Directeur général

Discours au Comité régional de l'Afrique

Dr Margaret Chan
Directeur général de l'OMS

Comité régional de l'Afrique, cinquante-septième session
Brazzaville, République du Congo

Excellence, M. Mvouba, Premier Ministre de la République du Congo, Mme le Ministre Raoul, M. le Ministre Tedros Yesus, Président de la 56ème session du Comité régional, Mme le Représentant de l’Union africaine, M. le Directeur régional, Mmes et MM les Ministres, Excellences, Mmes et MM les membres du corps diplomatique, distingués délégués, collègues de la famille des Nations Unies, Mesdames et Messieurs,

En avril de cette année, les Ministres de la Santé de ce continent, réunis sous le leadership de l’Union africaine, ont adopté la première stratégie de la santé harmonisée à l’échelle régionale en Afrique.

Je me félicite de cette stratégie à laquelle j’apporte mon plein soutien.

Il s’agit d’une stratégie prévisionnelle, qui couvre la période allant jusqu’en 2015, une année qui tire sa grande importance de la Déclaration du Millénaire et de ses Objectifs sur lesquels sont fondées tant de promesses.

Il s’agit d’une stratégie complète, qui imprime cohésion et unicité d’action au leadership dans le domaine de la santé en Afrique.

En dépit de la grande diversité des pays et cultures d’Afrique, cette stratégie repose sur l’identification de problèmes communs et de besoins tout aussi communs, en plus d’adhérer à une approche partagée.

Elle envoie surtout ce message fort aux agences de mise en œuvre et aux partenaires de développement : l’appui extérieur est nécessaire et est apprécié à sa juste valeur, mais l’Afrique assume effectivement ses responsabilités.

Les dirigeants africains, cela a été dit à maintes reprises, connaissent très bien les problèmes de santé de leurs populations.

Vous en connaissez également les solutions, et celles-ci sont du reste définies dans un nombre croissant de stratégies et plans nationaux de santé.

Vous êtes en train de créer des conditions propices au développement sanitaire.

En manifestant votre engagement, vous êtes pleinement conscients des obstacles qui se dressent en Afrique, dont bon nombre ont trait à des facteurs liés à l’histoire, à la géographie, au climat et à une écologie favorisant la prolifération des agents pathogènes et de leurs vecteurs.

Vous connaissez également les obstacles dus à des facteurs extérieurs à l’Afrique.

Permettez-moi d’en mentionner quelques-uns. L’aide internationale n’est pas toujours efficace. Les promesses ne sont pas toujours tenues.

Bon nombre d’initiatives sont vouées à l’échec lorsque les donateurs canalisent leur intérêt vers d’autres questions. L’Afrique est jonchée de vestiges de projets de développement ayant échoué.

Le financement peut manquer de prévisibilité, de viabilité ou de flexibilité, rendant difficile, voire impossible, la planification à long terme.

Le coût des transactions est élevé, tout comme les exigences des partenaires en matière de présentation de rapports. Les districts de santé sont débordés.

Des systèmes parallèles de prestation d’un nombre limité d’interventions sont mis en place, au moment même où l’on a le plus besoin de soins de base complets.

Les approches fondées sur la prévention peuvent être abandonnées.

Les possibilités de promotion de l’efficience des interventions ne sont pas saisies. Des maladies qui s’imbriquent les unes dans les autres sont prises en charge au titre d’initiatives distinctes. La même maladie est prise en charge au titre de diverses initiatives, parfois en utilisant des stratégies et des médicaments différents.

Les capacités de riposte des systèmes de santé diminuent, au moment même où s’accroît la charge qu’ils doivent supporter. Les agents de santé formés dans vos pays sont recrutés pour travailler sous d’autres cieux.

Les effectifs ne sont plus suffisants pour assurer ne serait-ce que les soins de santé essentiels.

Les systèmes de santé s’effondrent, en l’absence d’investissements dans l’infrastructure de base, et ce depuis des décennies.

Pour certaines maladies qui touchent de façon disproportionnée l’Afrique, la demande de médicaments améliorés et de nouveaux vaccins est très grande, mais les incitations à la recherche-développement prennent plutôt la direction des marchés dont la capacité de paiement est plus forte.

