Directeur général

L’impact des crises mondiales sur la santé: crise financière, climatique et sanitaire

Dr Margaret Chan
Directeur général de l'Organisation mondiale de la Santé

Allocution au vingt-troisième Forum sur les problèmes mondiaux

Des événements tels que la crise financière et le changement climatique sont révélateurs d’un énorme échec des systèmes internationaux qui régissent les interactions des nations et de leurs populations. Le monde a désespérément besoin de réformes. Un monde largement déséquilibré en matière de santé n’est ni stable ni sûr.

Mesdames et Messieurs les députés, les représentants de la communauté scientifique, les représentants de l’industrie et de la société civile, chers collègues de la santé publique, Mesdames, Messieurs,

Le monde est confronté à un véritable chaos que nous avons-nous-mêmes provoqué. Des événements tels que la crise financière et le changement climatique ne sont pas que des caprices du marché ou de la nature. Ce ne sont pas non plus des événements inévitables dans l’histoire de l’humanité, faite de hauts et de bas.

En effet, il s’agit plutôt de signes révélateurs de l’immense échec des systèmes internationaux qui régissent les interactions des nations et de leurs populations. Ce sont les révélateurs d’un échec à un moment d’interdépendance sans précédent entre sociétés, marchés financiers, économies et commerce.

En bref, ces événements sont le résultat de mauvaises politiques. Nous sommes responsables de cette situation et les erreurs d’aujourd’hui sont extrêmement contagieuses.

Comme nous le disent les économistes, la crise financière est sans précédent car elle arrive à un moment d’interdépendance considérablement accrue. Ces effets se sont propagés rapidement d’un pays à l’autre et d’un secteur de l’économie à d’autres.

La contagion de nos erreurs est impitoyable, elle ne fait aucune exception au motif de l’équité. Même les pays qui ont su gérer leur économie, n’ont pas acheté d’actifs «toxiques» et n’ont pas pris de risques financiers excessifs en subiront les conséquences. Et, de la même façon, les pays qui ont le moins contribué aux émissions de gaz à effet de serre seront les premiers et les plus durement touchés par le changement climatique.

La crise financière et le changement climatique ne sont pas les seuls indicateurs des mauvaises politiques et de l’échec des systèmes de gouvernance. Les écarts dans les résultats sanitaires que l’on observe à l’intérieur des pays et entre eux sont plus importants aujourd’hui qu’à aucun autre moment de l’histoire récente. L’écart d’espérance de vie entre les pays les plus riches et les plus pauvres dépasse désormais quarante ans. Au niveau mondial, les dépenses publiques annuelles en santé vont de vingt dollars par personne à plus de six mille.

La médecine quant à elle n’a jamais possédé un tel arsenal d’outils et d’interventions pour guérir la maladie et prolonger la vie. Or, chaque année, près de dix millions de jeunes enfants et de femmes enceintes meurent pour des causes en grande partie évitables.

Quelque chose ne va plus.

Collectivement, nous avons échoué à apporter aux systèmes qui régissent les relations internationales une dimension morale. Les valeurs et les préoccupations de la société se répercutent rarement sur la façon dont ces systèmes internationaux fonctionnent. Si des entreprises telles que les laboratoires pharmaceutiques sont régies par le profit, comment pouvons-nous attendre d’elles qu’elles investissent dans la recherche et le développement de remèdes contre les maladies des plus pauvres, qui n’ont aucun pouvoir d’achat?

Trop souvent, la croissance économique est recherchée dans un seul but, comme une fin en soi et comme la solution de tous les problèmes. Beaucoup pensaient que la croissance économique éliminerait la pauvreté et améliorerait la santé. Or cela n’a pas été le cas.

Beaucoup ont vu dans la mondialisation un flux providentiel qui permettrait à toutes les embarcations de rester à flot. Or cela n’a pas été le cas. La richesse est arrivée par vagues qui portent les plus gros navires mais qui engloutissent les plus petits.

