Directeur général

Allocution à l’occasion du lancement du Programme d’action pour la santé mentale

Dr Margaret Chan
Directeur général de l'Organisation mondiale de la Santé

Genève, Suisse

Excellences, distingués délégués, Mesdames et Messieurs,

Tout d’abord, je tiens à vous dire à quel point je suis heureuse de constater la présence de tant de nos principaux partenaires parmi nous aujourd’hui. Vous représentez des fédérations, des associations, des centres collaborateurs, des organisations non gouvernementales et la société civile. Vous constituez la source de notre soutien.

Nous nous retrouvons ici aujourd’hui pour lancer un plan d’action visant à mettre un terme à l’insuffisance patente des soins, surtout dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, dispensés aux personnes souffrant de troubles mentaux et neurologiques ou de troubles dus à l’usage de substances psychoactives. Pour réussir dans cette entreprise, nous sommes totalement dépendants de l’action et de l’engagement de nos partenaires.

Permettez-moi aussi de remercier les nombreux pays du monde entier, notamment ceux qui sont ici représentés et qui ont montré la voie à suivre. Grâce à vos expériences, comme nous venons de l’entendre, nous savons que les systèmes de santé peuvent apporter une meilleure réponse à ces troubles, quel que soit le niveau des ressources nationales.

La voie à suivre est bien éclairée et bien tracée. Elle est éclairée par un plan d’action qui est à la fois rationnel, réaliste et réalisable. Elle est marquée par des bases factuelles, par l’expérience de ce qu’il est possible de faire et par les conseils techniques et pratiques solides dont les pays peuvent se prévaloir.

Les efforts pour appliquer le plan d’action jouissent d’un appui technique considérable. Avec ses partenaires, l’OMS a mis au point un instrument d’évaluation permettant de recueillir des informations essentielles sur les services de santé mentale, un module d’orientation pour la réforme des services et un ensemble de ressources pour la mise au point de lois pertinentes.

La semaine dernière, l’OMS et Wonca ont ensemble rendu public un rapport montrant pourquoi l’intégration de la santé mentale dans les soins primaires constitue l’approche la plus rationnelle et la plus humaine. Le rapport explique aussi comment il convient de procéder.

Aujourd’hui, avec le lancement du Programme d’action pour la santé mentale, nous arrivons à un tournant. L’inaction et l’absence de progrès que nous connaissons depuis si longtemps ne sont plus acceptables. Il ne saurait plus y avoir d’excuse.

Nous connaissons les arguments et les hypothèses qui bloquent le progrès et nous pouvons faire valoir contre eux des bases factuelles et des mesures recommandées.

Nous connaissons l’ampleur considérable de la charge de morbidité, et nous savons où elle se concentre. Aujourd’hui, près des trois-quarts de la charge mondiale des troubles neuropsychiatriques touchent les pays à revenu faible et intermédiaire.

Nous pouvons mesurer les coûts que doivent supporter les individus, les familles, les sociétés et les économies. Et les coûts de ces troubles qui ont tendance à apparaître à un âge précoce et à entraîner un handicap chronique, sont eux aussi considérables.

Une intervention est judicieuse du point de vue économique. Ces troubles entravent fortement la capacité des enfants à assimiler des connaissances et celle des adultes d’être opérationnels au sein de la famille, au travail et dans la société au sens large.

En intervenant, on applique également une stratégie favorable aux pauvres. Les travaux de recherche nous montrent que ces troubles touchent dans une proportion écrasante les groupes les plus défavorisés. Cela n’est pas difficile à comprendre. La pauvreté et tout ce qui lui est associé –chômage, violence, exclusion sociale et privations – ainsi que l’insécurité constante, sont étroitement liés à l’apparition des troubles mentaux.

La solution ne consiste pas à assurer l’emprisonnement virtuel des personnes atteintes de troubles dans des établissements psychiatriques coûteux et en grande partie inefficaces où les abus des droits de l’homme sont courants. Au contraire, nous disposons d’éléments montrant que des services dispensés dans un cadre primaire sont beaucoup plus rentables, équitables, efficaces et empreints d’humanité.