Au regard de tous ces problèmes cumulés, il n’est pas surprenant que quelques pays africains soient à la traîne dans la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement.

En dépit de ce tableau sombre, les responsables de la santé en Afrique sont convaincus que ces obstacles peuvent être surmontés. Comme vous l’avez dit, la donne peut changer.

Nous entrevoyons des signes de succès, sur lesquels je reviendrai plus tard.

J’en conviens pleinement. Les obstacles entravant le développement sanitaire en Afrique peuvent et doivent être surmontés, et ce en faisant preuve de la plus grande diligence possible à cette fin.

L’Afrique est lasse de supporter une proportion aussi grande de la charge de la maladie, de la misère et des décès prématurés. La plupart de ces souffrances sont pourtant évitables.

Il existe des interventions efficaces et abordables pour prévenir ou traiter la quasi-totalité des causes de mauvaise santé sévissant en Afrique.

Face à ce qui constitue une grande injustice sociale, une action urgente représente un impératif moral.

Monsieur le Président,

Nous traversons actuellement une période qui revêt une grande importance pour l’Afrique. Nous aurons bientôt parcouru la moitié du chemin, avant la date butoir de 2015.

Les Objectifs du Millénaire pour le Développement représentent l’engagement le plus ambitieux jamais pris par la communauté internationale. Ils s’attaquent aux causes profondes de la pauvreté et reconnaissent les liens entre ces causes.

Ces objectifs reconnaissent également le lien à double sens entre pauvreté et santé.

Autant la pauvreté favorise la mauvaise santé, autant la mauvaise santé maintient les populations dans la pauvreté. Le bon état de santé permet aux populations de travailler pour sortir de la pauvreté et consacrer le revenu des ménages à des fins autres que les dépenses de santé.

Plus important encore, les Objectifs du Millénaire pour le Développement font de la santé un facteur clé de progrès économique et social. En conséquence, le rôle assigné à la santé n’a jamais été aussi grand.

La santé n’est plus un simple gouffre engloutissant les ressources. Elle est aussi devenue un pourvoyeur d’avantages économiques.

Ce changement d’école de pensée est de plus en plus perceptible dans les approches internationales du développement sanitaire.

Le 5 septembre, nous vivrons un exemple édifiant d’un tel changement d’école de pensée.

Le Royaume-Uni, en partenariat avec la Norvège, l’Allemagne et le Canada, ainsi qu’avec l’OMS et les autres grandes institutions œuvrant à la promotion de la santé, lancera une nouvelle initiative, avec de nouveaux engagements.

L’objectif de cette initiative est d’accroître l’efficacité de l’utilisation des ressources pour améliorer les résultats dans le domaine de la santé, ce qui est une réponse à bon nombre des problèmes que je viens de mentionner, qui s’expliquent par le caractère peu prévisible et peu coordonné et les variations constantes dans la destination de l’aide.

L’initiative tient compte de la nécessité de garantir un financement flexible à long terme et de financer les plans conduits par les pays eux-mêmes. Plusieurs pays africains participeront à la première phase de mise en œuvre.

Permettez-moi de citer l’un des principes directeurs de cette initiative : «Il n’y a pas de meilleure façon de réduire l’injustice que constitue la pauvreté à l’échelle mondiale et dont les effets sont dévastateurs que d’œuvrer à l’amélioration de la santé.»

Qu’est-ce que l’Afrique peut attendre de tout cela?

En premier lieu, il convient de reconnaître que si cette injustice a effectivement des effets dévastateurs, elle est également intolérable.

Les Objectifs du Millénaire pour le Développement sont fondés sur un esprit de solidarité et sur le principe éthique d’équité.

Comme l’affirme la Déclaration du Millénaire, «ceux qui souffrent ou qui sont particulièrement défavorisés méritent une aide de la part des privilégiés.»

L’esprit de solidarité et l’engagement en faveur de l’équité ont placé les besoins de l’Afrique dans le domaine de la santé au centre des programmes de promotion du développement.

De toutes les régions du monde, l’Afrique est de loin celle qui tirera le plus grand parti de la réalisation de ces objectifs.

