Donnons sa chance à chaque mère et à chaque enfant
Les progrès réalisés dans le domaine de la survie des enfants
L’instant d’une naissance est chargé d’espoir. Cette vie nouvelle ouvre des horizons de croissance. La mort de l’enfant abolit tout progrès. Quand je suis né, en 1945, le taux de mortalité des enfants en Corée était de 152 pour 1000 naissances vivantes. C’est approximativement à ce niveau que se situent actuellement les taux de mortalité au Bénin, au Mozambique, au Swaziland, au Cameroun et en Ethiopie.
D’immenses progrès peuvent être faits. Dans mon pays, le taux de mortalité des enfants est maintenant retombé à 5 pour 1000 naissances vivantes. C’est l’un des taux les plus faibles du monde, inférieur aux taux de la Nouvelle-Zélande, des Etats-Unis d’Amérique et du Royaume-Uni.
Notre objectif – dans le cadre des objectifs du Millénaire pour le développement – est de réduire les taux de mortalité des enfants des deux tiers d’ici à 2015 par rapport à 1990, et de réduire des trois quarts les taux de mortalité maternelle.
Vingt enfants de moins de cinq ans meurent à chaque minute. Plus de 70% des décès d’enfants sont dus à des maladies qui peuvent être prévenues et traitées comme le paludisme, la rougeole, le VIH et la diarrhée. C’est pendant les quatre premières semaines que les risques sont les plus grands - insuffisance pondérale à la naissance, traumatismes néonatals, asphyxie et infections graves telles que pneumonie, méningite et tétanos.
Voici Elizabeth. Elle vit en Ethiopie. Bien que le paludisme soit endémique, 17% seulement des enfants de moins de cinq ans dorment sous une moustiquaire. La famille d’Elizabeth n’a les moyens d’acheter qu’une seule moustiquaire, qu’elle partage avec sa mère Hiwot. Dans la population locale, beaucoup d’enfants sont morts de cette maladie.
Lang a neuf mois et elle vit dans la République démocratique populaire lao. Comme 82% des enfants de son pays, elle dort sous une moustiquaire. Sa famille en possède deux mais il y a longtemps qu’elles ne sont plus imprégnées d’insecticide et elles sont toutes trouées. De nombreux habitants du district sont infectés. C’est le cas du père de Lang, qui est parfois incapable d’aller travailler. Des mesures de protection simples et efficaces, comme les moustiquaires, peuvent tout changer. A condition que chaque famille en utilise une.
Les mères d’Elizabeth et de Lang essaient de protéger leur maison au maximum pour le bien de leurs enfants. Il est naturel de se considérer à l’abri dans son foyer. Ce n’est hélas pas le cas.
Il y a tout juste un mois, l’OMS a publié un rapport sur la violence domestique. L’une des révélations les plus choquantes de ce rapport est l’étendue de la violence à l’encontre des femmes enceintes. Entre le quart et la moitié des femmes ayant fait état de tels actes ont déclaré que les coups de pied ou de poing qu'elles avaient reçus à l’abdomen étaient délibérés. Il n’est pas surprenant que les femmes dont le partenaire est violent soient sensiblement plus exposées au risque de fausse-couche et d’avortement. L’étude a également montré qu’il existait des endroits où une partie importante des femmes trouvaient normal qu’un homme batte sa femme dans certaines circonstances. Les femmes exposées chez elles à de tels actes de violence ont davantage de problèmes de santé que les autres. Pourtant elles sont souvent incapables de parler à quelqu’un de leur situation ou de demander de l’aide. Cette violence va également de pair avec l’insuffisance pondérale à la naissance, et avec une mortalité accrue chez les nourrissons et les moins de cinq ans.
A chaque minute, une femme meurt des suites de complications de la grossesse ou de l’accouchement.
La quasi-totalité de ces décès – 99% - surviennent dans les pays à revenu faible ou intermédiaire.
Les mères et les enfants des familles les plus pauvres en Afrique subsaharienne et en Asie du sud sont les plus exposés. La malnutrition est un important facteur de mortalité, et elle accroît les risques liés à d’autres causes. L’impossibilité de se procurer de la nourriture est l’une des raisons de cette malnutrition mais les mauvaises habitudes alimentaires et les infections y contribuent également.
Certains pays ont déjà beaucoup avancé dans la lutte contre les principales causes de décès. Ainsi, l’allaitement au sein exclusif protège les jeunes enfants au Ghana, à Madagascar, en Tanzanie et en Zambie. Dans l’ensemble du monde, seulement quatre enfants atteints de pneumonie sur dix sont sous antibiotiques. En Egypte, au Ghana, en Irak, au Liberia, en Papouasie-Nouvelle-Guinée et en Afrique du Sud, cependant, la demande de soins pour les malades atteints de pneumonie a progressé. Au Togo et au Malawi, les taux de paludisme régressent du fait de la distribution de moustiquaires.
L’efficacité des interventions est d’autant plus grande que plusieurs peuvent être menées de front. C’est le cas des interventions associant la distribution de vaccins, de moustiquaires et de suppléments de vitamine A et l’accroissement de l’allaitement maternel. Elles sauvent un plus grand nombre de vie et coûtent moins cher que des interventions séparées. C’est vers cela que tend notre action concertée.
