La santé en temps de crise
Dr Margaret Chan
Directeur général de l'Organisation mondiale de la Santé
Votre Excellence, M. Madhav Kumar Nepal, Premier Ministre de la République fédérale démocratique du Népal, Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs les délégués, Dr Samlee, Mesdames et Messieurs,
Bonjour.
J’aimerais commencer par remercier le gouvernement du Népal d’accueillir la session commune de la 27e Réunion des Ministres de la Santé et de la 62e session du Comité régional de l’Asie du Sud-Est.
Le monde est confronté au plus grave ralentissement économique des trois dernières décennies. Le monde est confronté à la première pandémie grippale depuis quatre décennies. Le monde ressent déjà les effets du changement climatique et ces effets vont continuer à s’accentuer au cours des quelques décennies à venir.
Et pourtant, le monde est aussi engagé dans la tentative la plus ambitieuse de l’histoire pour réduire la pauvreté et combler les écarts importants en matière de résultats sanitaires en réalisant les objectifs du Millénaire pour le développement.
Où se situe la santé publique dans ces courants contradictoires? D’un côté la santé publique se voit renforcée par un engagement sans précédent, par une ferme volonté d’atteindre les objectifs ambitieux et par une grande créativité au service de la recherche des moyens d’y parvenir.
D’un autre côté, la santé publique est frappée par des crises mondiales, avec des conséquences mondiales qui affectent plus particulièrement, de manière injuste, les pays et les populations les moins capables d’y faire face.
Comment éviter que la dynamique en faveur d’une meilleure santé retombe sous la pression d’une récession économique mondiale, d’un climat qui se dégrade et d’une pandémie grippale que rien désormais ne peut arrêter?
Il est aujourd’hui plus nécessaire que jamais de tenir le cap. Car le prix de l’échec continue à augmenter, en raison précisément de ces crises mondiales. Les pays en développement sont les plus vulnérables aux crises mondiales et leurs capacités de résistance sont les plus faibles. Ils sont le plus lourdement frappés et mettent le plus de temps à se redresser.
Le monde est déjà dangereusement déséquilibré. Les différences en matière de revenu, d’opportunités et d’état sanitaire à l’intérieur des pays et entre eux sont plus importantes qu’à aucun autre moment de l’histoire récente.
Si nous ne maintenons pas la dynamique actuelle en faveur d’une meilleure santé, si nous ne gardons pas le cap, si nous ne tenons pas nos promesses et si nous ne maintenons pas nos objectifs, il est certain que la situation va empirer.
Un bon exemple en est la santé des femmes, qui constitue l’une de mes priorités depuis que j’ai pris mes fonctions.
Je suis heureuse de me trouver dans un pays qui est en train d’élaborer rapidement des politiques visant à réduire la mortalité maternelle. Et qui le fait de manière systématique. Votre approche est en même temps pratique et réaliste, comme en témoigne le Plan d’incitation en matière de maternité mis en œuvre en 2005.
Comme nous le savons tous, le nombre des décès survenant au cours de la grossesse et lors de l’accouchement ne baissera que lorsque les femmes seront plus nombreuses à accoucher en présence d’une personne qualifiée et à bénéficier de soins obstétricaux d’urgence. Les obstacles financiers qui entravent les soins, notamment le coût du transport, doivent également être pris en compte, comme on le fait ici au Népal. Le Népal dispose aussi d’un plan pour améliorer la condition féminine, ce qui est également digne d’éloges.
Ces plans parmi d’autres insistent sur le fait que la justice sociale constitue un principe central des soins de santé primaires. Je formulerai demain des observations sur l’importance de l’engagement de cette région en faveur du renouveau des soins de santé primaires.
Un engagement renouvelé en faveur des soins de santé primaires est à la base des efforts visant à améliorer la santé des femmes. Ce lien apparaît à l’évidence dans un rapport sur les femmes et la santé que j’ai demandé. Ce rapport, qui sera publié en novembre, s’intéresse aux nombreux risques sanitaires encourus par les femmes tout au long de leur vie et présente un programme de changement.
Il faut une direction forte. Il faut des soins de santé complets et adaptés qui ne soient pas étroitement limités à la santé génésique. Il faut de bonnes politiques et, par-dessus tout, il faut disposer des données permettant de fixer les priorités et de suivre les progrès. Demain, je résumerai également ce que nous savons de la pandémie grippale et de l’ampleur de la maladie qu’elle provoque. Nous savons que le nouveau virus pandémique H1N1 s’est rapidement propagé à 188 pays et qu’il constitue actuellement la souche grippale dominante. Nous allons subir cette pandémie pendant un certain nombre de mois encore.
Une fois encore, la capacité de réaction des systèmes de santé aura une influence décisive sur les conséquences de la pandémie dans les différents pays. Bien que le nouveau virus soit quasiment identique partout, nous devons nous attendre à ce qu’il ait des conséquences très différentes dans les pays qui ont des ressources limitées et des systèmes de santé fragiles et aux capacités limitées, surtout en matière de soins intensifs.
Un système de santé est une institution sociale. Il ne sert pas seulement à faire naître des enfants et à délivrer des comprimés, comme la poste sert à distribuer le courrier. Bien géré et financé, un système de santé qui œuvre en faveur de la couverture universelle contribue à la cohésion et à la stabilité de la société.
Notre monde a désespérément besoin de davantage de cohésion sociale et de stabilité. Il a aussi désespérément besoin de plus d’équilibre et de justice, en particulier dans l’accès aux soins de santé.
Mesdames et Messieurs,
La santé publique n’a pas eu son mot à dire au sujet des politiques qui sont responsables de la crise financière ou qui ont favorisé le changement climatique. Mais la santé publique a beaucoup à dire au sujet de la pandémie grippale, de la manière dont elle est gérée et des moyens d’en réduire les effets.
C’est l’occasion pour les chefs d’État et les ministres des finances, du tourisme et du commerce d’écouter attentivement les ministres de la santé. Entre les extrêmes que constituent la panique et l’excès de confiance il y a de la place pour la vigilance, et c’est là que nous intervenons.
Nous devons faire passer les bons messages et dispenser les bons conseils, sur la base de données nouvelles, au fur et à mesure qu’elles sont disponibles, dans le contexte d’une situation qui évolue rapidement. Nous devons prendre des décisions lourdes de conséquences et souvent coûteuses au milieu d’incertitudes scientifiques considérables.
Ce n’est pas facile, mais il s’agit d’une urgence de santé publique et c’est notre travail.
Merci.