En deuxième lieu, les préoccupations exprimées quant à la lenteur des progrès, en particulier en Afrique, ont amené la communauté internationale à examiner en toute franchise les raisons d’une telle situation.

Rien que pendant la décennie écoulée, le paysage de la santé publique a considérablement changé.

Pour la première fois, nous avons à la fois l’engagement politique, des fonds de nouvelles sources, des interventions puissantes et des stratégies de mise en œuvre dont l’efficacité est établie.

Enfin, la conjecture étant des plus favorables, nous pouvons mieux discerner les raisons de notre retard. Les systèmes de santé sont notre pierre d’achoppement.

Nous ne parvenons pas à assurer les interventions essentielles à ceux qui en ont le plus besoin et à l’échelle appropriée.

Cette situation s’explique en partie par l’absence, pendant des décennies et pratiquement dans toutes les régions du monde, d’investissements dans l’infrastructure de base de santé publique.

Toutefois, nous sommes également face à un dilemme. Au cours de la dernière décennie, nous avons enregistré une augmentation substantielle du nombre de partenariats et d’initiatives mettant en œuvre des programmes dans les pays.

Ces initiatives ciblent essentiellement la réalisation de résultats spécifiques dans le domaine de la santé, souvent au titre de la lutte contre une seule maladie.

La réalisation de ces résultats passe par la disponibilité de systèmes de santé performants. Toutefois, le renforcement des systèmes de santé est rarement un objectif central de ces initiatives.

C’est à ce niveau que tout l’engagement, le financement et la dynamique dont nous nous félicitons aboutissent à une impasse, car l’inadéquation des systèmes de prestation de services et l’insuffisance des effectifs bloquent tout progrès.

J’aimerais approfondir un peu plus cette conclusion.

Je ne pense pas que nous serons en mesure de réaliser les Objectifs du Millénaire pour le Développement relatifs à la santé tant que nous ne reviendrons pas aux principes, valeurs et approches des soins de santé primaires.

Comme l’ont fait récemment observer les dirigeants du monde, le manque de progrès en Afrique n’est pas simplement un appel à l’action urgente; il est aussi une urgence de développement.

Je suis pleinement d’accord avec eux. Il s’agit effectivement d’une urgence.

C’est le lieu pour nous tous, qui jouons un rôle directeur dans le domaine de la santé, de redoubler d’efforts, en nous privant au besoin de sommeil.

Il faut du temps pour établir les systèmes de santé et former le personnel. Mais nous devons identifier les voies et moyens d’avancer, en dépit des obstacles à surmonter.

Nous ne disposons pas de temps pour tout recommencer. Nous ne pouvons pas non plus nous permettre des faux départs, ni les inefficiences, ni les gaspillages.

Nous devons utiliser les interventions existantes pour en tirer le meilleur parti, tout en maintenant la pression en faveur de nouveaux outils.

Nous devons identifier les voies et moyens de remédier aux faiblesses des systèmes de santé et aux pénuries de personnels, tout en œuvrant à des améliorations durables.

Dans le contexte de l’Afrique, il faudrait également faire appel à la médecine traditionnelle et aux tradipraticiens, de manière plus efficace et plus systématique.

Nous devons continuer à intensifier la prévention, le traitement et les soins du VIH/sida, de la tuberculose et du paludisme.

Au même moment, nous devons tout mettre en œuvre pour intégrer ces activités dans l’ensemble des services de santé, en les alignant sur les principes des soins de santé primaires.

Par-dessus tout, nous devons saisir toutes les possibilités qui s’offrent pour rendre nos interventions plus efficientes. Permettez-moi de proposer quelques stratégies à cette fin.

Premièrement, gérer d’une manière intégrée les maladies qui s’imbriquent les unes dans les autres. La stratégie de l’OMS pour la Prise en charge intégrée des maladies de l’enfant est un bon exemple à cet égard, comme le reconnaît la Stratégie africaine de la Santé.

Cette approche est fondée sur l’hypothèse que la plupart des décès des enfants sont dus à un nombre restreint de causes qui peuvent être évitées grâce à un nombre tout aussi restreint d’interventions présentant un bon rapport coût/efficacité.

