Directeur général

113 session de l'Assemblée de l'Union Inter-Parlementaire

Genève, Suisse
17 octobre 2005

Mesdames et Messieurs les Députés, Monsieur le Secrétaire général, Mesdames et Messieurs,

Je vous remercie de m’avoir invité à prendre la parole ici aujourd’hui.

La question importante que chacun se pose à l’heure actuelle est la suivante : y aura-t-il une pandémie de grippe humaine ? En un mot : oui. Un seul élément fait encore défaut, l’existence d’un virus qui se transmette rapidement entre humains.

Quand cet élément apparaîtra-t-il ? Nous l’ignorons, je l’ignore moi aussi, mais le fait est que ce nouveau virus pourrait apparaître n’importe quand.

Quels sont les coûts politiques et sociaux auxquels on peut s’attendre ? Ils sont énormes. Aucun chef d’Etat, aucun parlement, aucun gouvernement ne peut se permettre d’être pris de court.

Cela dit, nous avons connu la flambée de SRAS. Nous avons démontré que nous sommes capables de réagir de manière dynamique à une situation qui évolue et de combattre la maladie avec succès. Jusqu’ici, 40 pays seulement ont établi des plans pour se préparer à une pandémie. Cela veut dire qu’il reste beaucoup à faire.

Nous sommes confrontés à un véritable défi. La pandémie de grippe de 1918 a fait entre 40 et 50 millions de morts; celles des années 50 et des années 60 considérées comme légères, 3 millions de morts.

Quel sera le coût économique d’une pandémie ? On a estimé celui du SRAS à US $30 milliards. Or rappelez-vous, l’ensemble de la flambée du SRAS a provoqué moins de 800 décès. Il faut absolument que des modes de communication efficaces soient en place pour qu’on sache ce qu’il faut faire: plus nous sommes prévenus tôt, mieux nous pourrons protéger les populations contre la maladie, la mort ou une panique générale.

Où la pandémie éclatera-t-elle ? Il est probable qu’elle commencera dans un des pays de l’Asie du Sud-Est, car c’est là que des flambées continues de grippe aviaire ont sévi. Et nous pensons que le virus de la grippe pandémique humaine viendra très probablement d’une mutation du virus H5N1 de la grippe aviaire.

Si la pandémie n’a pas encore éclaté, à qui le devons-nous ? Aux petits éleveurs en Asie qui ont consenti d’énormes sacrifices en abattant leurs volailles infectées. Ils n’ont pas reçu une compensation suffisante ; parfois même ils n’ont reçu aucune compensation. Or ce sont eux qui ont apporté la contribution la plus importante à la prévention d’une pandémie de grippe humaine. La question de la compensation doit être réglée maintenant.

Que faut-il faire face à la menace d'une pandémie? Comment pouvons-nous réduire les risques ? Chaque pays doit avoir un plan national de lutte contre la pandémie. Chaque pays doit avoir une stratégie de communication pour informer les gens sur la grippe pandémique, sur ce qu’elle est et sur ce qu’elle n’est pas. Chaque gouvernement doit être en mesure de réagir rapidement et de manière efficace le moment venu. La préparation ne consiste pas à accepter l’inévitable, mais à rester vigilant pour pouvoir saisir les occasions qui se présentent.

Tout le monde n’a pas les moyens pour le faire. Nous devons trouver les moyens d’aider les pays les plus pauvres. Chaque pays doit avoir accès à des antiviraux, qu’il les obtienne par lui-même ou qu’il soit approvisionné à partir d’une réserve internationale.

Vous pouvez jouer un rôle important. La communauté des parlementaires peut appuyer directement ces plans de préparation et de communication, par exemple en veillant à ce que la population de chaque circonscription, de votre circonscription, soit bien informée de la situation lorsqu’elle apparaît. Chacun doit savoir ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire. Une communication de qualité est indispensable.

La surveillance est une autre priorité. Nous devons être alertés le plus tôt possible. Lors des trois pandémies du siècle dernier, il n’y a eu aucune alerte avancée. Cette fois, la situation peut changer, elle doit changer. Nous devons rester attentifs à une modification du type de cas de grippe humaine, nous devons repérer le plus rapidement possible les cas de transmission interhumaine. Chaque pays, chaque communauté, a besoin d’un système d’alerte avancée pour la santé publique qui soit opérationnel. Pour cela il faudra améliorer la surveillance de la maladie chez l’animal et chez l’homme, procéder à des examens sur le terrain, apporter un appui au diagnostic et apporter des incitations aux gens pour qu’ils fournissent des informations.

Nous devons être prêts à intervenir d'urgence dès l’annonce d’une flambée de grippe humaine. Les outils dont nous disposons aujourd’hui sont les antiviraux et les mesures de type social – comme la fermeture des écoles ou les restrictions de déplacement – pour limiter la propagation de l’infection. Nous voulons endiguer la pandémie ou au moins en ralentir la propagation, et cela le plus rapidement possible.

La meilleure protection est un vaccin efficace. Le moment venu, il s’agira de produire des quantités considérables de vaccin ce qui constitue un défi colossal. Nous ne disposons pas aujourd’hui d’un vaccin dont nous savons qu’il sera efficace. Nous ne disposons pas non plus à l’heure actuelle de la capacité d'en fabriquer des quantités suffisantes. Il n’y a pas de solutions immédiates et faciles. Nous collaborons avec les Etats Membres et l’industrie pour surmonter ces problèmes.

La collaboration internationale est indispensable. L’OMS, la FAO, l’OIE et l’ensemble du système des Nations Unies collaborent déjà étroitement. Vous pouvez vous aussi favoriser un meilleur état de préparation mondiale en veillant à ce que chaque pays mette en place son plan de préparation et en éprouve la mise en oeuvre. Il reste encore beaucoup à faire et il faut agir. Maintenant!

Je vous remercie.

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