Alerte et action au niveau mondial (GAR)

Nigéria : vague d’intoxications au plomb dues aux activités minières dans l’état de Zamfara

Une grande flambée de saturnisme est en cours chez les enfants dans l’État du Zamfara (Nigéria) depuis mars 2010 au moins, en relation avec l’extraction de l’or à partir de minerais riches en plomb.

En mars-avril, Médecins Sans Frontières (MSF) a informé le Ministère de la Santé de l’État de Zamfara d’un nombre croissant de décès et de cas de maladies chez des enfants dans les villages des deux zones d’administration locale (LGA) de Bukkuyum et Anka. À la demande du Ministère fédéral de la Santé du Nigéria, les Centers for Disease Control des États-Unis d'Amérique (CDC) ont déployé une équipe d’intervention sur le terrain pour aider à enquêter sur cette flambée. Dans le même temps, l’Institut Blacksmith a dépêché une équipe de TerraGraphics Environmental Engineering Inc pour faire une évaluation de l’environnement. Ces équipes ont collaboré avec les autorités nationales et celles de l’État, MSF, ainsi que le bureau de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) dans le pays. Les investigations ont confirmé des cas sévères de saturnisme chez plus d’une centaine d’enfants des villages de Dareta et Yargalma, avec une concentration sanguine moyenne en plomb de 119 μg/dl (alors que dès 10 μg/dl, on observe déjà des troubles du développement neurologique chez le jeune enfant). De plus, on a trouvé des concentrations en plomb dans le sol dépassant les 100 000 ppm dans les habitations des villages et aux alentours (alors que la limite appliquée par les États-Unis ou la France est de 400 ppm pour les zones résidentielles).

Action de l’OMS

Les autorités nigérianes ont demandé à l’OMS une aide technique et financière supplémentaire pour endiguer la flambée actuelle et éviter qu’il ne s’en produise d’autres à l’avenir. L’OMS a déployé une équipe comprenant trois épidémiologistes, un spécialiste de la toxicologie clinique, un pédiatre, un expert de l’hygiène du milieu et un spécialiste de laboratoire. Cette équipe, qui collabore avec le Ministère de la Santé de l’État, a confirmé une forte contamination de l’environnement par le plomb, ayant la même origine, dans 5 autres villages (Tungar-dadj, Abare, Duza et Sunke, dans la LGA d’Anka, et Tungar-guru, dans la LGA de Bukkuyum). Une étude sur un échantillonnage aléatoire de 56 enfants de moins de 5 ans dans les villages d’Abare et de Tungar-guru a révélé que plus de 90 % avaient des concentrations sanguines en plomb dépassant 45 μg/dl (pour lesquelles un traitement chélateur est recommandé) et plus de 70 % avaient des concentrations supérieures à 70 μg/dl (pour lesquelles il faut instaurer un traitement d’urgence). On a observé dans ces villages une forte incidence de convulsions et de décès chez les jeunes enfants et il est très probable que cela soit dû au saturnisme. En extrapolant les chiffres ci-dessus, on pense que plus de 2000 personnes ont besoin d’un traitement chélateur dans les cinq villages. Les données des registres hospitaliers du Ministère de la Santé de l’État indiquent que le saturnisme pourrait être un problème dans un plus grand nombre de villages encore.

Le point sur la situation

MSF fournit actuellement des traitements chélateurs à une centaine d’enfants environ dans deux unités installées spécialement à cet effet dans les hôpitaux généraux de Bukkuyum et Anka. L’OMS a collaboré avec MSF et un certain nombre de spécialistes internationaux de la toxicologie clinique pour l’élaboration des protocoles thérapeutiques. L’équipe de l’OMS a également aidé à mettre en place un service de laboratoire pour doser les concentrations sanguines en plomb à Gusau et elle a assuré une formation à la surveillance et à la prise en charge du saturnisme.

Pour éviter de nouveaux décès et des déficiences neurologiques sur le long terme pour les enfants affectés, il est essentiel de décontaminer les villages et, plus particulièrement, les terrains autour des habitations. De plus, il est essentiel d’identifier les enfants intoxiqués et de leur administrer un traitement chélateur adapté. Pour que celui-ci soit efficace cependant, il faut soustraire les enfants à l’exposition au plomb, ce qui signifie qu’ils ne peuvent pas retourner chez eux après le traitement, tant que l’environnement n’a pas été nettoyé. L’Institut Blacksmith et TerraGraphics collaborent avec les autorités de l’État de Zamfara pour décontaminer les villages de Dareta et Yargalma. Il faudra beaucoup plus de ressources pour décontaminer les 5 autres villages, pour y identifier et traiter tous les enfants, ainsi que les adultes touchés (notamment les femmes enceintes).

L’OMS collabore avec ses partenaires des Nations Unies pour mobiliser des fonds face à cette situation d’urgence environnementale sans précédent.

Pour en savoir plus sur le plomb et ses effets sur la santé

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