Directeur général

Consultation urgente des parties prenantes sur l’interruption de la transmission du poliovirus sauvage

Dr Margaret Chan
Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé

Siège de l’OMS, Genève, Suisse
28 février 2007

Excellences, chers amis, chers collègues, Mesdames et Messieurs, c’est la première fois, en tant que Directeur général, que j’ai l’occasion de m’adresser à une réunion de parties prenantes. J’ai en face de moi un groupe distingué - comme en atteste la liste des participants - composé de scientifiques éminents, de partenaires engagés et de ministres.

Tout d’abord, je tiens à vous remercier d’être venus aussi rapidement à Genève. J’ai personnellement demandé que cette réunion ait lieu, et j’ai voulu qu’elle ait lieu d’urgence.

Il s’agit d’une consultation de haut niveau pour examiner de manière critique la question de l’éradication définitive de la poliomyélite.

La réunion qui a lieu aujourd’hui marque peut-être un tournant décisif. Nous avons atteint un point critique dans nos efforts visant à éradiquer la poliomyélite. Nous nous trouvons dans la basse saison de la transmission du virus. Et, avouons-le franchement, nous sommes également au niveau le plus bas en ce qui concerne notre trésorerie. En fait, en avril de cette année, nous serons dans le rouge. C’est aussi simple que cela.

Faute d'un nouvel élan immédiat, il est possible que le virus sorte vainqueur de cette confrontation. Or, nous disposons de notre meilleure chance pour éradiquer la poliomyélite, mais c’est peut-être aussi la dernière occasion qui nous est offerte.

Pourquoi notre meilleure chance ? D’une part, la tâche à accomplir semble se présenter sous de meilleurs auspices que cela n'a jamais été le cas. Il nous faut interrompre la transmission endémique du poliovirus sauvage dans des zones géographiquement limitées situées dans quatre pays seulement, ainsi que dans quelques autres zones qui ont été réinfectées. Dans ce sens, nous avons réussi à acculer le virus comme jamais auparavant.

Nous disposons d’une surveillance extrêmement sensible en place – peut-être la meilleure que la santé publique ait connue. Nous pouvons dire sans exagérer que nous sommes en mesure de trouver désormais chaque chaîne de transmission du virus. Nous savons où nous en sommes.

Nous avons déjà éradiqué une des trois souches du poliovirus sauvage. Nous avons amélioré les vaccins monovalents pour une vaccination ciblée. Nous disposons d’approches nouvelles adaptées à la situation épidémiologique et aux problèmes opérationnels que nous rencontrons dans les quatre derniers pays d’endémie. Nous savons comment aller de l’avant.

Mais nous sommes confrontés à des problèmes sérieux qui nécessitent une discussion et une évaluation très franches. Le délai initialement fixé n’a pas été respecté. Les sceptiques ont respectueusement fait connaître leurs vues.

Des questions ont été soulevées quant à l’efficacité du vaccin, l’accès au vaccin, la sécurité, la pauvreté, le financement et la concurrence entre programmes de santé. Et nous avons vu à de nombreuses reprises à quel point les rumeurs peuvent remettre en cause les progrès résultant de nos efforts collectifs.

Mais nous savons où nous en sommes et comment aller de l’avant. Il s’agit maintenant en grande partie d’être capables de poursuivre notre action, mais différemment.

Je m’adresse aux pays touchés et je suis heureuse de voir que les présidents et les premiers ministres concernés ont envoyé des représentants de haut niveau – des responsables susceptibles d’influencer les décisions. Pour réussir, nous devons vacciner chaque enfant dans les dernières zones d’endémie. Et pour y parvenir, un engagement au plus haut niveau gouvernemental est indispensable.

Je m’adresse également aux autres principaux partenaires : Rotary International, les Centers for Disease Control and Prevention, et l’UNICEF. Vous êtes vous aussi représentés dans cette salle. Votre engagement ne doit pas vaciller.

Je m’adresse aux Directeurs régionaux de l’OMS. Au sein de l’OMS, nous avons déjà commencé à procéder de manière différente. Nous avons fait de l’éradication de la poliomyélite une priorité absolue de l'Organisation, toutes Régions confondues. La présence ici des Directeurs régionaux renforce notre collaboration interne. Et c’est là le reflet d’une différente façon de procéder à l’OMS.

Je m’adresse enfin à la communauté internationale des donateurs. Votre engagement est absolument essentiel. Vous prendrez connaissance aujourd’hui de nouvelles données qui montrent pourquoi, au cours d'une période de 20 ans, chaque option proposée pour lutter contre la poliomyélite coûtera plus cher, en termes de souffrances humaines comme en termes de dollars, que ne coûterait l’éradication maintenant. Autrement dit, l’option la plus rentable consiste à agir aujourd’hui.

Mesdames et Messieurs,

Jusqu’ici, la santé publique n’a réussi qu’à éradiquer une seule maladie – la variole. Les temps ont changé depuis. L’éradication mondiale d’un virus dans un monde de plus de 6 milliards d’êtres humains n’est pas chose facile.

On m’a dit et redit que l’éradication de la poliomyélite ne se heurte à aucun obstacle scientifique ou technique significatif. Les problèmes auxquels nous sommes confrontés sont en grande partie opérationnels et financiers.

