L'action de santé publique nécessite des systèmes de santé solides
Dr Margaret Chan
Directeur général de l'OMS
Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Ministres, Excellences, distingués délégués, Mesdames et Messieurs,
Nous pouvons tous, je crois, être d’accord : cette session de l’Assemblée de la Santé a été d’une intensité exceptionnelle.
Vous avez traité de nombreux problèmes, pris des décisions majeures et adopté des résolutions importantes, et cela une année où l’on examine le budget et dans des délais deux fois plus courts.
Vous avez examiné les questions liées à la préparation à la pandémie de grippe et à la mise en oeuvre du Règlement sanitaire international. Vous l’avez fait alors que le monde attendait avec inquiétude, craignant qu’un nouveau virus imprévisible n’apporte d’autres surprises.
Vous avez donné au monde un signe manifeste de votre attachement constant à la mise en place des programmes de santé et des capacités nationales dont nous avons besoin tous les jours, comme dans les situations d’urgence.
Certaines questions, par exemple le problème de la cécité et celui de la tuberculose pharmacorésistante, nous rappellent combien la santé publique et les partenariats sont importants pour prévenir, traiter et guérir.
Mais ces questions nous renvoient aussi à une réalité que nous ne connaissons que trop bien. L’action de santé publique et toutes nos interventions, aussi excellentes soient-elles, perdent de leur efficacité quand les systèmes de santé présentent des faiblesses.
Comme l’ont noté certains délégués, c’est de la solidité des systèmes de santé des pays que dépendront les taux de morbidité et de survie en cas de grippe pandémique.
Permettez-moi de vous féliciter d’avoir mené vos travaux à bien sur la question de la santé publique, de l’innovation et de la propriété intellectuelle. Vous avez trouvé des solutions élégantes pour aller de l’avant, après de nombreuses années et beaucoup d’heures intenses consacrées à la négociation, à la recherche de consensus et à l’adoption de compromis.
Cela vaut également pour la réunion intergouvernementale sur l’échange des virus grippaux et l’accès aux vaccins et autres avantages. Là aussi, vous avez su trouver des moyens d’aller de l’avant, et je vous en remercie.
Les points concernant les objectifs du Millénaire pour le développement liés à la santé, les soins de santé primaires et les conclusions de la Commission des Déterminants sociaux de la Santé ont donné lieu à des débats approfondis au cours desquels vous avez témoigné d’une conscience aiguë de la façon dont ces trois grands instruments au service de l’équité sont interreliés et solidaires.
Vous avez aussi fait valoir qu’ensemble et avec l’appui de politiques appropriées, ces trois instruments donneront aux pays et aux communautés la force de faire face aux trois grandes crises mondiales: la crise financière, la menace d’une pandémie de grippe et le changement climatique.
Si les maladies chroniques ne figurent pas au nombre des objectifs du Millénaire pour le développement, vous avez clairement exprimé vos préoccupations. C’est par l’approche des soins de santé primaires que peuvent être le mieux assurées la prévention et la prise en charge.
L’intervention de tous les secteurs de l’Etat dans l’action de santé, telle que la préconise la Commission, est le moyen le plus sûr de s’attaquer en amont aux causes de ces maladies.
Des politiques publiques globales ouvertement axées sur l’équité, qu’il s’agisse de l’égalité des chances, de l’égalité d’accès aux prestations de santé et de l’égalité en matière de protection sociale, contribuent à la cohésion et à la stabilité de la société. Elle ne sont pas des ennemis de la mondialisation, elles en sont au contraire le plus ferme soutien.
Mesdames et Messieurs,
Lors de la consultation de haut niveau sur la grippe pandémique, plusieurs délégations ont demandé à l’OMS de prendre en compte d’autres critères que celui de la propagation géographique pour déterminer les phases d’un système d’alerte.
J’ai pris bonne note de vos préoccupations. Les phases 5 et 6 sont pratiquement identiques du point de vue des actions déclenchées. Des mesures renforcées de préparation, prises aussi par l’industrie, sont déjà en bonne voie.
Quand nous sommes passés à la phase 5, j’ai demandé à tous les pays d’activer leurs plans de préparation à une pandémie de grippe, et la plupart l’ont fait.
Mais même les plans les mieux conçus doivent être souples et adaptables lorsqu’apparaît un nouveau virus qui commence à changer les règles. Nous pensions et redoutions que le virus aviaire fortement létal H5N1 déclencherait la prochaine pandémie. Et, comme l’a rappelé la délégation égyptienne, ce virus aviaire reste redoutable.