Une plus grande efficacité du marché permettrait, pensait-on, d’instaurer davantage d’équité en santé. Cela n’a pas été le cas.

La libéralisation des échanges était présentée comme la voie la plus sûre vers la prospérité des pays en développement. Or elle a taillé dans les recettes douanières et n’a apporté aucune autre source de revenu pour financer les services publics, y compris les soins de santé. Cela s’est traduit par une catastrophe pour la santé et pour la protection sociale dans de nombreux pays où sont concentrés le plus grand nombre de travailleurs du secteur informel et où la base d’imposition est faible.

Le paiement direct par l’usager des soins de santé a été avancé comme un moyen de récupérer les coûts et de décourager le recours excessif aux services de santé et la surconsommation de soins. Cela n’a pas été le cas. Au contraire, le paiement direct a pénalisé les pauvres.

L’OMS estime que, chaque année, les dépenses de santé repoussent près de 100 millions de personnes au dessous du seuil de pauvreté : paradoxe dramatique à un moment où la communauté internationale est plus attachée que jamais à réduire la pauvreté. C’est d’autant plus dramatique en période de crise financière.

Mesdames, Messieurs,

Nous sommes au début de ce qui pourrait être, selon les experts, la crise financière et la récession économique les plus graves depuis la «grande dépression» de 1929.

La semaine dernière, la Banque mondiale a publié une évaluation des effets de la crise dans les pays en développement. Les effets escomptés sont beaucoup plus graves qu’il y a seulement deux mois et d’autres mauvaises nouvelles risquent encore d’arriver. Dans les pays riches, les gens perdent leur emploi, leur toit et leurs économies, et c’est tragique. Mais dans les pays en développement, les gens perdent la vie.

Nous avons par ailleurs amorcé la dynamique la plus ambitieuse de l’histoire pour réduire la pauvreté et réduire les écarts considérables en matière de santé. Personne ne souhaite voir couper cet élan.

Mais la réalité nous rattrape parfois. Que se passera-t-il si les différents plans de sauvetage financiers font sauter la banque? Que se passera-t-il s’il n’y a tout simplement plus d’argent pour financer les programmes de santé nationaux ou financer l’aide au développement sanitaire? Au niveau individuel, que se passera-t-il si les gens n’ont tout simplement plus les moyens de prendre soin de leur santé?

Dans un sens, la Déclaration du Millénaire [des Nations Unies] et ses objectifs font office de stratégie correctrice. Ils visent à faire en sorte que la mondialisation ne laisse personne sur le bord de la route et que ses avantages soient plus équitablement partagés.

Ils visent à conférer un peu plus d’équilibre à ce monde: qu’il s’agisse de l’égalité des chances, de revenu ou de santé. Le principe éthique qui sous-tend cette philosophie est simple: ceux qui en souffrent le plus ont besoin de l’aide de ceux qui en bénéficient le plus.

En d’autres termes, les objectifs du Millénaire pour le développement visent à compenser l’effet des systèmes internationaux générateurs de progrès et d’avantages, mais qui ne prévoient pas de règles pour garantir une répartition équitable de ceux-ci.

Comme l’indique clairement le rapport publié par la Banque mondiale la semaine dernière, la situation financière des pays en développement s’est nettement détériorée, la fourniture de services sociaux essentiels est en danger et les répercussions seront durables.

La probabilité d’atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement et de voir les avantages de ces réformes est désormais compromise. Que se passera-t-il si la crise financière anéantit notre meilleure chance de transformer le monde grâce à une plus grande justice sociale?

Le monde a désespérément besoin de réformes. Les énormes écarts actuels, dans les niveaux de revenu, les chances offertes et les résultats sur le plan sanitaire sont un facteur précurseur d’un effondrement social. Un monde aussi déséquilibré en matière de santé n’est ni stable ni sûr.