Malheureusement, les personnes atteintes de troubles mentaux sont largement stigmatisées et victimes de discriminations. Leurs droits de l’homme sont souvent violés aussi bien dans la communauté que dans les établissements psychiatriques. Il y a là un autre devoir qui nous incombe, à savoir donner à ces gens une voix en tant que partenaires actifs pour qu’ils puissent demander des soins adéquats et appropriés. Je constate avec satisfaction que le Rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit de toute personne de jouir du meilleur état de santé susceptible d’être atteint, Monsieur Grover, se trouve parmi nous aujourd’hui.

Les troubles visés dans le plan d’action ne sont pas des cas désespérés. Des interventions efficaces d’un coût abordable existent dans chacun de ces cas. De plus, il s’agit d’interventions qui peuvent être appliquées sur une plus grande échelle. En fait, l’ensemble des mesures et des interventions a été conçu pour faire l’objet d’une application élargie.

Les soins concernant ces troubles prévalents, persistants et débilitants ne représentent pas une action de charité, mais un devoir moral et éthique. Il s’agit d’une stratégie favorable aux pauvres qui se justifie du point de vue économique et qui est entièrement réalisable.

Mesdames et Messieurs,

Lorsque nous envisageons la charge sanitaire et socio-économique liée à ces troubles, lorsque nous la rapprochons du grand nombre de personnes qui ne reçoivent tout simplement pas de soins, nous sommes forcés de conclure que les troubles mentaux, neurologiques et les troubles dus à l’usage de substances psychoactives figurent parmi les problèmes les plus négligés par la santé publique.

Le plan d’action nous dit que la situation peut changer et nous indique comment procéder pour y parvenir.

Nous disposons actuellement de tous les éléments, de toutes les solutions et de toutes les mesures nécessaires pour faire face à la charge mondiale de morbidité et de mortalité prématurée causée par ces troubles.

Mais il ne faut pas se faire d’illusions. Rien n’est automatique en santé publique. Disposer d’éléments et d’un module bien conçu d’interventions ne suffit pas. Il n’y aura pas de progrès en santé mentale sans engagement politique. Les responsables politiques doivent être conscients du problème. Ils doivent se sentir concernés. Et ils doivent être convaincus qu’une intervention est dans leur propre intérêt.

Les services de santé mentale dispensés en soins primaires sont à la fois rentables et efficaces. Mais il faut aussi disposer de ressources tant humaines que financières.

La grande majorité des pays alloue moins de 2 % de leur budget de la santé à la santé mentale. Cette proportion ne correspond pas du tout à la charge de morbidité et elle doit augmenter.

Si les exigences en matière de technologie et de matériel ne sont pas importantes, il faut avoir des effectifs suffisants et des agents ayant reçu une formation adéquate et qui soient motivés et bien encadrés. Pour mettre en oeuvre le plan d’action, il faut aussi pouvoir compter sur un approvisionnement fiable et suffisant de médicaments essentiels.

Ce ne sont pas là des problèmes insurmontables.

En santé publique, nous voyons encore et toujours comment un programme d’action complet fondé sur des bases solides peut attirer l’attention des politiques, inspirer les partenaires, obtenir des fonds et accélérer les progrès. Nous l’avons vu récemment avec le paludisme qui bénéficie depuis peu d’une conjoncture favorable et de l’apport d’un milliard de dollars.

Le Programme d’action pour la santé mentale donne à l’OMS et à ses partenaires l’occasion de s’exprimer d’une voix unie et convaincante contre la négligence qui a caractérisé l’attitude face aux troubles mentaux.

Comme je l’ai dit, il reste encore beaucoup à faire et il sera peut-être nécessaire de parler très haut et très fort. Mais nous n’avons plus d’excuse : ensemble, nous devons aller de l’avant.

Et la voie vers l’avant est bien éclairée et bien tracée. Il nous appartient d’inspirer les mesures qui doivent être prises.

Je vous remercie.

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