Alerte et action au niveau mondial (GAR)

Chikungunya et dengue dans le sud-ouest de l'Océan Indien

17 March 2006

Chikungunya à la Réunion, à Mayotte, à Maurice, aux Seychelles et en Inde

Du 5 mars 2005 au 17 mars 2006, 31 médecins du Réseau de médecins sentinelles de la Réunion ont notifié 3 115 cas de chikungunya, dont 196 au cours de la semaine allant du 27 février au 5 mars 2006. Selon un modèle mathématique, on évalue que 204 000 personnes pourraient avoir été infectées par le virus du chikungunya depuis mars 2005 à la Réunion, dont 13 000 pendant la semaine du 27 février au 5 mars. Entre le 1er janvier et le 5 mars 2006, la dengue a été confirmée en laboratoire pour 25 patients présentant des symptômes cliniques évocateurs. Il s'agissait de cas isolés pour cinq d'entre eux et on suspecte une co-infection chikungunya - dengue pour les vingt autres.

Depuis le début du mois de janvier 2006, d'autres pays du sud-ouest de l'Océan Indien ont signalé des cas de chikungunya : Mayotte (9 janvier – 10 mars : 2 833 cas suspects), Maurice (1er janvier – 5 mars : environ 6 000 cas suspects, dont 1 200 confirmés par la suite), Seychelles (1er janvier – 26 février : 8 818 cas suspects).

Plusieurs pays européens ont signalés des cas importés avec des voyageurs de retour de ces îles : la France (160 cas importés), l'Allemagne, l'Italie, la Norvège et la Suisse.

On a signalé une flambée de chikungunya avec des cas sporadiques de dengue dans l'état d'Andhra Pradesh, en Inde. Entre le 1er décembre 2005 et le 17 février 2006, on a signalé 5 671 cas de fièvre avec arthralgies. On a observé une forte densité d Aedes aegypti dans cette zone. Du 1er au 15 mars, plus de 2 000 cas de chikungunya ont été signalés dans la ville de Malegaon, dans le district de Nasik de l'Etat de Maharashtra (Inde). Dans l'Etat d'Orissa, 4 904 cas de fièvre associés à des myalgies et des céphalées ont été signalés entre le 27 février et le 5 mars 2006. Ces signes sont évocateurs d'une flambée d'arbovirose. On attend les résultats de l'étude biologique.

Dengue à Madagascar et aux Maldives

Madagascar a signalé une flambée de dengue dans la ville portuaire de Toamasina. Elle a commencé à la mi-janvier 2006. On notifie aussi des cas sporadiques de chikungunya depuis la mi-février.

Une flambée de dengue sévit aux Maldives depuis janvier 2006, avec 602 cas suspects comptabilisés jusqu'au 5 mars 2006 (dont 64 cas de dengue hémorragique et 9 cas avec syndrome de choc)

Les virus du chikungunya et de la dengue sont transmis à l'homme par les piqûres de moustiques infectés. A la Réunion, à Maurice, aux Seychelles et sur la côte orientale de Madagascar, Aedes aegypti est absent ou rare à proximité des habitations. En revanche, Ae. Albopictus abonde et pourrait être le seul vecteur important pour ces virus sur ces îles. Aux Maldives, on suppose que le vecteur est Ae. Aegypti. Ces deux espèces piquent surtout pendant la journée, particulièrement dans les premières heures après l'aube et les deux ou trois heures avant la tombée de la nuit. Aedes albopictus est plus actif à l'extérieur tandis que Ae. Aegypti se nourrit et se repose plutôt à l'intérieur.

La démoustication est la principale action de lutte contre ces flambées. Près des habitations, ces deux espèces de moustiques se multiplient dans les eaux stagnantes qui s'accumulent le plus souvent dans des récipients déposés par l'homme. Pour lutter contre les moustiques, il faut enlever et détruire les gîtes larvaires, protéger, vider et nettoyer souvent les endroits où l'eau s'accumule ou les traiter avec des insecticides. Au cours des épidémies, on fait aussi fréquemment des pulvérisations spatiales pour tuer les moustiques adultes.

L'application de ces mesures suppose la mobilisation des communautés touchées pour adopter des comportements sains essentiels que l'on connaît bien. La méthode COMBI (Communication pour agir sur les comportements) est une stratégie puissante pour soutenir la mobilisation au niveau individuel comme à celui des communautés.

Mesures de lutte

Une équipe du Bureau régional de l'Afrique et du Siège de l'OMS s'est déployée dans le sud-ouest de l'Océan Indien en février et mars 2006 pour évaluer les mesures de lutte prises par les îles et étudier, avec les autorités nationales, une stratégie sous-régionale coordonnée de surveillance et de lutte contre les arboviroses(voir le bulletin précédent). Des spécialistes de la méthode COMBI ont été dépêchés à Madagascar et à Maurice pour le suivi. Les Maldives ont également reçu un soutien pour leur action de mobilisation sociale dans le cadre de la lutte antivectorielle contre la dengue.

En Inde, une équipe nationale pluridisciplinaire s'est déployée entre le 13 et 17 février 2006 pour aider les autorités locales à améliorer les mesures de santé publique, notamment le renforcement de la surveillance des arbovirus, la prise en charge clinique des cas, la lutte antivectorielle et la mobilisation sociale.

Bien que la transmission du chikungunya et de la dengue se poursuive dans les régions affectées, l'OMS ne préconise aucune restriction particulière aux voyages ou au commerce à destination ou en provenance de ces zones. Elle recommande en revanche de prendre, au niveau individuel, toutes les précautions nécessaires pour se protéger des piqûres de moustiques, par exemple en portant des vêtements couvrant le corps au maximum et en appliquant un répulsif sur les parties exposées ou les vêtements conformément aux instructions accompagnant le produit.

Pour en savoir plus sur le chikungunya et la flambée à la Réunion, veuillez consulter le site de l' Observatoire Régional de la Santé de La Réunion ou celui de Institut National de Veille Sanitaire

Pour en savoir plus sur la méthode COMBI, veuillez consulter le site du Centre méditerranéen de l'Organisation mondiale de la Santé pour la réduction de la vulnérabilité à Tunis

Pour en savoir plus sur la dengue, consulter le site OMS sur la dengue.

Pour en savoir plus sur les pesticides et leur utilisation pour lutter contre les moustiques Aedes et d'autres nuisibles pour la santé publique.

Pour en savoir plus sur la lutte antivectorielle et l'utilisation des pesticides, consulter le site sur le Système OMS d'évaluation des pesticides (WHOPES)..

Partager