Pour l’heure cependant, c’est le nouveau virus H1N1 qui nous inquiète le plus.
Pour la première fois dans l’histoire, nous voyons se dérouler sous nos yeux les événements annonciateurs du début d’une pandémie. D’un côté, cela est pour nous une occasion sans précédent. Le monde entier est sur le ui-vive comme jamais auparavant.D’un autre côté, nous nous trouvons devant un dilemme. Les scientifiques, les cliniciens et les éidémiologistes enregistrent de nombreux signaux, mais nous n’avons pas les connaissances scientifiques nécessaires pour les interpréter avec certitude. Nous avons des indices, beaucoup d’indices, mais très peu de conclusions fermes.
Comme je l’ai dit, des mesures de préparation ont déjà été lancées à plusieurs niveaux. De ce point de vue, nous ne pouvons aller plus loin.
Laissez-moi vous exposer, sur la base de ce que nous savons actuellement, ce à quoi nous devons peut-être nous attendre au cours des semaines et des mois à venir.
Premièrement, ce virus est hautement contagieux. Nous pensons qu’il continuera de toucher de nouveaux pays et de se propager à l’intérieur des pays déjà touchés. De cela, nous sommes pratiquement certains.
Deuxièmement, c’est un virus malin qui agit sournoisement. Il n’annonce pas sa présence ou son arrivée dans un pays par une explosion soudaine de nouveaux cas nécessitant des soins médicaux ou une hospitalisation. Ce qu’il faut en fait dans la plupart des pays, c’est une explosion soudaine d’examens de laboratoire pour en détecter la présence et en suivre la trace.
Cela nous place devant un autre dilemme. Nous ne pouvons qu’être reconnaissants aux nombreux pays qui ont entrepris des activités rigoureuses de dépistage et d’investigation, et des études approfondies des cas cliniques, en particulier de ceux qui nécessitent une hospitalisation.
Tous ces efforts nous aident à mieux comprendre le virus, ses modes de propagation et l’éventail des pathologies qu’il peut provoquer. Mais ils représentent aussi de grands bouleversements et exigent des ressources considérables. Pendant combien de temps pourront-ils être encore poursuivis ? Cette question a été posée par plusieurs délégations au cours de la consultation de haut niveau.
Pendant combien de temps pourront-ils être encore poursuivis? Cette question a été posée par plusieurs délégations au cours de la consultation de haut niveau.
La réponse dépend de la situation, des capacités et des risques dans chaque pays et même dans différentes régions d’un même pays. L’OMS ne peut, à ce stade, résoudre ce dilemme en donnant des conseils universellement valables. C’est aux pays d’adapter leur riposte selon l’évolution des schémas de la maladie.
Nous n’en sommes qu’au tout début et nous n’en savons pas assez pour faire des recommandations d’une portée universelle.
Troisièmement, jusqu’ici, le nouveau virus a circulé essentiellement dans l’hémisphère Nord où les épidémies de grippe saisonnière devraient bientôt prendre fin.
Il nous faudra observer très attentivement le comportement du virus H1N1 quand il sera en présence d’autres virus grippaux circulant durant l’hiver dans l’hémisphère Sud. Pendant l’hiver, les virus grippaux peuvent se mélanger et peut-être échanger leur matériel génétique selon des schémas imprévisibles.
Quatrièmement, là où le virus H1N1 est répandu et en circulation dans l’ensemble de la population, les pays devront s’attendre à observer davantage de cas graves et mortels. À l’heure actuelle, nous ne pensons pas qu’il s’agira d’un bond soudain et spectaculaire du nombre des cas graves et des décès.
Il faut cependant que les pays, en particulier ceux du monde en développement dont les populations sont particulièrement vulnérables, se préparent à enregistrer davantage de cas graves que le petit nombre actuellement détecté à l’aide des techniques et des examens les plus pointus possible.
Mesdames et Messieurs,
La décision de déclarer une pandémie de grippe est une responsabilité et un devoir que je prends très très au sérieux.
J’étudierai toutes les données scientifiques disponibles. Je prendrai conseil auprès du Comité d’urgence créé en vertu du Règlement sanitaire international.
Mais je n’oublierai pas non plus que c’est au service des individus que la science trouve ses applications et sa valeur. Et si nous nous mettons au service des individus, nous devrons pouvoir compter sur leur confiance, leur compréhension et leur soutien.
Je vous remercie.