Soyons clairs. Je ne suis pas contre la liberté de commerce. Je ne suis pas favorable au protectionnisme. Je suis pleinement consciente des liens étroits qui existent entre une plus grande prospérité économique des ménages comme des nations et une meilleure santé.

Mais force est de le constater: le marché ne résout pas les problèmes sociaux.

Les politiques qui régissent les systèmes internationaux qui nous relient aussi étroitement doivent aller au-delà des gains financiers, des avantages pour le commerce et de la croissance économique pour elle-même. Elles doivent être véritablement mises à l’épreuve.

Quel impact ont-elles sur la pauvreté, la misère, la maladie et les décès prématurés? Contribuent-elles à une plus grande équité dans la répartition des avantages du progrès socio-économique? Ou contribuent-elles au contraire à rendre le monde encore plus déséquilibré, notamment en matière de santé?

Je dirais que l’accès équitable aux soins de santé et une plus grande équité dans les résultats sanitaires sont des éléments fondamentaux d’une économie qui fonctionne bien. J’ajouterais que des résultats sanitaires équitables devraient être la principale mesure de nos progrès en tant que société civilisée.

Améliorer l’équité en santé dans le monde ne se fera pas tout seul. Les décisions économiques prises dans un pays ne protègent pas automatiquement les pauvres et ne garantissent pas non plus l’accès universel aux soins de santé de base.

La mondialisation ne s’autorégulera pas de façon favorable à une répartition équitable des avantages. Les entreprises ne prendront pas automatiquement en compte des préoccupations sociales autant que les profits. Les accords commerciaux internationaux ne suffiront pas à eux seuls à garantir la sécurité des approvisionnements alimentaires ou la sécurité de l’emploi, ou encore la sécurité sanitaire, ou l’accès à des médicaments abordables.

Tous ces résultats exigent des décisions politiques délibérées.

La santé n’est pas intervenue dans les politiques qui ont conduit à la crise financière ou rendu inévitable le changement climatique. Mais le secteur de la santé en paiera toutes les conséquences.

Mesdames et Messieurs,

Les pays de tous niveaux de développement sont inquiets de l’impact de la crise financière sur la santé.

Les responsables craignent que la santé de leur propre pays ne s’aggrave avec l’augmentation du chômage, la défaillance des systèmes de protection sociale, l’érosion de l’épargne et des fonds de pension et la baisse des dépenses de santé.

Ils sont également préoccupés par les troubles mentaux et l’anxiété ainsi générés et par une augmentation possible de la consommation de tabac, d’alcool et d’autres substances nocives. Cela s’est déjà produit par le passé.

Ils sont préoccupés par l’alimentation, et à juste titre. L’évolution dramatique observée récemment en matière d’approvisionnement alimentaire fait que cette crise économique est différente en ce sens qu’elle fait peser davantage de menaces sur la santé du fait d’une mauvaise alimentation. La production alimentaire s’est beaucoup industrialisée et la distribution et la commercialisation sont désormais mondialisées.

Lorsque les temps sont durs, les aliments transformés, riches en graisses et en sucre et pauvres en nutriments essentiels, sont souvent le moyen le meilleur marché de remplir un ventre vide. Ces aliments contribuent cependant à l’obésité et aux maladies chroniques liées à l’alimentation, et privent les jeunes enfants de nutriments essentiels.

Il existe d’autres menaces pour la santé que nous devons prévoir. En temps de crise économique, les gens ont tendance à délaisser les services privés pour s’adresser davantage aux services financés par l’état. Cette tendance se manifestera à un moment où le système de santé publique de nombreux pays est déjà largement surchargé et sous-financé.

Dans de nombreux pays à faible revenu, plus de 60% des dépenses de santé revêtent la forme de paiements directs. La crise économique accroît le risque d’abandon de la prévention, les gens délaissant les soins. Un recul des soins préventifs est particulièrement inquiétant à un moment où l’on observe partout dans le monde le vieillissement démographique et l’augmentation des maladies chroniques.