Elle permet de s’attaquer d’une manière intégrée à ces causes, y compris la malnutrition, en utilisant des protocoles de traitement standardisés. Elle garantit des soins cliniques de première qualité, selon l’approche de santé publique et conformément aux principes des soins de santé primaires.

À cet égard, je mentionnerai un deuxième exemple. L’année dernière, l’OMS a lancé une stratégie intégrée de prise en charge de plusieurs maladies tropicales négligées touchant de façon disproportionnée les plus pauvres des pauvres en Afrique.

Deuxièmement, prendre en charge les maladies selon une approche intégrée Nous sommes conscients de la confusion et des gaspillages auxquels l’on assiste lorsque divers partenaires s’attaquent à la même maladie en utilisant des approches et des médicaments différents.

Une stratégie clairement définie du point de vue technique, fondée sur des bases factuelles, est la meilleure façon de convaincre les partenaires de conjuguer leurs efforts selon une approche cohérente.

Tel a été le cas avec les principes des «Trois-Uns» pour la lutte contre le VIH/sida et la DOTS pour la lutte contre la tuberculose.

Tel est enfin le cas maintenant pour le paludisme.

Au début de l’année dernière, l’OMS a publié des orientations claires pour l’utilisation des associations thérapeutiques à base d’artémisinine, et a demandé à l’industrie de retirer les monothérapies du marché.

L’OMS a appuyé de son autorité la pulvérisation rémanente de DDT à l’intérieur des habitations.

Il y a tout juste dix jours, l’OMS a clos le débat sur la meilleure méthode de distribution des moustiquaires. Les moustiquaires imprégnées d’insecticide à effet rémanent doivent être disponibles, à titre gratuit ou à prix subventionnés. L’objectif visé devrait être la couverture la plus large possible par cette intervention.

Troisièmement, rendre les systèmes de prestation existants plus performants dans la lutte contre la maladie. Les programmes de vaccination font généralement un très bon travail en assurant des prestations aux populations des zones difficiles d’accès. C’est une bonne idée d’utiliser ces programmes pour des prestations supplémentaires.

L’Afrique a été à l’avant-garde du combat contre la rougeole. En six ans, la mortalité rougeoleuse sur le continent a baissé de 75 %, chiffre supérieur à la cible fixée.

Cet acquis est maintenant une valeur ajoutée ayant un effet multiplicateur en faveur de la santé. En Afrique, les campagnes contre la rougeole sont aussi l’occasion d’entreprendre la distribution de moustiquaires et de vermifuges, de promouvoir la supplémentation en vitamine A et la vaccination contre la poliomyélite, et d’administrer le vaccin antitétanique aux femmes enceintes.

Quatrièmement, avoir à l’esprit les principes des soins de santé primaires. La leçon apprise de notre expérience, pendant trois décennies, est que ces principes sont les meilleures balises de la voie menant à des soins viables, équitables et acceptables.

La stratégie du traitement sous directives communautaires, arrêtée pour garantir une distribution viable de l’ivermectine, est un bon exemple à cet égard.

Sur la base de cette approche, les communautés assurent maintenant la distribution de moustiquaires, la supplémentation en vitamine A et la distribution d’antipaludéens pour le traitement du paludisme à assise communautaire, en plus de la distribution de l’ivermectine.

Les essais en cours en Ouganda montrent que les taux de couverture sont de deux à quatre fois plus élevés qu’auparavant.

Lorsqu’elles bénéficient d’un appui approprié, les communautés prennent elles-mêmes en charge leur santé, et les résultats sont impressionnants et durables.

Nous avons appris une autre leçon à ce sujet. Les campagnes d’élimination de la cécité des rivières étaient au départ les programmes les plus verticaux que l’on puisse s’imaginer : des hélicoptères déversaient des insecticides du ciel.

Dans sa quête de durabilité, ce programme a maintenant adhéré aux principes des soins de santé primaires.

La cinquième stratégie est étroitement liée à ces principes: renforcer le pouvoir des femmes pour que celles-ci réalisent leur potentiel humain et vivent la vie qu’elles désirent. La réalisation de ces aspirations passe par la mise en place de programmes de micro-finance, d’éducation, de formation professionnelle, d’élaboration de lois et d’autres approches.

