Alerte et action au niveau mondial (GAR)

Poliomyélite au Soudan – risque élevé de propagation internationale

L’extension récente d’une flambée prolongée du poliovirus sauvage de type 1 (PVS1) au Soudan entraîne un risque très élevé de nouvelle propagation internationale, ce qui impose d’instaurer immédiatement des activités d’urgence dans les zones affectées et une surveillance renforcée dans les pays exposés. Limitée auparavant au sud du Soudan et à l’ouest de l’Éthiopie, cette flambée s’est désormais étendue au Kenya et à l’Ouganda. Deux cas infectés par le PVS1 ont aussi été confirmés dans le nord du Soudan (à Khartoum et à Port Soudan), témoignant soit d’une nouvelle propagation de l’épidémie du sud du pays, soit d’une nouvelle importation en provenance de l’étranger, soit d’une transmission passée inaperçue jusque-là d’un virus originaire du nord du Nigéria, importé dans cette zone entre 2003 et 2006. Les enquêtes épidémiologiques et virologiques se poursuivent pour éclaircir ce point.

La confirmation du PVS1 à Port Soudan est particulièrement préoccupante. C’est de cette zone que, de 2004 à 2006, le PVS1 s’est propagé et a réinfecté plusieurs pays, Arabie saoudite, Somalie, Yémen et Indonésie, provoquant des flambées qui ont entraîné plus de 1200 cas et coûté plus de US $150 millions pour la riposte internationale d’urgence. En raison de la propagation internationale des poliovirus à partir de Port Soudan dans le passé, de la nouvelle extension au Kenya et à l’Ouganda à partir du sud du Soudan et de la qualité insuffisante des interventions contre la flambée dans le sud du Soudan et dans l’ouest de l’Éthiopie (les données du suivi indiquent que jusqu’à 30 % des enfants ne sont toujours pas vaccinés ou n’ont pas eu au moins les 3 doses requises de vaccin antipoliomyélitique buvable ), l’OMS estime que le risque de propagation internationale à partir du Soudan est très élevé. Pour mettre un terme à cette flambée, il faut appliquer intégralement toutes les mesures de riposte adoptées au niveau international par l’Assemblée mondiale de la Santé en mai 2006, jusqu’à ce que l’interruption de la transmission ait été confirmée.

Dans le nord du Soudan, une activité de vaccination supplémentaire (AVS) à grande échelle a démarré le 15 février et des campagnes supplémentaires sont prévues le 23 mars, puis fin avril. Dans le sud du pays, des AVS ont été organisées le 13 janvier et le 23 février et de nouvelles sont prévues le 23 mars et fin avril, après quoi le début de la saison des pluies en mai pourrait compliquer la logistique pour atteindre toute les populations dans ces zones déjà difficiles d’accès. Par conséquent, on sera particulièrement attentif à combler les lacunes persistantes dans la couverture du VPO au cours des prochaines AVS.

En coordination avec les campagnes au Soudan, des plans pour des campagnes d’intervention rapide sont en voie de finalisation pour la fin mars, fin avril et éventuellement de nouveau fin mai dans les zones affectées du Kenya et de l’Ouganda. Le séquençage génétique semble indiquer que les importations dans ces pays ont été promptement détectées, ce qui améliore les perspectives d’une interruption de la transmission à court terme, si les campagnes sont d’une qualité suffisante pour couvrir plus de 90 % des enfants dans les zones touchées.

Il est important que tous les pays d’Afrique centrale, de la Corne de l’Afrique et du Golfe renforcent la surveillance des cas de paralysie flasque aiguë (PFA), afin de détecter rapidement toute nouvelle importation de poliovirus et de faciliter une action rapide. Ils doivent également analyser les données sur la couverture de la vaccination systématique, de manière à repérer les lacunes dans l’immunité des populations à l’échelon infranational, afin d’orienter les campagnes de rattrapage et de réduire le plus possible les conséquences de toute nouvelle introduction du virus. La priorité devrait donc aller aux zones où le risque d’importation est élevé et où la couverture du VPO/DTC3 est inférieure à 80 %.

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