Alerte et action au niveau mondial (GAR)

La poliomyélite au Tchad

Le Tchad connaît actuellement des flambées dues à la fois au poliovirus sauvage de type 1 (PVS1 – 65 cas en 2011) et au poliovirus sauvage de type 3 (PVS3 – 3 cas).

La flambée due au PVS3 se poursuit depuis novembre 2007 et la transmission du PVS3 est considérée comme rétablie au Tchad. Une flambée due au PVS1 a commencé en septembre 2010 (par suite d’un virus récemment importé du nord du Nigéria), et s’est intensifiée depuis. Restreint à l’origine au grand N’Djamena, le PVS1 s’est propagé en 2011 à d’autres régions du pays, vers le sud (y compris des zones jouxtant la République centrafricaine et le Cameroun) et vers l’est (y compris des zones jouxtant le Soudan)

Historiquement, le Tchad a été associé à d’autres cas de propagation internationale du poliovirus. Entre 2004 et 2006, le PVS1 s’est propagé depuis l’est du Tchad au Soudan, puis vers d’autres zones de la Corne de l’Afrique, l’Arabie saoudite, le Yémen et l’Indonésie, provoquant 1230 cas dans ces pays, l’intervention d’urgence face à la flambée au niveau international ayant coûté plus de US $500 millions. De plus, en 2008 et 2009, le PVS3 s’est propagé depuis le sud du Tchad au Cameroun et en République centrafricaine.

Les deux flambées enregistrées au Tchad exigent des mesures d’urgence pour améliorer la qualité des activités de vaccination afin de vacciner une plus forte proportion d’enfants par le vaccin antipoliomyélitique oral (VPO) dans l’ensemble du pays, et en particulier dans la zone du grand N’Djamena, dans le sud et dans l’est du pays. En raison de lacunes dans la qualité de la surveillance de la paralysie flasque aiguë (PFA) au niveau local, il n’est pas exclu qu’une circulation additionnelle du PVS soit passée inaperçue.

Afin de remédier d’urgence à la situation, le Gouvernement tchadien, avec l’appui technique de ses partenaires, vient de mettre la dernière main à un plan d’urgence national de 6 mois contre la poliomyélite. Des journées nationales de vaccination (JNV) ont été organisées en mai au moyen du VPO bivalent, d’autres activités de vaccination supplémentaire (AVS) étant prévues pour juin. Le Gouvernement tchadien et ses partenaires s’emploient à faire en sorte qu’un soutien technique soit apporté aux régions prioritaires ; des stratégies spéciales seront utilisées pour atteindre les populations à haut risque et les moyens techniques permettant de combler les lacunes de la surveillance au niveau local seront renforcés. Dans le cadre des efforts pour accroître la responsabilité de la mise en œuvre du programme, des indicateurs clés seront régulièrement surveillés. Dans le cadre du plan national d’urgence contre la poliomyélite, les chefs des administrations de district seront chargés de superviser des contrôles de l’application après chaque AVS, et d’établir des résumés en indiquant clairement les résultats et les recommandations aux gouverneurs de province, dont les bureaux superviseront la surveillance directe de la mise en œuvre du plan. Au niveau national, des rapports mensuels sur la mise en œuvre seront établis par le Ministère de la Santé et communiqués au bureau du Premier Ministre.

En 2010 et 2011, les pays voisins du Tchad – notamment le Cameroun, la République centrafricaine et le Soudan – ont tous mené de multiples AVS, afin de réduire au maximum les risques de réinfection. Il est important que les pays d’Afrique centrale et de la Corne de l’Afrique renforcent la surveillance de la PFA afin de déceler rapidement toute importation de poliovirus et de faciliter une riposte rapide. Les pays devraient également continuer à renforcer la vaccination systématique contre la poliomyélite afin d’accroître encore l’immunité de la population et de réduire le risque d’importation.

Potentiel de propagation internationale :

En 2010 et 2011, la riposte à la flambée a été inadéquate. Compte tenu de la transmission géographique non maîtrisée et étendue des deux sérotypes de PVS, de la propagation historique vers les pays voisins, de l’expansion géographique récente du PVS1 à travers le Tchad (y compris à proximité des frontières avec la République centrafricaine et le Soudan), l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) juge élevé le risque de nouvelle propagation internationale. Avec le Hadj (pèlerinage à La Mecque, Royaume d’Arabie saoudite) qui doit commencer début novembre et le Ramadan début août, les pèlerins devraient commencer à se déplacer depuis l’ouest et le centre de l’Afrique, accroissant encore le risque de propagation de la poliomyélite. Le Royaume d’Arabie saoudite a publié le mois dernier des recommandations en matière de vaccination antipoliomyélitique aux voyageurs faisant le pèlerinage.

Recommandation de l’OMS :

L’OMS recommande à tous les voyageurs en provenance de zones infectées d’être complètement vaccinés avant de se déplacer. Conformément aux recommandations contenues dans la publication de l’OMS Voyages internationaux et santé, les voyageurs à destination et en provenance du Tchad devraient être pleinement protégés par la vaccination. Les personnes qui se rendent au Tchad et qui ont par le passé reçu au moins trois doses de VPO devraient se voir proposer une nouvelle dose de vaccin antipoliomyélitique avant leur départ. Toute personne non vaccinée désirant se rendre au Tchad devra être entièrement vaccinée. Les voyageurs en provenance du Tchad devraient avoir reçu l’intégralité de la vaccination contre la poliomyélite avant de quitter le Tchad, avec au minimum une dose de VPO avant le départ. Certains pays exempts de poliomyélite peuvent également exiger des voyageurs en provenance du Tchad d’être vaccinés contre la poliomyélite pour obtenir un visa d’entrée.

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