérieure de la maladie aux Seychelles (si le cas est confirmé) est jugé faible et le risque aux niveaux régional et mondial très faible.

Conseils de l’OMS aux voyageurs

À ce stade, le risque de contact des voyageurs internationaux avec la peste aux Seychelles est très faible. L’OMS ne préconise aucune restriction de voyage ou de commerce avec les Seychelles ou Madagascar sur la base des informations disponibles.

Le 3 octobre 2017, l’OMS a publié des conseils à l’intention des voyageurs internationaux en lien avec la flambée épidémique de peste à Madagascar, qui devraient également être suivis par les voyageurs qui se rendent aux Seychelles.

Le 11 octobre, le Ministère de la santé a annoncé plusieurs mesures contre la peste pulmonaire dans un communiqué de presse publié sur son site Web. Comme nombre de ces mesures entravent de manière importante le trafic international, le 13 octobre, le Ministère de la santé a informé l’OMS qu’il fournirait les informations scientifiques et la raison de santé publique justifiant ces mesures, au titre de l’article 43.3 du Règlement sanitaire international (RSI, 2005).