Les pays sont fatigués. Le personnel est fatigué. Les donateurs sont fatigués. Pourtant, je vous l’assure : nous sommes à deux doigts de la victoire. Nous avons dans cette salle les hommes et les femmes qui ont le pouvoir et l’autorité de nous donner une nouvelle victoire éclatante pour la santé publique. Et c’est là un événement historique.

De quoi s’agit-il ? Je tiens à vous faire part de certaines données importantes. Nous avons investi plus de 18 années d’efforts dans cette initiative et près de 5 milliards de dollars. Comment l’histoire nous jugera t elle si nous gaspillons cet investissement ? Pourrons-nous être pardonnés si nous ne réussissons pas à obtenir l’engagement, les fonds et la détermination nécessaires pour finir notre travail ?

Nous savons que l’effort d’éradication a eu des effets considérables en réduisant de manière spectaculaire le nombre des cas de poliomyélite paralytique. Celui-ci est passé de 350 000 environ en 1988 à moins de 2000 l’an dernier. C’est un bilan remarquable, mais la réussite n’est pas encore totale.

Nous savons que l’effort d’éradication a permis de mettre en place des infrastructures et des stratégies qui ont eu des avantages énormes pour d’autres programmes. Je ne vous donnerai qu’un exemple. L’initiative contre la rougeole, qui récemment a non seulement atteint mais dépassé ses cibles ambitieuses, a en grande partie été possible grâce à l’infrastructure de la lutte contre la poliomyélite.

La lutte contre la poliomyélite a démontré qu’il est possible d’atteindre des niveaux de couverture vaccinale très élevés, même en cas d’infrastructure peu développée et de forte pauvreté. C’est un message qui doit inspirer d’autres initiatives, notamment celles qui visent à atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement.

La poliomyélite prouve que les interventions peuvent être renforcées pour atteindre ceux qui en ont le plus besoin. C’est possible parce que les communautés locales elles-mêmes sont au centre de l’application. Elles aussi sont des partenaires, et l’enjeu pour elles est particulièrement important.

Nous pouvons mentionner des réalisations importantes et qui sont source d’inspiration, et la liste est longue. Nous arrêterions-nous ici si proches de notre but ultime ? Ces réalisations sont elles suffisantes ?

Je vous le dis : il s’agit de plus que cela. Depuis le début, l’initiative de l’éradication de la poliomyélite a été l’expression du pouvoir des partenariats de la santé publique d’agir durablement pour le bien commun. Nous avons, pour la plupart d’entre nous, présentes à l'esprit des illustrations bien réelles de ce que la poliomyélite implique. Nous nous souvenons des poumons d'acier et nous avons côtoyé des amis et des camarades d’école avec des membres atrophiés qui devaient utiliser des béquilles ou des attelles jambières.

Les occasions sont très rares pour la communauté internationale de pouvoir faire quelque chose qui est incontestablement bon pour chaque pays de la planète. Je tiens à insister sur la notion de vulnérabilité universelle. Si l’éradication n’est pas définitive, le reste du monde n’est pas à l’abri de la poliomyélite.

Les occasions sont rares d’apporter un changement positif et permanent dans le monde. Il s’agit d’un acte de solidarité, d’un signe de notre responsabilité commune pour la santé.

L’éradication de la poliomyélite sera un don perpétuel que nous apporterons, que tous ceux sur le terrain apporteront, à toutes les générations futures d’enfants à naître.

Mesdames et Messieurs,

J’ai convoqué cette réunion et je m’engage personnellement à ce qu’elle ait des résultats. C’est là mon devoir.

Comme je l’ai dit, il nous faut procéder de manière différente, et c’est ce que nous faisons à l’OMS.

Peu après avoir pris mes fonctions, j’ai examiné les possibilités concernant l’éradication de la poliomyélite lors d’une réunion avec les Directeurs régionaux. La réaction a été unanime : il nous faut absolument terminer notre ouvrage.

La semaine dernière, le Directeur régional pour l’Afrique a réuni les représentants de toutes les autres Régions de l’OMS pour préparer une stratégie commune d’éradication en tant que priorité absolue de l’OMS, toutes Régions confondues.

Dans une résolution adoptée en 1988, les Etats Membres de l’OMS se sont engagés publiquement à éradiquer la poliomyélite. Cet engagement a été renouvelé plusieurs fois depuis. Nous disposons d’un mandat clair pour éradiquer la poliomyélite et il est de mon devoir de veiller à ce que ce mandat qui nous a été confié par les Etats Membres soit exécuté.

Nous ferons rapport sur les conclusions et recommandations de cette réunion à l’Assemblée de la Santé en mai.

Comme je l’ai dit, pour terminer notre tâche, nous devons obtenir l’engagement, les fonds et la détermination nécessaires. Pour expliquer ce qu’il faut entendre par détermination, je rappellerai ce qu’a dit Rotary International au cours de la session du Conseil exécutif qui a eu lieu en janvier : « L’éradication de la poliomyélite peut être réalisée, elle doit l'être, elle le sera. »

Une fois de plus, je vous remercie d’être venus et je suis persuadée que les résultats de cette réunion seront positifs. L’enjeu est capital – pour moi personnellement, pour l’OMS, pour tous ses partenaires, pour le monde entier et, bien entendu, pour toutes les générations futures.

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