Allocution du Directeur général à la cinquante-sixième session du Comité Régional
Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs les représentants, Chers collègues, Dr Omi,
J’arrive de l'Assemblée générale à New York. A cette réunion, j’ai dit qu’il y aurait une pandémie de grippe humaine. La seule condition qui manque encore, c’est un virus se transmettant rapidement d'homme à homme.
Ce virus va probablement apparaître dans un pays dont les oiseaux sont infectés par la grippe aviaire. Le virus H5N1 est déjà présent en Asie et s’étend à de nouvelles régions.
Les coûts politiques, sociaux et économiques d'une pandémie seront colossaux. Aucun gouvernement, aucun chef d’Etat ne peut être pris de court.
Dans le passé, le coût en vies humaines a été considérable. La grippe de 1918 a fait entre 20 et 50 millions de victimes. Celle des années 50 et 60, cinq millions. Moins de 1000 personnes ont perdu la vie au cours de la flambée de SRAS. Mais les coûts sociaux et économiques ont été énormes.
L’homme n’a pas eu la possibilité de développer une immunité contre le virus. Pour nous défendre, nous devons nous contenter de ce que nous pouvons prévoir et faire maintenant.
Vous avez déjà apporté une contribution considérable à cette défense. Des grands sacrifices ont été consentis par les petits éleveurs qui ont abattu leurs volailles. Ils n’ont pas été pleinement indemnisés, parfois même pas du tout. Pourtant, ce sont eux qui ont le plus contribué à la prévention d’une pandémie. Les succès enregistrés dans la lutte contre les flambées chez les volailles à Hong Kong, au Japon et en Corée sont des leçons déterminantes.
Les flambées seront difficiles à combattre dans les petits élevages ruraux. C’est là que le risque d’infection humaine est le plus grand. Or l’industrie avicole est une importante source de revenus et il ne sera pas facile de garantir le respect des mesures et une indemnisation appropriée. Une bonne communication avec le secteur est donc vitale.
Le partenariat international sur la grippe aviaire et pandémique lancé à New York le 15 septembre reconnaît l’importance de la coopération internationale. Un partenariat entre les pays, le secteur privé et la communauté internationale est essentiel. Nous avons tous des ressources et des talents différents. Nous devons échanger nos données et nos connaissances dans un esprit d'ouverture.
C'est ainsi que nous nous félicitons de l'importante contribution des scientifiques chinois au Tableau d’experts de l’OMS sur le Streptococcus suis. Chaque pays doit avoir un plan national de lutte antipandémie. Chacun doit informer sa population.
Les pays de cette Région ont démontré qu'ils peuvent répondre rapidement et de façon coordonnée aux menaces. Le maintien de votre grande vigilance contre la poliomyélite contribuera aussi à nous protéger contre une pandémie de grippe humaine.
Les accords internationaux sont un aspect nécessaire de la santé publique, même s’ils semblent très loin de la réalité quotidienne.
Bounlid a 27 ans. Elle vit en République démocratique populaire lao. Elle est l’une des femmes dont l’expérience a été rapportée lors du lancement du Rapport sur la santé dans le monde cette année.
Sur cette photo, elle est enceinte de cinq mois, de son cinquième enfant. Elle travaille dur. Elle accouchera chez elle, sans l’aide d’une personne qualifiée. Pour ses autres accouchements, elle a fait appel à une accoucheuse. Mais le dispensaire est trop cher. Au Laos, un accouchement sur 5 seulement est pratiqué par une accoucheuse qualifiée.
Bounlid espère que tout ira bien. Il n'y a qu’un tracteur pour l’emmener si nécessaire. D’après les estimations, la mortalité maternelle dans son pays est l’une des plus élevées au monde. Une femme sur 25 meurt pendant la grossesse ou l’accouchement.
Avec l’aide de son mari Nga, Bounlid donne naissance à une petite fille. Voici Lang. Elle ne pèse que 1,8 kg. Nga a coupé le cordon ombilical avec un bambou aiguisé. Il a rincé le sol avec un seau d’eau. Au cours de la semaine suivante, des agents itinérants ont vacciné Lang. Au Laos, un enfant sur 11 meurt avant l’âge de 5 ans. Bounlid a perdu sa deuxième fille à 6 semaines.
Jusqu’ici, les choses se sont plutôt bien passées pour Bounlid et sa famille. Mais Bounlid est épuisée. Elle gagne à peine assez pour survivre. Elle ne va pas au dispensaire, n'a pas vu un agent de santé. Elle aimerait bien ne plus avoir d’enfants, mais elle ne sait pas comment faire. Elle n’a pas l'argent pour se faire soigner.
Dans de nombreux pays en développement, les pauvres sont face à un cruel dilemme lorsqu’un membre de la famille tombe malade ou accouche. Le traitement peut provoquer une dette catastrophique. Pas de traitement peut être mortel. Alors, même s'il y a des services de santé, beaucoup ne les utilisent pas.
Voici ceux pour qui les principes de la santé pour tous ont été instaurés. Nous devons tout faire pour réduire les obstacles financiers à l’accès aux soins. Pensez-y lorsque vous élaborerez vos plans de santé publique.
L’initiative « 3 millions d’ici 2005 » a commencé à changer les mentalités en rejetant l’idée que les médicaments sont réservés à ceux qui en ont les moyens. A Gleneagles, le G8 s’est fixé un objectif encore plus ambitieux : « parvenir aussi près que possible de l’accès universel au traitement pour tous ceux qui en ont besoin, d’ici 2010 ». L’accès universel au traitement est désormais reconnu comme absolument indispensable pour les personnes qui vivent avec le VIH, et entièrement réalisable.
Les prix des antirétroviraux diminuent à mesure que de nouveaux produits sont disponibles et que le marché s’élargit. Le récent accord de confidentialité entre l’OMS et la Food and Drug Administration des Etats-Unis renforcera encore le programme de présélection et permettra de disposer plus rapidement d’antirétroviraux génériques plus avantageux.
En rendant le traitement plus disponible, on incite aussi au dépistage. Ceci est très important pour éviter l’infection à VIH chez les toxicomanes, surtout en Chine et au Viet Nam, et dans les milieux de la prostitution, en particulier au Cambodge. Le traitement et la prévention sont complémentaires pour sauver des vies.
Malheureusement, de nombreux facteurs qui ont un impact sur la santé échappent à notre contrôle. Cette préoccupation est à la base de notre planification stratégique pour les dix prochaines années. Le projet de programme général de travail propose un cadre de référence fondé sur des liens constructifs avec des groupes extérieurs au secteur de la santé.
La Convention-cadre pour la lutte antitabac offre un bon exemple de consensus international pour agir ensemble. Fidji a été le troisième pays de la planète à ratifier la Convention-cadre, et le premier pays en développement. En février 2006, se tiendra la première session de la Conférence des Parties. Je demande instamment à tous les pays qui ne l’ont pas encore fait, de devenir Parties à la Convention-cadre. Je remercie ceux qui le sont déjà.
Votre expérience vous permettra d'apporter une contribution précieuse à notre effort commun. Je suis reconnaissant à tous du soutien que vous apportez à l'OMS.
Je vous remercie.