Grâce aux nouveaux moyens qui nous seront fournis par l’Alliance mondiale pour les vaccins et la vaccination et le Dispositif international de financement des vaccinations, nous pourrons vacciner des millions d’enfants supplémentaires au cours de ces 10 prochaines années. Ces vaccins protégeront contre deux des maladies les plus meurtrières : les infections respiratoires et les maladies diarrhéiques.
Les situations de crise interrompent tout progrès et la capacité de la communauté internationale à se montrer digne de ses idéaux est alors mise à l’épreuve. Au Pakistan, quelque 3,3 millions de personnes n’ont maintenant plus de toit. Les températures baissent, de jour comme de nuit, descendant au-dessous de zéro, et des milliers de gens dans les zones montagneuses n’ont pas d’abri satisfaisant. Il leur faut des tentes spéciales pour l’hiver et des couvertures. Parmi les survivants, de plus en plus nombreux sont ceux qui souffrent d’infections aigues des voies respiratoires et d’hypothermie. La plupart des gens ont à peine de quoi manger, voire rien, et ils n’ont aucun moyen de gagner de quoi vivre. Il ne fait pas bon être une femme enceinte dans cette situation. Pire encore être un nouveau-né.
Voici Tasleem Liaqat. Lors du séisme, Tasleem a réussi à s’enfuir, alors qu’elle avait les deux jambes cassées. Trois heures plus tard, aidée seulement par sa mère, elle a accouché. Ce n’est qu’au bout de huit jours qu’elle a été évacuée dans le principal hôpital de Muzaffarabad. Beaucoup de rescapés vont peut-être devoir vivre avec une incapacité à long terme. Il leur faudra le soutien de spécialistes.
Tasleem est l’une des 13 000 femmes et quelques qui vont accoucher chaque mois dans la zone du séisme. On s’attend à des complications chez 2000 d’entre elles et chez 1500 nouveau-nés. Les installations de soins sont encore réduites au minimum et on compte très peu de femmes dans le personnel soignant. Dans une société où une femme ne peut être soignée par un agent de santé de sexe masculin, l’accès aux soins est tragiquement restreint.
Voici Nasleema et son bébé Samarine, que le froid a rendu malade. Les autres enfants de Nasleema ont été tués dans leur école, qui s’est effondrée après le tremblement de terre. Les autres membres de la famille vivent dans un petit camp. Comme tous ceux qui sont privés d’eau propre, ils sont exposés aux maladies transmises par l’eau qui tuent les jeunes enfants partout dans le monde et qui ont déjà porté un grave préjudice dans les camps. Le séisme a tari de nombreuses sources naturelles. Les infrastructures d’approvisionnement en eau et d’assainissement ont été gravement endommagées.
Sadaf et Shazea Qadoos vont chercher à la rivière voisine l‘eau qui permettra à la famille de nettoyer et de se laver. Pour boire et cuisiner, elles rapportent l’eau d’une citerne, à plusieurs kilomètres de là.
Mohamad Kabir est assis devant son abri de fortune avec son fils Wajid, seul membre survivant de sa famille proche. Ils sont désormais hébergés dans un camp de secours mis en place par les pouvoirs publics sur le terrain de l’université de Muzaffarabad. Comme tant d’autres familles, pas uniquement dans la zone du séisme mais dans le monde entier, ils doivent surmonter le choc affectif et les conséquences pratiques de la perte d’un parent.
Ces conséquences pratiques peuvent être mortelles, en particulier pour les jeunes enfants. Les femmes représentent actuellement près de la moitié de tous les adultes vivant avec le VIH/SIDA. Chaque année, on estime à un million le nombre des jeunes enfants qui meurent du fait du décès de leur mère. Les mères qui n’ont pas accès au traitement anti-VIH risquent de transmettre le virus à leur nourrisson.
Le thème du Rapport sur la santé dans le monde, cette année, est « donnons sa chance à chaque mère et à chaque enfant ». Il reste tout juste une décennie pour réaliser les objectifs du Millénaire pour le développement. La réalisation de chaque objectif dépend de celle des autres. La réduction de la pauvreté passe par la santé des mères et des enfants. Mais trop de mères et trop d’enfants sont encore privés de soins ou bénéficient de soins nettement insuffisants.
Même là où des soins sont disponibles, il n’est pas toujours possible de sauver les vies. Voici Aminatou Iyaye, dans son champ de pois chiches au Niger. Il n’y a rien à récolter. Les criquets et la sécheresse ont tout anéanti. Elle avait trois enfants à nourrir. Mais elle n’avait tout simplement pas d’argent pour acheter à manger lorsque sa ferme ne lui a plus permis de subvenir à leurs besoins. Les conseils de la nutritionniste n’ont pas suffi. La famille d’Aminatou avait besoin de davantage.
Cet enfant affaibli n’a pas survécu.
Chaque perte est importante. Chaque décès compte.
Nous voulons maintenant privilégier les aspects positifs, compter ceux qui ont la vie sauve et faire en sorte qu’ils soient plus nombreux. Sans jamais oublier le visage de cet enfant.
Je vous remercie.