Nous savons également que les femmes et les jeunes enfants sont parmi les premières victimes d’une détérioration de la situation financière et de l’offre de denrées alimentaires. Les femmes sont parmi les dernières à récupérer lorsque la situation s’améliore.

Les responsables de la santé craignent par ailleurs que les niveaux actuels de financement du développement sanitaire international ne puissent être maintenus. L’évaluation publiée la semaine dernière par la Banque mondiale justifie pleinement cette inquiétude. Les conséquences seront sévères.

Bien plus de trois millions d’habitants des pays à revenu faible ou intermédiaire sont désormais placés sous traitement antirétroviral contre le VIH/sida afin de prolonger leur vie. Leur qualité de vie a été améliorée. Des familles et des communautés entières revivent. Le traitement doit bien sûr être pris à vie. Pouvons-nous, d’un point de vue éthique et moral, réduire les dépenses dans ce domaine?

Les effets préjudiciables peuvent également être contagieux. L’interruption de l’approvisionnement en médicaments, notamment pour les maladies comme le sida, la tuberculose et le paludisme, contribue à un grand nombre de décès qui pourraient être évités. Ces interruptions accélèrent également l’apparition de la résistance aux médicaments.

Les formes pharmacorésistantes de maladies peuvent se propager rapidement au niveau international.

Nous le voyons déjà avec l’augmentation de la tuberculose multi-résistante et avec les progrès plus inquiétants encore de la tuberculose ultra-résistante. Cette forme de la maladie est pratiquement impossible à traiter et les taux de létalité avoisinent les 100%.

Une propagation internationale accrue pourrait nous renvoyer au temps où l’on ne connaissait pas les antibiotiques. Le monde peut-il vraiment se permettre un autre risque de cette ampleur?

La surveillance des maladies émergentes contribue à la sécurité mondiale. Si les capacités de laboratoire et de surveillance de base sont compromises, les autorités sanitaires détecteront-elles la prochaine flambée de SRAS ou l’émergence d’un virus pandémique à temps pour prévenir la communauté mondiale et limiter les dégâts?

Nous savons que l’aide extérieure pour la santé a plus que doublé depuis le début du siècle. Or, malgré cette évolution positive, près de la moitié des pays du monde n’ont pas la capacité de financer ne serait-ce que le «kit de survie le plus rudimentaire des services de santé de base.

Une réduction de l’aide financière extérieure aura vraiment des effets dévastateurs.

Un milliard de personnes environ vivent déjà dans des conditions qui permettent à peine la survie. Il suffirait de très peu de choses pour tout faire bascule.La crise financière pourrait avoir un tel effet; le changement climatique aussi.

Mesdames et Messieurs,

Les données scientifiques sont incontestables. Le changement climatique est une réalité. Ses effets sont déjà ressentis.

Le réchauffement de la planète sera progressif, mais la fréquence et la gravité croissantes des événements météorologiques extrêmes, qu’il s’agisse de tempêtes, de vagues de chaleur, de sécheresses ou d’inondations, seront abruptes et durement ressenties. Les deux tendances peuvent affecter certains des déterminants les plus fondamentaux de la santé, à savoir l’air, la nourriture et l’eau.

Je suis bien consciente de m’adresser à un auditoire dans un pays qui a été à l’avant-garde de la protection de l’environnement et à la pointe du développement et de l’application technologiques. À cet égard, je tiens à rendre hommage à l’action du gouvernement et du peuple allemand.

Je remercie aussi l’Allemagne d’avoir appuyé avec force le développement de la santé et l’action de l’OMS, notamment par ses chercheurs, ses épidémiologistes, ses laboratoires et ses instituts de recherche renommés.