Il est amplement démontré que la vie que désirent vivre les femmes est une vie saine aussi bien pour elles-mêmes que pour leurs familles respectives.

Comme je l’ai dit, les femmes ne sauraient être considérées seulement comme un groupe vulnérable, une source gratuite de soins.

Les femmes sont des agents du changement et une source cruciale de développement durable.

Enfin, l’utilisation des instruments internationaux pour renforcer la défense collective contre les menaces pour la santé qui transcendent les frontières.

Ces menaces sont, entre autres, la commercialisation et la distribution des produits du tabac, et la propagation internationale des maladies émergentes et à potentiel épidémique.

La Convention-cadre pour la lutte antitabac est devenue un des traités bénéficiant de la plus large adhésion de toute l’histoire des Nations Unies. C’est le meilleur exemple de médecine préventive à l’échelle mondiale.

En juin de cette année, le Règlement sanitaire international, fortement renforcé, est entré en vigueur.

Le Règlement révisé a cessé de mettre l’accent sur des barrières passives aux frontières nationales, comme par le passé, pour devenir plutôt une stratégie dynamique de gestion des risques.

Cette stratégie vise à détecter un événement assez tôt et à y mettre fin à la source, avant qu’il ne puisse se transformer en menace internationale.

A cet égard, je tiens à féliciter le Gouvernement ougandais, le Bureau OMS dans ce pays et le Bureau régional pour l’excellente prise en charge de la flambée de fièvre hémorragique de Marbourg survenue le mois dernier

Dès les premiers soupçons, le Gouvernement a rapidement réagi sur plusieurs fronts.

Des équipes de riposte rapide ont été déployées. Des équipements ont été mis en place et des pavillons réservés pour les malades contagieux.

La contamination a été enrayée. L’efficacité de la recherche des sujets-contacts et du dépistage ont permis de conclure, sans l’ombre d’un doute, que l’épidémie a été vaincue en un temps record.

Elle n’a pas eu l’occasion de devenir une menace au niveau national ou international.

Monsieur le Président,

Le combat entre les microbes et leurs hôtes humains est un combat permanent. Nous avons très peu d’occasions de remporter des victoires décisives.

Nous avons encore des chantiers inachevés. Je veux parler de l’éradication de la poliomyélite.

Nous sommes plus que jamais près du but. En Afrique, le Nigéria reste le seul pays où la polio est endémique. À la date du 21 août, le Nigéria avait signalé 159 cas pour cette année, contre 687 à la même période l’année dernière.

Mais les flambées et les importations sporadiques continuent de toucher quatre pays supplémentaires en Afrique. Dans certains cas, le virus importé a circulé pendant plus d’un an.

Les campagnes doivent se poursuivre dans les zones réinfectées jusqu’à ce qu’il soit mis fin à toutes les flambées. La persistance absolue des efforts est nécessaire pour parvenir à l’éradication.

Je me suis personnellement engagée à terminer ce chantier. Je remercie le Dr Sambo pour son plein soutien à cette fin.

Je me félicite également des offres de collaboration des autres régions de l’OMS à ce sujet. Ensemble, nous mènerons à bien ce chantier.

Mesdames, Messieurs,

Je fais de la santé de l’Afrique l’une de mes priorités. Les résultats obtenus dans le domaine de la santé en Afrique constituent un indicateur de l’efficacité générale de l’action de l’OMS.

J’ai décrit certains des obstacles et identifié des voies et moyens permettant d’accroître l’efficacité opérationnelle.

Je vais maintenant m’arrêter sur quelques exemples qui montrent le chemin en Afrique, dans le paysage complexe de la santé publique aujourd’hui.

En 2000, une évaluation rigoureuse multipays de la stratégie pour la Prise en charge intégrée des maladies de l’enfant a été lancée, avec le soutien de la Fondation Bill et Melinda Gates.

Lorsque les résultats de la Tanzanie ont été publiés, le Ministère de la Santé a décidé d’étendre la stratégie l’ensemble du pays.

Il s’agit d’une stratégie complète basée sur une approche à l’échelle de l’ensemble des systèmes de santé. Elle est astreignante et coûte cher, mais elle produit des résultats.

