Directeur général

L'OMS soutient l'appel humanitaire des Nations Unies pour 2011

Dr Margaret Chan
Directeur général de l'Organisation mondiale de la Santé

Déclaration à l'occasion du lancement de l'appel humanitaire des Nations Unies pour 2011
Genève, Suisse

30 novembre 2010

Excellences, Mesdames et Messieurs les collègues des affaires humanitaires et des partenaires de financement, Mesdames et Messieurs,

L’Organisation mondiale de la Santé dirige le groupe sectoriel de la santé au sein du système international pour la réponse humanitaire. Je suis heureuse de joindre notre voix et notre expérience pour soutenir cet appel.

La sécurité, la sûreté et la survie de 50 millions de personnes parmi les plus vulnérables de la planète dépendent de leur protection contre les maladies, dont celles qui sont aggravées par la malnutrition ou qui peuvent donner lieu à des épidémies, lorsque les conditions de vie sont brusquement perturbées ou durablement misérables.

Mais des mesures plus ordinaires sont tout aussi importantes pour protéger la santé. Les partenaires du groupe sectoriel de la santé veillent à ce que les médicaments soient disponibles pour les soins continuels contre les maladies chroniques, à ce que les enfants soient vaccinés et à ce que les femmes puissent accoucher dans de bonnes conditions.

Ces besoins concernent aussi bien les catastrophes qui frappent brutalement que les crises humanitaires prolongées, liées souvent à des conflits ou à des sécheresses persistantes. La Somalie, par exemple, entre dans sa vingtième année de crise et Djibouti souffre de quatre années consécutives sans précipitations suffisantes.

Comme vous le savez, il s’agit d’un appel global couvrant les besoins de financement pour plus de 400 organismes et organisations. Comme vous le savez également, nous souhaitons obtenir collectivement, pour soutenir l’aide humanitaire l’année prochaine, les financements les plus élevés qui aient jamais été demandés.

Si nos regards se tournent vers l’avenir, nous devons aussi faire le bilan des événements et des enseignements de l’année 2010. Ces appels globaux ne sont pas qu’une demande de fonds. Ils servent également d’instruments stratégiques interinstitutions pour une planification et une gestion plus efficaces.

Au cours de l’année, les procédures et les méthodologies pour estimer les besoins et coordonner les projets d’aide ont été constamment perfectionnées pour réduire les lacunes et les doublons. Ces améliorations ont apporté de la précision dans les demandes de financement et ont contribué à mettre en concordance les estimations des besoins et une action rapide et coordonnée sur le terrain.

L’année écoulée a été exceptionnelle, pas au niveau du nombre des urgences humanitaires, plutôt moins élevé que certaines années récentes, mais à cause des deux énormes catastrophes en Haïti et au Pakistan.

Le séisme de janvier en Haïti et les inondations du mois d’août au Pakistan ont complètement dépassé les capacités de réaction nationales. Ces deux catastrophes ont poussé l’action internationale dans ses derniers retranchements.

Les fonds mis à disposition pour ces crises humanitaires et d’autres survenues en 2010 ont atteint de nouveaux records. Nous sommes profondément reconnaissants de cette générosité et je voudrais tous vous en remercier.

Mesdames et Messieurs

Revenons cependant à certains faits qui donnent à réfléchir sur le terrain.

Les catastrophes d’apparition brutale s’accompagnent souvent de la crainte d’épidémies, de choléra, de typhoïde ou de rougeole par exemple. Dans de nombreux cas, il est possible d’éviter ces épidémies. En mettant en place des systèmes sensibles de surveillance et une capacité d’action rapide, l’OMS et ses partenaires permettent souvent d’éviter qu’une situation déjà mauvaise ne s’aggrave encore.

Cela n’a pas été le cas pour l’énorme catastrophe en Haïti et l’OMS est très préoccupée par la flambée de choléra qui y sévit.

Dans ce pays, les services et les infrastructures de santé étaient déjà en situation de faiblesse avant le séisme. Malgré une aide internationale soutenue, le pays ne s’est pas du tout relevé.

Une maladie comme le choléra peut s’implanter facilement dans un pays aux infrastructures très endommagées ou détruites, ayant peu d’accès à l’eau potable, à l’assainissement, aux soins de santé et aux autres services de base. L’OMS considère désormais que tout le pays est exposé au risque.

Sur les 49 hôpitaux et dispensaires desservant les zones les plus touchées par le séisme, 30 doivent encore être reconstruits. Les établissements de santé opérationnels étaient déjà dépassés par la demande ordinaire de soins avant que les premiers cas de choléra ne soient confirmés le 19 octobre.

Il serait irresponsable de ma part de minimiser l’ampleur de la crise et de vous assurer que la situation est sous contrôle. Ce n’est pas le cas.

Le pic épidémique n’a pas été atteint. Le nombre des cas et des décès continue d’augmenter. Les chiffres officiels sont des sous-estimations. La faiblesse du système de surveillance et de notification du pays entraîne une collecte et une analyse incomplètes des données.

Nombreux sont ceux qui meurent du choléra avant même d’être arrivés dans un établissement de santé. Pour ceux qui se présentent dans les hôpitaux, le taux de létalité atteint un niveau alarmant.

Comme le choléra avait disparu d’Haïti depuis au moins un siècle, le personnel local a peu d’expérience de la prise en charge des cas. La population n'est pas immunisée, sait très peu de choses et vit dans une grande crainte.

Une grande partie des moyens d’action sont concentrés à Port-au-Prince, la capitale, et il faut d’urgence étendre ces capacités aux zones rurales.

Une intensification massive des opérations est requise d’urgence, non seulement pour les soins de santé, mais aussi pour l’eau, l’assainissement, la nutrition, ainsi que la coordination et la gestion des camps.

Mesdames et Messieurs,

J’aimerais insister sur un point important: personne ne devrait mourir du choléra. On peut éviter et guérir cette maladie. Il faut en faire plus en matière de prévention des cas et des décès grâce à un accès rapide au traitement. Nous comptons sur votre aide pour que cela soit possible.

Merci.

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