Plusieurs conséquences pour la santé ont été définies avec un haut degré de certitude. La malnutrition va s’aggraver, de même que le nombre de décès dus aux maladies diarrhéiques. La multiplication des tempêtes et des inondations provoquera davantage de morts et de blessés et les flambées de choléra seront plus fréquentes.

Les vagues de chaleur, notamment dans les grandes villes, causeront davantage de décès, surtout chez les personnes âgées. Enfin, le changement climatique risque de modifier la répartition géographique des vecteurs de maladie, et notamment des insectes qui propagent le paludisme et la dengue.

Tous ces problèmes de santé déjà immenses aujourd’hui touchent avant tout les pays en développement et sont difficiles à combattre.

Si le changement climatique est par sa nature même un phénomène mondial, ses conséquences ne seront pas également réparties. Les scientifiques estiment que les pays en développement seront les premiers et les plus durement frappés.

Selon les dernières projections, l’Afrique sera gravement touchée dès 2020. Dans une dizaine d’années, la baisse des rendements des cultures dans certaines parties du continent devrait atteindre jusqu’à 50%. En 2020, le manque d’eau pourrait affecter jusqu’à 250 millions d’Africains.

Je vous laisse imaginer l’impact sur la sécurité de l’approvisionnement en produits alimentaires et sur la malnutrition. Je vous laisse imaginer l’impact sur l’aide alimentaire. Dans bien des pays africains, l’agriculture est l’activité économique principale pour 70% de la population. Parmi les pauvres, 90% tirent leur subsistance de l’agriculture. Il n’y a pas de surplus ni de capacité de faire face à des difficultés supplémentaires ou d’absorber un nouveau choc.

Les femmes et les jeunes filles dans certaines parties d’Asie passent actuellement six à neuf heures par jour à la corvée d’eau. Que deviendra ce fardeau lorsque la pénurie d’eau déjà sérieuse s’aggravera encore?

Nous devons songer à ce que ces changements signifient pour la communauté internationale. Plus de catastrophes, d’inondations et de famines se traduiront par des demandes d’aide humanitaire accrues. Ces demandes arriveront au moment même où la plupart des pays sont eux-mêmes confrontés aux effets du changement climatique.

La communauté internationale devra aussi faire face à un nombre croissant de réfugiés de l’environnement. Si les terres sont asséchées ou rendues improductives par le sel, si les zones côtières ou à faible altitude et les petites îles se retrouvent sous les eaux, la population ne pourra plus simplement rentrer chez elle. Les réfugiés de l’environnement constitueront donc une nouvelle vague de personnes déplacées qui aggraveront peut-être les tensions internationales.

Tout ce que nous pouvons faire maintenant pour réduire la charge actuelle des maladies accroîtra la capacité nationale et internationale de faire face aux difficultés nouvelles découlant du changement climatique. Nous avons ainsi une autre très bonne raison de rester fidèles à la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement liés à la santé.

Jusqu’ici c’est l’ours polaire que l’on représente sur les affiches comme la première victime du changement climatique. Nous devons utiliser tous les moyens politiquement corrects et scientifiquement fondés pour convaincre le monde entier que c’est l’homme, en fait, qui représente l’espèce la plus importante menacée par le changement climatique.

Le secteur de la santé peut-il donner un visage humain aux autres problèmes que nous percevons dans ce monde si mal en point? Le secteur de la santé est-il en mesure d’apporter une dimension morale aux politiques qui régissent nos systèmes internationaux, d’introduire un système de valeurs?

Si je songe à la description du poste que j’occupe, je répondrai oui sans hésiter. Mais j’ai aussi d’autres bonnes raisons de défendre ce point de vue.

Mesdames et Messieurs,

Je passe maintenant à un troisième problème, celui des crises mondiales qui découlent d’un monde microbien en constante mutation. Ce problème est différent de la crise financière et du changement climatique.