Cet exemple nous montre que les gouvernements africains peuvent entreprendre des projets de santé ambitieux et les intensifier lorsqu’ils sont convaincus que ces projets ont des effets rentables. Je salue leur engagement

Voici un second exemple du même genre en Afrique. La politique de distribution de moustiquaires appliquée par l’OMS repose sur des bases factuelles produites au Kenya où une récente campagne ayant fait l’objet d’un suivi rigoureux a abouti à une réduction de 44% des décès dus au paludisme.

L’appui financier est venu de sources extérieures, et l’OMS a fourni le soutien technique et logistique.

Mais la stratégie a été mise au point par le Ministère de la Santé. L’engagement est venu du Président du Kenya, qui a personnellement procédé au lancement de la campagne.

En plus de réduire pratiquement de moitié le nombre de décès dus au paludisme, cette impulsion a produit des résultats qui ont modifié la politique internationale. Elle a permis de concevoir un modèle qui peut être repris partout en Afrique.

Imaginons l’effet que cette stratégie pourra avoir dans les prochaines années.

Les résultats obtenus au titre de la lutte contre le paludisme ont été bien accueillis. Ils ont été à la une dans les principales villes du monde entier.

Ceci conforte mon point de vue personnel, à savoir que le monde a besoin d’apprendre de bonnes nouvelles en provenance de l’Afrique ; le monde veut que l’Afrique réussisse.

Au cours de l’Assemblée mondiale de la Santé de cette année, l’OMS et la GAVI ont lancé une nouvelle initiative sur la fièvre jaune. L’appui apporté par cette initiative permettra de vacciner 48 millions de personnes pour les cinq prochaines années.

La mise en œuvre de cette initiative dressera une barrière immunitaire qui éliminera effectivement le risque de flambées explosives dans les zones urbaines. La vaccination systématique des enfants pérennisera ensuite ces résultats.

Pour commencer, nous concentrerons nos efforts sur douze pays d’Afrique centrale et d’Afrique de l’Ouest où la charge est élevée.

L’engagement déjà manifesté par le gouvernement de chacun de ces pays, sur les plans politique et financier, en faveur de la lutte contre la fièvre jaune a été déterminant pour obtenir le soutien de l’extérieur.

Nous voyons là, une fois de plus, le pouvoir de l’engagement à susciter le soutien, à vos propres conditions.

L’engagement en faveur de la réalisation des objectifs sanitaires peut également libérer le puissant pouvoir de l’ingéniosité humaine.

L’Afrique, avec sa solide tradition de liens communautaires, nous a montré que le changement de comportement est possible.

En Ouganda, des femmes ont mis au point l’approche Stepping Stones pour changer les pratiques traditionnelles qui contribuent à la propagation du VIH.

Cette approche est utilisée aujourd’hui à travers le monde entier.

Lorsque nous atteindrons l’objectif de l’éradication de la dracunculose – et nous y sommes presque- il s’agira de la première maladie éliminée uniquement grâce au changement de comportement, sans recourir à un vaccin ou à un médicament.

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Ministres, chers délégués, Mesdames et Messieurs,

À maintes reprises, nous voyons les mêmes forces puissantes en jeu: engagement politique, impulsion, pouvoir persuasif des données factuelles et pouvoir créatif de la détermination humaine.

Je concède que les obstacles à l’amélioration de la santé en Afrique sont énormes, mais on peut les surmonter.

La donne peut changer.

Au cours de ces derniers mois, j’ai été témoin d’importants changements dans les vues des organismes d’aide bilatérale, des organisations internationales œuvrant dans la santé et des principales institutions de financement.

À titre d’exemple, l’on reconnaît la nécessité de renforcer les systèmes de santé, de même que l’importance de soutenir le financement de la santé en faveur des pauvres.

Le coût de la santé ne devrait pas plonger davantage les ménages appauvris dans la pauvreté.

L’on écoute vos messages et l’on tient bien compte de vos orientations stratégiques.

Les dirigeants africains créent des conditions propices au développement sanitaire, selon vos propres conditions.

De plus en plus, l’Afrique assume ses responsabilités.

Le soutien de l’OMS vous est totalement acquis, les bureaux de pays et le Bureau régional vous accompagnent, en ce moment où l’Afrique monte à la charge. Je vous remercie.

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