Il est différent parce que le secteur de la santé se retrouve en première ligne. C’est le secteur de la santé qui élabore les politiques et assure la gouvernance par le biais du Règlement sanitaire international. Nous n’avons pas à affronter des intérêts économiques concurrents, bien au contraire.

Les maladies émergentes et celles qui peuvent donner lieu à des épidémies sont considérées comme des menaces pour la sécurité internationale précisément en raison des énormes bouleversements économiques et sociaux qu’elles peuvent provoquer.

Dans le domaine de la santé publique, il est rare qu’on évoque des estimations susceptibles de rivaliser avec les plans de sauvetage financiers chiffrés en milliards de dollars dont nous entendons parler presque chaque semaine en ce moment. Pourtant, selon les dernières estimations de la Banque mondiale, le coût de la prochaine pandémie de grippe pour l’économie mondiale pourrait atteindre 3000 milliards de dollars.

Les dirigeants de la planète nous disent que la crise financière est si grave et imprévisible parce qu’elle est la première du genre à nous frapper dans les conditions sans précédent du XXIe siècle.

Le SRAS qui est apparu en 2003 était la première nouvelle maladie grave du XXIe siècle. Comme la crise financière, elle est apparue à une époque caractérisée par une interdépendance beaucoup plus grande.

Le SRAS a été la première maladie à se propager rapidement dans le monde par les transports aériens internationaux. Chaque ville disposant d’un aéroport international était exposée au risque. Des aéroports, des entreprises, des écoles et même certaines frontières ont dû être fermés. L’économie a été paralysée par le SRAS et l’opinion paralysée par la peur.

Mais n’oublions jamais ceci: la riposte au SRAS a été un effort délibéré pour éviter que cette nouvelle maladie ne s’incruste de façon permanente dans le monde en venant s’ajouter à la liste des maladies mortelles que sont le sida, la tuberculose et le paludisme.

Le SRAS a offert l’exemple d’une contagion mondiale grave qui a pu être rapidement maîtrisée. En quatre mois, l’OMS et ses partenaires ont réussi à tuer le mal dans l’oeuf.

Le secteur sanitaire était prêt. Les dispositifs de surveillance, de vigilance et de riposte étaient en place. Nous avons fait face aux risques. Et la crise n’a pas échappé à notre contrôle.

Dès le début de la flambée, les meilleurs chercheurs de la planète ont oublié leurs rivalités pour travailler ensemble au sein d’un laboratoire virtuel 24 heures sur 24. En un mois, le virus a été identifié.

Le SRAS nous a offert le côté positif de la mondialisation, l’exemple de la collaboration et de la solidarité à l’oeuvre face à une menace commune.

Nous observons cette même solidarité internationale dans les efforts pour éradiquer la poliomyélite, notamment l’appui humanitaire de Rotary International et celui de plusieurs gouvernements éclairés dont le gouvernement allemand.

Les préoccupations sanitaires peuvent aussi être à l’origine de comportements éthiques dans l’industrie, par exemple lorsque des firmes pharmaceutiques baissent de façon spectaculaire le prix des médicaments contre le sida. Les préoccupations sanitaires peuvent amener la communauté internationale à accepter de lutter contre des produits néfastes, pourtant source de revenus, comme le tabac.

Il y a donc de l’espoir.

Si nous devons repenser le fonctionnement de notre monde et rénover certains de nos systèmes internationaux, je suis personnellement d’avis qu’il faut sérieusement envisager de donner à la santé un rôle de premier plan.

Nos politiques sont inspirées par des bases scientifiques et non par des intérêts étroits. Nous avons les moyens et l’objectivité de la méthode scientifique de notre côté. Le secteur de la santé a à coeur de défendre les véritables intérêts de l’humanité: il dispose pour cela d’une dimension morale solide et d’un ensemble fort de valeurs sociales.

Continuons donc d’offrir l’espoir dont ce monde a tant besoin face à ces crises graves et continuons d’offrir la transformation qui s’impose.

Je vous remercie.

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